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puce Rina Banerjee - Chimères de l'Inde et de l'Occident
Musée Guimet  (Paris)  Du 25 mai au 26 septembre 2011

Dans le cadre de sa "Saison Indienne" destinée à faire découvrir l'Inde et sa culture à travers plusieurs expositions, le Musée Guimet présente, au sein de ses collections permanentes, une mise en résonance des oeuvres contemporaines de Rina Banerjee.

Cette exposition intitulée "Chimères de l’Inde et de l’Occident" est également présentée comme s'inscrivant dans sa mission nouvelle définie en 2009, "La Fabrique contemporaine de l’art en Asie".

Celle-ci l'investit, à côté de sa vocation fondamentale consistant en la monstration de ses collections historiques qui concernent tous les arts et les civilisations du continent asiatique sur cinq millénaires, à l'exclusion toutefois de la période moderne et contemporaine, et en raison de l'émergence de l'Asie dans l'art contemporain, d'une mission d'ouverture sur les oeuvres contemporaines crées dans les nations asiatiques.

Avec les oeuvres de Rina Banerjee, il procède à une extension de son champ d'investigation.

En effet, contrairement, par exemple, à Subodh Gupta, icône de l'art contemporain indien et de l'art contemporain international qui vit en Inde mais comme le plasticien britannique d'origine indienne Anish Kapoor, qui lui aussi tient le haut du pavé de l'art contemporain, Rina Banerjee, artiste américaine d’origine indienne, est une artiste de la diaspora qui n'a, de surcroît, pratiquement jamais vécu en Inde.

Il est donc intéressant de constater la concrétisation de son inéluctable métissage culturel dans lequel les co-commissaires, Jacques Giès, président du Musée Guimet et de Caroline Arhuero, chargée d’études documentaires responsable de l’art contemporain audit musée, voient "l’occasion de porter un regard renouvelé sur les civilisations asiatiques et leurs relations complexes avec l’Occident" et d'apprécier comment "l’Occident, s’est parfois approprié les emblèmes des cultures autrefois colonisées, pour les transformer en une nouvelle iconographie populaire".

Rina Banerjee, du bazar indien aux petites histoires inquiétantes : "Qu’est-ce que ça veut dire d’être Indien aujourd’hui à New York ?"

Le parcours de l'exposition, qui s'égrène sur plusieurs niveaux, commence par une pièce maîtresse considérée comme la meilleure introduction à l’oeuvre de Rina Banerjee : "Take me, take me... to the palace of love".

Une immense carcasse métallique recouverte de film transparent rose fluorescent représente un Taj Mahal de bazar en lévitation. A l'intérieur un fauteuil anglo-indien ancien est suspendu au dessus d'un globe terrestre.

Globe terrestre qui se retrouve entre les machoires acérées d'un crâne d'alligator qui constitue le pistil d'une efflorescence monstrueuse qui ressemble à une fleur de pavot, oeuvre qui clôt l'exposition et intitulée : "The world as burnt fruit - When empires feuded for populations and plantations, buried in colonial and ancient cuurrency a Gharial appeared from an inky melon hot with blossom sprang forth to swallow the world not yet whole as burnt fruit".

Tout est dit dans ce titre narratif extrêmement long, ce qui constitue d'ailleurs une constante chez Rina Banerjee qui raconte ainsi une histoire, souvent dramatique, monstrueuse et au sens elliptique, composant des mythologies personnelles et dans lesquelles il faut déceler des messages politiques dénonçant le post-colonialisme et les effets pervers de la mondialisation et militant en faveur d'une humanité nouvelle.

La production artistique de Rina Banerjee, ingénieur chimiste de formation qui s'est reconvertie dans l'art contemporain, repose sur un socle culturel atavique phagocyté par les codes stylistiques occidentaux notamment en ce qui concerne les sculptures-installations.

En effet, pour les dessins, dont la facture est très éloignée de ces dernières, leur trait naïf, leurs figures inspirées de celles du panthéon indien et leur polychromie pétulante révèlent l'ascendance indienne nonobstant le fait d'être réalisés sur un support déjà utilisé à une autre fin, peut-être des schémas de circuits électroniques, sans présenter toutefois une réelle intercation évidente, comme par exemple dans l'oeuvre de Pierre Alechinsky.

En revanche, pour les sculptures-installations, en parallèle au métissage culturel qui est inhérent à toute personne de la diaspora et de surcroît opéré selon un mode singulier et unique, Rina Banerjee procède à un véritable syncrétisme artistique.

Ainsi, au Nouveau réalisme, elle emprunte l'art de la récupération, du recyclage et du détournement qui conduisit à l'esthétique du déchet et qui anima également le pop art et qui s'intitule ressortit à "la mixité des médiums".

A signaler que les rutilants déchets utilisés par Rina Banerjee avec, en l'occurrence une prédilection pour les coquillages, ampoules, cornes, éventails de plumes et ailes d'oiseau, petits flacons et cranes d'animaux, ne portent pas vraiment de traces d'usage.

La plupart des oeuvres de Rina Banerjee sont inquiétantes non seulement par la récurrence d'éléments qui, en Occident, ont une connotation méphitique mais également par l'agressivité qui s'en dégage, qu'il s'agisse de monstres chimériques, d'hybridations métamorphiques et de figures féminines perturbées.

Difficile de ne pas penser à Louise Bourgeois face à l'effrayante "Winter's flower" (ainsi explicité par l'artiste "Matières premières issues de la mer et d’immondices, voire de souris exotiques, dévorées par un monde affamé de commerce, qui en a fait des fleurs ; camouflé, à déguster accompagné d’un riz blanc") ou à Niki de Saint Phalle face à l'arbre aux têtes de poupées qui a envahi une volière.

Conformes à un art contemporain qui est placé sous le signe du morbide et d'un monde ravagé par la guerre et la violence, ces installations revêtent une aspect plus sombre in situ à proximité d'oeuvres qui induisent la sérénité.

 

En savoir plus :

Le site officiel du Musée Guimet

Crédits photos : Musée Guimet, Paris, dist.RMN / Raphaël Chipault/Benjamin Soligny


MM         
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Cette semaine Daniel Johnston nous a quitté, mais aussi Philippe Pascal de Marquis de Sade. Merci à eux pour tout ce qu'ils ont apporté à la musique mondiale pour l'un et hexagonale pour l'autre.
Pour ce qui est du reste de l'actualité culturelle de la semaine, c'est parti pour le sommaire :

Du côté de la musique :

"Schlagenheim" de Black Midi
"Tokyo dreams" de Dpt Store
"Terry Riley : Sun rising" de Kronos Quartet
"Diabolique" de l'Epée
"Mer(s) : Elgar, Chausson & Joncières" de Marie-Nicole Lemieux
"Like in 1968" de Moddi
"Voodoo queen" de One Rusty Band
"Moon" de Violet Arnold
et toujours :
"L'horizon" de Manu
"Twelve nudes" de Ezra Furman
"Spleen 1" de Fleur du Mal, chronique assortie d'un entretien
Rencontre avec Le Flegmatic autour de son nouvel album "Ruine nouvelles" Le Flegmatic
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Au théâtre :

les nouveautés avec :
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"Pour un oui ou pour un non" à la Manufacture des Abbesses
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