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Interview  (Paris)  10 mars 2011

Il y a chez Lise une fraîcheur et une innocence qui font du bien à ceux qui l'approchent. Elle est petite, jolie, timide, elle cherche ses mots, hésite. Elle joue merveilleusement du piano, chante des chansons romantiques sans être niaises. Elle a le charme d'une Amélie Poulain. Mais surtout Lise a énormément de talent. Elle a écrit et interprète un très beau premier album, sur lequel se mélangent et se répondent des chansons en français et en anglais.

Lorsque nous nous sommes rencontrés, dans un bureau du label Cinq7, je me sentais tout intimidé devant cette artiste, que je venais pourtant de découvrir. Une chanteuse devant laquelle un avenir radieux est en train de s'ouvrir. Par exemple, Dominique A, aussi hébergé chez Cinq7, lui a déjà écrit une chanson splendide qu'elle interprète durant ses concerts. J'étais tellement intimidé que mes questions n'en étaient plus vraiment. Je bredouillais quelques mots à propos de son album, et Lise me donnait son point de vue.

Bonjour Lise. Avant de commencer cette interview, je voulais m'excuser. Je n'ai découvert votre album que hier. Je ne m'en suis pas encore bien imprégné.

Lise : Ne vous inquiétez pas ! Moi je le connais bien, même très bien. Je vais pouvoir vous aider. (rire)

Pour préparer notre rencontre, j'ai fait quelques recherches, mais cela s'est avéré compliqué. A l'heure des moteurs de recherche, avoir choisi Lise comme nom d'artiste n'assure pas une grande visibilité.

Lise : C'est simplement mon prénom. De plus, comme c'est un projet où je suis seule sur scène, je n'avais pas envie de me fabriquer un nom de scène pour moi toute seule.

Mais pourquoi ne pas alors avoir gardé votre nom de famille ?

Lise : Je ne sais pas si j'avais vraiment envie d'impliquer ma famille là-dedans (rire). Non pas qu'ils ne soient pas derrière moi, ils me soutiennent tout à fait, mais c'est un projet vraiment personnel. J'ai donc gardé ce qui m'était le plus personnel.

-M- a bien fait carrière avec un nom de scène encore plus difficile à trouver.

Lise : Exactement. En plus, il y a mon site, "liseaupiano.com". Puisque les chansons de l'album sont toutes interprétées uniquement au piano, que le projet est centré autour de cet instrument, peut-être le trouve-t-on en renseignant ces deux termes. (NDLR : ça fonctionne). Mais en effet, je suis peut-être difficile à trouver.

La chanson "Paris", qui ouvre votre album, suggère que vous venez de province. Lorsqu'on vit à Paris, on a une image moins romantique de cette ville.

Lise : Oui. Cela fait trois ans maintenant que je vis à Paris, et déjà... Je suis originaire de Narbonne. Mais j'ai écrit cette chanson alors que je vivais à Detroit, pour faire rêver mes amis américains.

Est-ce plus difficile pour vous d'écrire en anglais ou en français ? Et exprimez-vous les mêmes choses en anglais et en français ?

Lise : Il n'y a rien qui soit facile pour moi (rire). Ça m'est difficile dans les deux langues, mais pour des raisons différentes. A une période de ma vie, j'ai beaucoup voyagé. J'écrivais alors en fonction du lieu où je me trouvais. La langue dans laquelle je choisissais d'écrire dépendait de mon envie d'être comprise, ou non. Certaines fois, j'exprimais des choses très personnelles en anglais parce que je ne voulais pas qu'on saisisse tout dès la première écoute, bien qu'avec mon accent ce ne soit pas trop difficile (rire). Soit je m'adressais à quelqu'un en particulier, j'écrivais alors dans sa langue, soit les propos étaient plus personnels, alors j'écrivais en anglais lorsque je me trouvais en France ou en français lorsque je vivais aux États-Unis.

Dans l'album, il y a de nombreuses références littéraires.

Lise : Oui. Je suis partie aux États-Unis après le bac, mais j'ai continué des études littéraires.

Il y a la mise en musique du poème d'Apollinaire "L'émigrant de Landor Road ", mais aussi la référence par exemple, au "Bateau ivre" de Rimbaud dans la chanson "Paris".

Lise : Justement, c'est ce point de vue de la provinciale, romantique, que je trouvais touchant.

Pourquoi ne pas avoir intégré la reprise de 50 Cents "P I M P" à l'album ? C'est pourtant cette chanson qui a fait le buzz sur internet.

Lise : On a réalisé le disque de manière très indépendante. Je l'ai fait avec Johan Dalgaard. Nous sommes tous les deux pianistes, c'est lui qui a réalisé l'album. Tout a été fait à la maison. C'est seulement ensuite, l'album une fois terminé, que nous avons démarché les maisons de disques. Sur l'album, il y avait une reprise de "Where is my mind" des Pixies. Lorsque nous avons été reçus dans les bureaux de Cinq7, ils nous ont dit "elle est sympa cette reprise. Ce serait bien d'en faire d'autres". Avec Johan, nous nous sommes alors posé la question de savoir quelles autres chansons pourraient être adaptées. Mais l'album était déjà finalisé, et la reprise de 50 Cents n'en fait pas partie. Mais ça ne me dérange pas. Je vois cette chanson comme une petite cerise sur le gâteau, en concert par exemple.

J'ai l'impression que dans votre démarche, il y a l'envie de suivre des chemins contraires. Déjà parmi les reprises que vous interprétez, il y a les Pixies, un groupe aux guitares très acérées, ou 50 Cents qui fait du rap gangsta, des musiques qui véhiculent une certaine rébellion. Or vous les interprétez au piano, un instrument dont vous avez commencé la pratique à l'âge de 5 ans, et qui est donc pour vous un prolongement de l'enfance.

Lise : C'est surtout une part de jeu. C'était amusant de faire rentrer ces chansons dans mon univers pianistique, plutôt classique et sage. D'ailleurs, je suis encore plus sage qu'il n'y paraît (rires). C'était drôle d'intégrer des messages différents de ce que j'interprète habituellement, plus violents. Je n'ai pas envie de chercher en moi la révolte ou la violence, mais ce sont des sentiments nécessaires, et je les trouve chez les autres. Alors je les leur emprunte. Je suis peut-être quelqu'un de trop réservée pour aller violemment dans une direction.

L'autre impression que j'ai eu en écoutant votre album était d'entendre des anti-chansons d'amour. Par vos mots, vous vous mettez en retrait. Vous prenez beaucoup de distance par rapport aux thèmes que vous abordez.

Lise : C'est en effet le cas sur certaines chansons de l'album qui sont des chansons de jeunesse. Des chansons de vraie jeunesse, que j'ai écrites il y a cinq ou six ans. Mais je tenais à ces chansons, je voulais les intégrer à l'album comme une trace de ce que j'ai été. On parle de chansons qui ne reflètent plus ma personnalité d'aujourd'hui. Quand on est jeune, on a rarement des histoires d'amour heureuses. Il y a des moments, où il faut se protéger. Je suis moi aussi passé par là, et j'ai écrit ces chansons à cette période. Mais heureusement, je ne suis plus comme ça. (rire)

"C'est nous" dégage un sentiment d'amour mêlé de culpabilité. Il y a aussi des références catholiques qui font penser à une éducation peut-être bridée.

Lise : Non, pas du tout. Saint-Jean-Baptiste apparaît dans cette chanson parce qu'à l'époque je sortait avec un type qui avait vraiment la tête de Saint-Jean-Baptiste tatouée sur l'épaule. Je vois son tatouage, et il me dit "C'est chouette cette tête sur un plateau, n'est-ce-pas ?". Je lui rétorque "Mais c'est Saint-Jean-Baptiste. Ça te dit quelque chose l'histoire avec Salomé ?" Mais non, ça ne lui évoquait rien. C'est vrai que lorsqu'on utilise une image, elle véhicule forcément une charge symbolique, mais ce n'est pas une chanson d'amour coupable. Quant à mon éducation, elle n'a pas été catholique. Par contre, les études littéraires ont été très contraignantes.

Sur des chansons plus récentes, j'ai pensé à J.G. Ballard, pour les références à la mécanique et à un monde de grandes banlieues déshumanisées. Vos références littéraires ont-elles évoluées ?

Lise : Je ne connais pas J.G. Ballard, mais aujourd'hui j'écris d'abord sur le monde qui m'entoure, celui dans lequel on vit vraiment. Ce voyage aux États-Unis m'a permis de m'immerger dans ce monde. Pour moi qui ai grandi à Narbonne, ça a été l'occasion de me confronter à une réalité plus dure.

Pour vous durcir ?

Lise : C'est un des aspects, mais surtout pour ne pas vivre dans un entre-deux. Les États-Unis ont cela de différent de la France que leur monde semble presque foutu, au bord du gouffre. C'est une logique poussée à l'extrême. D'autant plus que je suis allée vivre là-bas sous la présidence de George W. Bush. J'avais alors ce sentiment d'être du côté pas exactement des méchants, mais presque. Même les américains étaient sensibles à ça. La plupart n'appréciaient guère de représenter cet esprit-là aux yeux du monde, simplement parce qu'ils vivaient dans ce pays-là à ce moment-là.

Et c'était à Detroit.

Lise : Oui, en plus.

Actuellement vous êtes en résidence aux Déchargeurs, à Paris. La salle est minuscule, comment trouvez-vous la bonne distance avec le public alors que vos chansons sont souvent intimes, et pudiques à la fois ?

Lise : En fait, je ne sais pas. Ça se réinvente chaque soir en fonction du nombre de personnes. J'essaie de faire se souder le public, qu'ils aient le sentiment de former un groupe. Parce que je débute, je ne sais pas si j'y arrive à chaque fois. Mais à la fin du concert, si on m'invite à boire un coup, je me dis que ça a bien fonctionné.

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Crédits photos : Thomy Keat (Toute la série sur Taste of Indie)


Laurent Coudol         
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# 11 avril 2021 : Culture en résistance

Nous avons rencontré des acteurs du monde de la culture pour évoquer leurs situations mais aussi l'avenir. Le replay intégral est à voir dès maintenant sur la TV de Froggy's Delight. Pour le reste, voici le programme de la semaine. Et surtout, restons groupés.

Du côté de la musique :

"In time Brubeck" de Duo Fines Lames
"Navegar" de Joao Selva
"Le style (avec Guillaume Long et Flavien Girard" la 8ème émission de Listen In Bed
"Dusk" de Paddy Sherlock
"Live at the Berlin philarmonie 1969" de Sarah Vaughan
Les petites découvertes de la semaine en clips avec : Hanna & Kerttu, Texas, A Certain Ratio, Johnny Mafia, Chevalrex + Thousand
et toujours :
"Caillou" de Gisèle Pape
"Sauvé" de It It Anita
"Goes too far" de Olivier Rocabois
"Morricone stories" de Stefano Di Battista
"Le fruit du bazar" de Alex Toucourt
"Bento presto" de Caribou Bâtard
"De mort viva" de Sourdure
"Mistake romance" de Tristan Melia
"Courtesy of Geoff Barrow : Unsung Heroes" le mix #18 de Listen In Bed
Des petites découvertes en clip : O' Lake, Luwten, Corentin Ollivier, Ghern et Old Caltone

Au théâtre au salon :

avec les captations vidéo de :
"La passion selon saint Matthieu" de Bach par Romeo Castellucci
"War sweet war" de Jean lambert-Wild
"Les Sœurs Macaluso" d'Emma Dante
"Monkey Money" de Carole Thibaut
"Une heure de tranquillité" de Florian Zeller
"Le Dernier jour du jeûne" de Simon Abkarian
"La Ronde" de Boris Charmatz

Expositions :

en virtuel :
"Le Grand Tour, voyage(s) d'artistes en Orient" au Musée des Beaux-Arts de Dijon
"La Fabrique de l'Extravagance" au Château de Chantilly
"La Police des Lumières" aux Archives nationales
"D'Alésia à Rome" au Musée d'Archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye
"Pompéi, un récit oublié" Musée de la Romanité à Nîmes
et un documentaire : "Les trésors des hôtels particuliers : Du Marais aux Champs Elysées"

Cinéma :

at home :
"Où vont les chats après 9 vies ?" de Marion Duhaime
"Stuck Option" de Pierre Dugowson
"La fête est finie" de Marie Garel-Weiss
"1991" de Ricardo Trogi
"Généalogies d'un crime" de Raoul Ruiz
"L'été de Kikujiro" de Takeshi Kitano
"Le retour de la panthère rose" de Blake Edwards

Lecture avec :

"Elmet" de Fiona Mozley
"Le savoir grec" de Jacques Brunschwig, Geoffrey Ernest Richard Lloyd & Pierre Pellegrin
"Seul entouré de chiens qui mordent" de David Thomas
"Sur la route, vers ailleurs" de Benjamin Wood
et toujours :
"Biotope" de David Coulon
"Ces petits riens qui nous animent " de Claire Norton
"Dernières nouvelles de Sapiens" de Silvana Condemi & François Savatier
"Eat, and love yourself" de Sweeney Boo
"Giants : Brotherhood" de Carlos & Miguel Valderrama
"L'art du sushi" de Franckie Alarcon
"L'île sombre" de Susanna Crossman
"La rivère des disparues" de Liz Moore
"Pourquoi le nord est-il en haut ?" de Mick Ashworth

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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