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Let it be ... naked  (Divers)  novembre 2003

Internet est rempli de quizz imbéciles destinés aux completistes-rock dans mon genre et la moitié de ces quizz est consacré aux Beatles. Et ces quizz sur les Beatles posent tous la même question : "Quel est le dernier album des Beatles ?". Les fans occasionnels répondent "Let it Be" ; les obsédés répondent "Abbey Road" (merci, c’était vraiment très intéressant…).

"Let it Be" a en effet été enregistré avant "Abbey Road" mais il est resté, inachevé, dans les cartons jusqu’à sa sortie en 1970. En janvier 1969, après le double blanc, les Beatles décidaient d’enregistrer leur nouvel album. Ils sont à l’époque, sans aucune hésitation possible, le plus grand groupe au monde. Autant dire qu’on les attend au tournant.

La critique s’est régalé à éreinter "Magical Mistery Tour", mauvais téléfilm à la musique parfaite. Ils savent qu’ils doivent toujours étonner et se surpasser. Dur d’être un Beatle. Surtout à cette époque : ils fatiguent. George Harrison en a marre d’être la troisième roue du carrosse et que ses compos soient régulièrement refusées (il quittera même un moment le groupe pendant l’enregistrement de "Let it be") ; John Lennon ne quitte pas Yoko Ono dont la seule présence a le chic pour taper sur les nerfs des trois autres ; Ringo Starr s’en fout, ou plutôt, il voudrait que ce soit comme avant, quand les quatre amis s’amusaient à faire de la musique ; quant à Paul McCartney, il a une idée très précise et un peu mégalo de ce qu’il veut faire des Beatles…

Les chefs-d’œuvres psychédéliques que sont "Sergent Pepper’s", "Magical Mistery Tour" ou les singles "Peny Lane" et "Strawberry Fields", quand les Beatles passaient tout leur temps et leur énergie à expérimenter en studio avec le formidable George Martin, sont loin derrière. On n’a plus envie de travailler. On veut du spontané. Lennon dit à Martin qu’ils n’ont pas besoin "de toute sa merde de production "… Déjà, l’extraordinaire album blanc était l’album de la lassitude après l’euphorie, de la fatigue après l’entoushiasme, de la redescente après la drogue…

Lennon se laisse aller dans ses textes : on passe du surréalisme de "Strawberry Fields" a des textes plus bruts ("I’m so tired") ou, dans "Let it be", à la blague pure et simple : "Everybody pulled their socks up/Everybody put their foot down). On a déjà un avant-goût des albums solo à venir.

"Let it Be" continue dans cette voie : le concept du nouvel album sera "live in the studio". Aucun re-recording autorisé. Les quatre Beatles jouent tous ensemble (ils sont bientôt rejoints par leur viel ami Billy Preston au piano électrique) ; si la prise n’est pas bonne, on recommence tout. Toutes les répétitions sont filmées et on prévoit de terminer le film par un concert, le premier (et dernier) concert des Beatles depuis août 1966…

Très vite, ca dégénère : le studio de cinéma de Twickenham est froid et inhospitalier ; le groupe, habitué à travailler la nuit, a du mal à s’adapter aux horaires de bureau des cinéastes. Ils regrettent leur bon vieux studio d’Abbey Road… Le concept de "live in the studio" implique des centaines de prises qui minent tout le monde (et feront la joie des bootleggers…). On en arrive à ce genre de délire : "Cétait comment ?" "Bien, mais la grosse caisse était mieux sur la prise 96 ; en revanche, au troisième couplet, la voix était plus juste sur la prise 45"…

Etre filmé 24 heures sur 24 alors qu’on a du mal à se supporter, ce n’est pas l’idéal. George se tait ou s’engueule avec Paul ; les discussions sur le choix du concert s’éternisent : la réédition Let it be… Naked est accompagnée d’un disque de 20 minutes, montage d’impros et de discussions ; on y entend Paul proposer de jouer en Arabie ou Lennon demander qu’on lui trouve au plus vite deux paquebots, qu’on les remplisse d’amis et qu’on joue sur le pont, au large (George, laconique : "That idea is completly insane."). On a l’impression de voir les joints circuler… C’est finalement George, qu’on ne croyait pas si punk, qui aura l’idée finale : faire un concert interdit, que la police viendra interrompre.

Après le départ puis le retour de George, ils déménagent dans leurs bureaux d’Apple, reprennent l’enregistrement et jouent finalement sur le toit de l’immeuble, pour un concert mémorable, le 30 janvier. Puis, ils enchaînent sur ce qui sera "Abbey Road ", laissant à Glyn Johns, l’ingénieur du son, le soin de faire un album de toutes les bandes enregistrées en janvier. Ce premier montage est rejeté. Et "Let it Be" dort dans un tiroir jusqu’à ce que Lennon donne, sans en parler aux trois autres, les bandes à Phil Spector pour qu’il les remixe. Idée extravagante : Phil spector, c’est le "Wall of Sound", les orchestres philarmoniques, les chœurs, c’est toute la démesure et le mauvais goût. Et on plaquait ça sur ce qui se voulait au départ un album "live in the studio" ! Paul le prend très mal. Il y a de quoi : les ballades en particulier sont noyées dans un sirop gluant et mélo.

Cette réédition a enfin nettoyé les bandes orignales de toute cette soupe. On peut y voir encore une fois – après la sortie de la Beatles Anthology – la volonté de McCartney de réécrire l’histoire, maintenant qu’il est un des deux seuls survivants. On peut rêver en effet à ce que le trouble-fête Lennon dirait de la version "tout-le-monde-il-est-beau,tout-le-monde-il-est-gentil " de l’histoire des Beatles proposée aujourd’hui par Macca…

Mais bon, ce qui compte, c’est d’avoir enfin un magnifique album "Let it Be", qui enterre les centaines de pirates tirés de ces sessions de janvier 70. Le son remasterisé est absolument extraordinaire et on a vraiment l’impression d’être avec eux dans le studio. Le plus émouvant est de découvrir de belles parties de guitares ou des chœurs de John ou Paul là où on ne connaissait que des nappes indigestes de violons ou de dizaines de sopranos américaines.

On regrettera peut-être tous les petits intermèdes, dialogues de studio et blagues de Lennon : "Maggie Mae" et surtout l’ impro "Dig it" (qui sur les pirates fait près de 15 minutes). En revanche, on a droit à "Don’t let me down" qui n’était à l’époque sorti qu’en single.

Ce Let it Be… Naked est un excelent moyen de redécouvrir un album un peu oublié des Beatles, celui d’un retour aux sources après de fastueux délires, celui aussi où ils se retrouvent, comme au bon vieux temps d’Hambourg, à hurler un de leurs premiers morceaux, le rock’n’roll "One After 909".

Vivement un dvd de "Let it be" le film.

 

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# 14 juillet 2019 : Les pieds dans l'eau

C'est l'été, les vacances pour certains, mais cela n'empêche pas de découvrir quelques petites perles musicales, littéraires, théâtrales, cinématographiques... Alors ne perdons pas de temps et découvrons le programme de la semaine.

Du côté de la musique :

"Reward" de Cate Le Bon
"Walk on a mirror" de Beautiful Badness
"You're here now what ?" de Matmatah
"Verdée" de Verdée
"Circo circo" de Who's the Cuban
Tom Mascaro et The Daggys au M'art in the street de St Symphorien s/ Coise
Beauregard #11 :
Jeudi avec MNNQNS, Gossip, Fatboy Slim entre autres
Vendredi avec Balthazar, Lavilliers, NTM, Etienne de Crécy...
Les Eurockéennes de Belfort #31 : Interpol, Fontaines DC, Idles, Mass Hysteria...
et toujours :
"Lung bread for daddy" de Du Blonde
"Orgue" de Guero
Hellfest #14 avec No one is innocent, Gojira, Kiss, Cannibal Corpse, Sister of Mercy et pas mal d'autres
"L'envoutante" de L'Envoûtante
"Uncovered Queens of the Stone Age, The lost EP" de Olivier Libaux
"Praeludio" de Patrick Langot
"Carnet de voyage, livre 1 : Beethoven Cras" de Quatuor Midi Minuit
"The twin souls" de The Twins Souls

Au théâtre :

"Glissement de terrain" au Théâtre de la Reine Blanche
"Philippe Chevallier et Bernard Mabille - Chacun son tour" au Théâtre L'Archipel
"De Judas à Manuel Valls" à la Comédie Saint-Michel
"Philippe Fertray - En mode projet" au Théâtre de la Contrescarpe
"Florian Lex - Pas de pitié !" au Théâtre du Marais
des reprises :
"Nature morte dans un fossé" au Petit Gymnase
"Muriel Lemarquand - Trop forte !" au Théo Théâtre
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Expositions avec :

"Back Side/Dos à la mode" au Musée Bourdelle
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"Hammershoi - Le Maître de la peinture danoise" au Musée Jacquemart-André
"La Lune - Du voyage réel aux voyages imaginaires" au Grand Palais
"La Collection Emil Bürhle" au Musée Maillol

Cinéma :

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et la chronique des sorties de juillet

Lecture avec :

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et toujours :
"Entrer dans l'arène en même temps que l'orage" de Danny Denton
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"Je te donne" de Baptiste Beaulieu, Agnèes Ledig, Laurent Seksik, Martin Winckler
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Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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