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Interview  (Paris)  14 mars 2011

Mina Tindle, c'est Pauline de Lassus, jeune parisienne à l'inspiration très folk. Un EP et seulement quelques titres mais déjà de belles collaborations en poche, elle se lance seule pour quelques dates à la Loge. On l'a rencontrée, en attendant la sortie prochaine de son album.

Bonjour Pauline. Peux-tu te présenter pour commencer ?

Mina Tindle : Je joue depuis peu toute seule. C'est moi qui compose, interprète. Jusque-là je me faisais accompagner par trois musiciens mais j'ai décidé de revenir aux sources. Pour ces premières fois, à la Loge, il y aura des invités donc je ne serai pas vraiment seule.

Quels instruments il y aura ?

Mina Tindle : Guitare électrique, clavier et une loop pédale pour envoyer des samples et des boîtes à rythme.

Peut-on connaître les invités ou c'est une surprise ?

Mina Tindle : Pour la première session, c'est (Please) Don't Blame Mexico, un ami qui joue avec moi du clavier, qui vient de sortir un super album sur Sauvage Records et qui va venir en piano solo. JP Nataf sera là aussi. L'idée est d'inviter des gens différents à chaque fois. J'aurais voulu que François Virot vienne mais il ne peut pas. Quant aux autres, il n'y a encore rien de confirmé.

Ton nom vient d'un personnage du Limier, un film de Mankievicz. Un hommage ?

Mina Tindle : J'avais adoré ce film, qui se passe dans un huis-clos. Il y a un échange de rôle de personnages brillamment mis en scène par Mankievicz. C'est le dernier film qu'il a réalisé. Il y a tout un chassé-croisé d'identités, et cette idée de tout à coup se mettre à faire de la musique, de prendre un pseudo.

Il s'appelle Milo Tindle. Alors pourquoi Mina ?

Mina Tindle : Ca je ne raconterai pas (rires). Déjà, c'est un très beau prénom, de grandes chanteuses s'appellent Mina et il signifie de belles choses dans beaucoup de langues. Mais l'association des deux est accidentelle !

On dit de toi que tu es une "égérie folk-web". Pourquoi ?

Mina Tindle : C'était au début, un super site américain, Gorilla vs Bear, avait posté un truc sur moi, alors que je n'avais que deux morceaux enregistrés dans ma chambre. Je suis passée de 3 à 400 visites en une journée. C'est une époque où Myspace pouvait être à l'origine de ce genre de phénomène. Cela doit vouloir dire que je suis passée par là, et non par un label.

Cela remonte à quand ?

Mina Tindle : Cela devait être en 2006... C'était vraiment les débuts.

Comment t'ont-ils repérée ?

Mina Tindle : En fait je faisais partie d'un collectif qui s'appelle Toy Fight, ce site le connaissait. J'avais (et j'ai toujours) un groupe qui s'appelle The Limes, avec deux membres qui à l'époque vivaient en Caroline du Nord et trois en France, dont Orouni, un ami et artiste très doué. On a monté ça à 5 : on écrivait des morceaux en France qui devaient être arrangés aux Etats-Unis, et inversement, sans s'être rencontrés. C'est quand je suis allée vivre à New-York que je les ai rencontrés. Le site a parlé de ça, ils aimaient les chansons et le concept. Je crois que ça a démarré comme ça.

Justement, revenons au début. D'où t'es venu ce goût pour la musique et l'envie d'en faire ton métier ?

Mina Tindle : Je viens d'une famille musicienne, ma mère, mon grand-père, ma grand-mère chantent beaucoup. Ils ne l'ont jamais fait professionnellement. J'ai fait des études littéraires puis de communication et je ne me voyais pas bosser là-dedans. J'ai constaté que je savais écrire des chansons... donc l'idée était de faire quelque chose qui me plaisait vraiment !

Le déclencheur a eu lieu aux Eurockéennes, où l'on t'a "repérée" ?

Mina Tindle : Je me prédestinais à bosser dans les institutions culturelles, ce qui m'a amenée à faire un stage aux Eurockéennes. Mes anciens boss ont découvert, justement via Myspace, que je faisais de la musique, ils ont aimé et m'ont proposé de me programmer au Festival Génériq, la première édition de leur festival d'hiver. Je me suis retrouvée pour mes premiers concerts à faire les premières parties de Daniel Darc ! Dans de super conditions... Y'a rien de mieux !

Peux-tu nous parler de ce festival ?

Mina Tindle : C'est un festival qui a lieu dans quatre villes du Grand Est, organisé par les Eurocks et des partenaires de la Région. L'idée est de proposer une programmation qui allait d'une salle à l'autre, faire une sorte de parcours du festivalier d'une ville à l'autre. Je faisais partie d'un line-up avec Peter Von Poehl, Babette, Daniel Darc.

Beau départ !

Mina Tindle : Oui très. Ensuite je suis partie vivre à New-York. J'y ai fait des concerts dans le café en bas de chez moi, le Zébulon, un super bar tenu par des Français et repère de tous les hipsters de Brooklyn. Un repère de musiciens, de mes groupes préférés en plus, donc c'était un environnement très agréable !

Qui sont ?

Mina Tindle : Qui sont  Grizzly Bear, TV on the radio... cinq concerts incroyables tous les soirs avec aussi bien des musiciens africains, que des trucs super indé, du rock. De tout, un vrai bon endroit !

A la base tu ne partais pas dans le but de faire de la musique ?

Mina Tindle : La raison officielle était de finir mes études, de faire un stage. Mais l'idée de la musique était sous-jacente. Je suis restée plus longtemps. J'ai notamment passé pas mal de temps en Caroline du Nord où j'ai rencontré et travaillé avec ces musiciens dont je parlais et que je ne connaissais pas.

Cela t'a ouvert des portes ?

Mina Tindle : Il y a eu pas mal de rencontres. New-York est une ville aussi géniale que pétrifiante ! Il se passe tellement de choses que cela peut être plus facile d'y arriver mais il faut y aller au bulldozer et y rester ! Il y a de super musiciens, des occasions rencontres partout, tout le temps et de façon beaucoup plus accessible qu'ailleurs. C'est une ville qui bouillonne. J'y ai rencontré notamment Zach de Beirut, dont j'ai fait des premières parties à Paris et Bruxelles à mon retour.

Oui j'ai lu ça. Une première partie de Beirut au Bataclan ! C'est devenu un ami ?

Mina Tindle : Oui c'est génial ! Mais non, je n'irai pas jusqu'à dire qu'on est amis. On a joué à Rock en Seine et il est passé au studio écouter mes morceaux. Je connais surtout un de ses musiciens, qui est génial, un joueur de trombone incroyable. Il a fait des cuivres sur le disque que je suis en train de préparer : Benjamin Hofer Lanz. Et il joue tout simplement avec Sufjan Stevens, Beirut et The National ! Un type brillant et d'une simplicité et d'une gentillesse incroyables. Je suis contente d'avoir ses cuivres sur le disque.

C'est à ton retour que tu as fait l'EP avec Sauvage Records ?

Mina Tindle : Exact. Un 33 tours de deux titres que j'ai fait avec mon ami Raphaël Ankierman qui bosse pour l'asso. A l'époque il était surtout mon ingé son, on a fait ça tous les deux un peu dans sa cave, un peu au studio Microbe. Sur les 500 exemplaires, j'en ai 100 qui ont pris l'eau. C'est le premier disque que les Boutiques Sonores aidaient à exister. Je ne me faisais pas trop d'illusions sur le fait qu'il n'allait pas se vendre comme des petits pains, même si le 33 tours revient un peu à la mode, mais j'étais ravie de cet objet. C'est une amie américaine qui m'a fait le graphisme. J'aurais bien aimé en sortir d'autres, ce qui ne m'empêche pas de faire un vrai disque hein ! Mais j'aime bien le format. Il y a un photographe avec qui j'ai bossé, Franck Loriou, qui a mis au point un super modèle de deux titres. Le format du 45 tours mais qui se déplie comme un bouquin et avec un CD qui se clipe. Ça fait quelque chose d'esthétique. Le format disque a tendance à disparaître donc pourquoi ne pas proposer de beaux objets ? Ça fait un petit plus qu'on aime toucher, regarder, poser sur son étagère.

Entre 2009, la sortie de l'EP, et maintenant, rien ! Que s'est-il passé pendant tout ce temps ?

Mina Tindle : Ça met du temps ! Pour plein de raisons. J'espère le sortir en 2011, mais ça fait un moment que je dis ça (rires). J'ai passé presque un an et demi en studio. J'ai bossé avec JP Nataf, mon réal. Mais il est très occupé. Il a sorti son disque au moment où il m'a fait le cadeau de vouloir réaliser le mien. Et puis je n'ai jamais voulu me presser. J'ai écrit l'album au fur et à mesure. Quand ça a démarré, je n'avais pas beaucoup de chansons. Je suis perfectionniste, je ne veux pas mettre n'importe quoi dessus, sous prétexte de sortir un disque. Quand cet album sortira, j'en serai très contente !

Donc là tu en es où ?

Mina Tindle : J'enregistre en fur et à mesure, c'est du travail par couches. Mais je ne sais pas encore sous quelle forme ça va sortir, ni quand, ni chez qui... J'aimerais bien, si ça doit se faire sur une petite structure, que ce soit Sauvage Records.

Veux-tu parler du Prix Lagardère que tu as reçu ?

Mina Tindle : Non, sans façon (rires). J'ai gagné de l'argent, c'est ça l'important !

Comment connais-tu JP Nataf ?

Mina Tindle : J'étais ultra fan, je lui ai écrit sur Myspace avant de partir à New-York, que j'attendais son deuxième disque, que j'avais adoré le premier. Il m'a répondu un message de compliments qui m'a fait tout mon Noël (sourire). On s'est rencontrés une fois juste avant mon départ, et humainement le feeling est bien passé. Une semaine après je me suis retrouvée à enregistrer sur un morceau de son disque, "Après toi". J'ai chanté 17 ou 18 fois, il a tout gardé et en a fait une sorte de chorale derrière sa voix grave à la Leonard Cohen... Après on ne s'est pas vus pendant dix mois. Il s'est passé un moment avant qu'on décide de rebosser ensemble mais ça semblait logique.

De quoi vis-tu ? Pas encore de la musique ?

Mina Tindle : Non pas encore, mais j'ai donc eu un peu d'argent par Lagardère et des avances en édition, qui m'ont permis d'arrêter de bosser un petit moment.

On sent l'inspiration de Cat Power, de Feist, d'Emiliana Torrini. Que penses-tu de ces références ?

Mina Tindle : Emiliana Torrini, je connais peu mais j'aime bien. Feist oui, j'aime énormément. C'est une chanteuse incroyable, et Cat Power est un de mes premiers amours dans ce type de musique donc je ne peux pas renier !

Et sinon, quels autres artistes t'ont façonnée ?

Mina Tindle : Les grosses obsessions ont été (et sont toujours !) Nina Simone, la plus grande chanteuse de tous les temps pour moi. Billie Holiday aussi. Neil Young, Paul Simon. Des trucs très américains.

J'ai lu que tu vénérais Dylan et Cohen ?

Mina Tindle : Ah oui ! Mais j'ai du mal à le dire, ce sont des références que j'ose moins, je trouve ça présomptueux. On ne peut pas dire que ma musique s'inspire d'eux ! Ce qui est sûr c'est que j'adore.

Tu n'écris qu'en anglais ?

Mina Tindle : J'écris en anglais mais je me mets au français. C'est maintenant un souci de cohérence. L'anglais se perd et ça fait du bien de pouvoir dire ce qu'on a envie de dire dans sa propre langue. C'est difficile d'écrire des musiques dynamiques, pop, avec des textes en français. J'ai des textes plus noirs qui me viennent en français. Et ce n'est pas la même façon de chanter. C'est un peu le boulot du moment !

Et de quoi parles-tu ?

Mina Tindle : Toujours un peu de mes ressentis. C'est un peu obscur... Du temps, beaucoup. D'histoires d'amour. De rencontres, de moments. C'est aussi ce que j'aime chez Dylan, sa facilité à fixer une relation passée, même hyper furtive, à partir de laquelle on peut imaginer toute une histoire, alors que ça tient sur quatre strophes. C'est d'ailleurs la première fois que je fais une reprise de Dylan, pour Froggy. Je pense aussi qu'une écriture a besoin de se diversifier donc je cherche, histoire de ne pas parler toujours de mon nombril...

Est-ce que tu continues avec Toy Fight et The Limes ?

Mina Tindle : Toy Fight se remettent au boulot bientôt donc s'ils ont besoin de voix féminine, j'ose espérer qu'ils feront appel à moi, mais on n'en a pas parlé encore. Et The Limes, on a plein de chansons en préparation mais on ne sait pas ! C'est d'abord pour se faire plaisir, deux des membres aux Etats-Unis ont déménagé d'Etat, il y a eu pas mal de changements donc on verra.

Et après la Loge, d'autres dates de prévues ?

Mina Tindle : Sûrement l'International, Mains d'Oeuvres mais là je voudrais me consacrer à l'album. C'est la première avec cette formule solo, c'est le test. On verra si je peux l'exporter sur une plus grosse scène.

Retrouvez Mina Tindle
en Froggy's Session
pour 3 titres en cliquant ici !
  

 

 

 

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En savoir plus :
Le Myspace de Mina Tindle

Crédits photos : Thomy Keat (Toute la série sur Taste of Indie)


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# 15 juillet 2018 : Allons z'enfants !

On continue le tour des festivals avec les Eurockéennes et le Hellfest, mais aussi le Off d'Avignon et plein d'autres belles choses à découvrir tout de suite dans le sommaire de la semaine :

Froggeek' s Delight :

"Detroit : Become Human" de Quantic Dreams sur PS4
La mode du Battle Royale va-t-elle tuer la créativité
dans le jeu vidéo ?

Du côté de la musique :

"Cover me session" de Hugo
On démarre la revue des festivals avec le Hellfest où nous avons passé 3 jours de folie :
Vendredi au Hellfest avec Joan Jett, Meshuggah, Juda Priest, A Perfect Circle...
encore le Hellfest le Samedi avec Rise of the Northstar, Pleymo, Deftones, Dimmu Borgir...
et on fini le Hellfest le Dimanche avec Megadeth, Iron Maiden, Marilyn Manson...

changement de décor, Vendredi au Eurockéennes de Belfort avec Beth Ditto, Prophets of Rage, Nine Inch Nails...
toujours les Eurocks, la journée du samedi en compagnie de Truckks, Queens of the Stone Age, Jungle ... (et semaine prochaine, le dimanche)
retour sur les 4 jours au festival de Beauregard :
Vendredi avec Charlotte Gainsbourg, Orelsan, Jack White, MGMT...
Samedi avec Eddy de Pretto, Black Rebel Motorcycle Club, Simpl Minds...
Dimanche avec Parquet Courts, The Breeders, At the Drive In, Bigflo & Oli...
et le bouquet final du lundi avec Depeche Mode, Girls in Hawaii et Concrete Knifes
et toujours :
"The symphonies" de Arvo Part
"Chambre noire" de Alexandre Nadjari
"What we've drawn" de Fuzeta
"Avec du noir avec du blanc" de Olivier Depardon
Shaggy Dogs en interview autour de leur album "All Inclusive"
"Murmures" de Tom Bourgeois

Au théâtre :

les nouveautés de la semaine :
"Italienne, Scène et Orchestre" à la MC 93 à Bobigny
"Bohême, notre jeunesse" à l'Opéra Comique
"Les Liaisons dangereuses" au Théâtre de Nesle
"Dîner de famille" au Théâtre d'Edgar
"Seconde chance" au Théâtre Le Funambule-Montmartre
dans le cadre du Festival au Village à Brioux-sur-Boutonne :
"Les Gravats"
"Au Banquet de Gargantua"
les chroniques des spectacles programmés au Festival Off d'Avignon
et les chroniques des spectacles à l'affiche pour l'été parisien

Expositions avec :

"Kent Monkman - Beauty and the Beasts" au Centre Culturel Canadien
et la dernière ligne droite pour :
"Mary Cassatt - Une impressionniste américaine à Paris" au Musée Jacquemart-André
"Corot - Le Peintre et ses modèles" au Musée Marmottan-Monet

Cinéma avec :

les films de la semaine :
"Paul Sanchez est revenu !" de Patricia Mazuy
"Penché dans le vent!" de Thomas Riedelsheimer
dans la catégorie Oldies but Goodies en version restaurée :
"Les Dames du Bois de Boulogne" de Robert Bresson
"Laura nue" de Nicolo Ferrari
les chroniques des sorties de juin
et les chroniques des autres sorties de juillet

Lecture avec :

"Génocide(s)" de Kazuaki Takano
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"Le président a disparu" de Bill Clinton et James Patterson
"Sur un mauvais adieu" de Michael Connelly
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"Histoire du fascisme" de Frédéric le Moal
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Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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