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Michel Hazanavicius  octobre 2011

Réalisé par Michel Hazanavicius. France. 2011. Romance, drame, comédie. Avec Jean Dujardin, Bérénice Dejo et John Goodman.

On le sait, depuis maintenant quelques années, le cinéma français est gangréné par – au choix – des beauferies sans nom sur les croisères, les camping, la jet set, les lassants mélo sur les trentenaires (c'est triste mais les vieux ont rarement leur place à l'écran) ou malheureusement les remakes (comme quoi, on ne sait plus faire de scénario original ou de bonnes histoires dans notre bel hexagone) tels que La Guerre des Boutons. Alors que cette fraîcheur indémodable d'Yves Robert n'aurait jamais dû être reprise, surtout deux fois, on a sombré dans le ridicule ce coup ci.

De temps en temps – les occasions sont rares –, un réalisateur français sort du lot, avec une vraie conception du cinéma, et Michel Hazanavicius est de cette trempe. Lorsqu'il adapte au cinéma OSS 117, en filant le beau costume de l'agent à Jean Dujardin, la France entière se régale. Le film est bourré de références et en 1h30, cette potacherie efface toutes les "comédies" niaises/nazes/lourdes de l'époque avec les Dubosc, Semoun, Gad Elmaleh… Vivifiante, talentueuse, audacieuse, la série des OSS 117 fait mouche.

Mais Hazanavicius ne s'arrête pas là, il veut quelque chose de plus grand, un beau projet et s'attaque au muet, au cinéma muet du début du siècle dernier. Gros défi certes, mais gros plaisir en perspective, avec le risque que cela fasse un flop (mais le risque fait partie du vocabulaire des réalisateurs qui sortent du lot). Dès les premières images, on assiste à la projection d'un film des années 20 avec George Valentin, grande star de l'époque (incarnée donc par Dujardin), vue du public de la salle de l'époque. Cadrage sur l'orchestre qui faisait donc office de bande son pour accentuer l'action, le drame, le mélo, prise de vue sur le public à fond, on s'y croirait !

Le procédé – le film dans le film – même s'il n'est pas nouveau, est astucieux, assez brillamment filmé et nous fait rentrer dans le sujet la tête la première. Problème : plus le film avance et plus il s'essouffle, le rythme n'y est plus à la moitié du film, et Hazanavicius prend le parti de la mélancolie avec un Valentin qui découvre l'arrivée du parlant, ne se retrouvant plus devant cette nouvelle forme de cinéma.

Le réalisateur rend hommage au genre avec un sujet très intéressant – n'oublions pas que le passage du muet au parlant avait fait scandale à ce moment là – mais il est trop sage. Trop sage car il a eu peur de parodier le "film muet". Est-ce le souci de faire un film assez accessible au grand public ? Une volonté du producteur ? Probablement un peu de tout ça. Personnellement, je trouve qu'il manque deux-trois ingrédients pour que l'exercice du film muet soit pleinement réussi. Quitte à se lancer franco dans l'hommage, pourquoi ne pas faire sautiller l'image de temps à autre ? Le réalisateur d'OSS 117 opte aussi pour une belle image en noir et blanc lisse, alors qu'un petit grain aurait peut-être fait plus "d'époque".

Si l'on se souvient bien du cinéma burlesque ou expressioniste allemand muet des années 20, la vitesse de projection était rapide, ce qui a disparu au moment du parlant. L'astuce aurait été d'accélerer l'image au début du film pour la ralentir ensuite, avec l'arrivée du parlant mais ici le film est tourné à une cadence standard, dommage.

En revanche, Hazanavicius utilise pas mal de cadrages très serrés sur les acteurs – notamment ceux où l'on suit le vague à l'âme de Dujardin devant sa bouteille de bourbon dans la cuisine – qui étaient plutôt rares à l'époque.

Revenons et attardons-nous sur l'interprétation tout en mesure de Dujardin – et dans une moindre proportion Bérénice Bejo – qui a de quoi décevoir. Lorsque l'on a un acteur de la trempe de Dujardin entre les mains, il faut lâcher les chevaux ! Sur un tel sujet, quel dommage de ne pas le voir plus accentuer le rire, le chagrin, l'énervement, comme le faisait les Buster Keaton, Chaplin, ou l'incroyable Brigitte Helm dans Metropolis.

Le réalisateur est frileux et c'est bien facheux, il évoque le passage du muet au parlant – qui rappelons-le, est une idée énorme, si loin des standards de cinéma d'aujourd'hui, beau contre-pied au gavage de 3D auquel on assiste – mais loupe l'occasion de livrer un grand film sur cette période trouble du cinéma. Si la réflexion sur le passage au parlant fait mouche, la mélancolie pour l'illustrer est trop présente alors que l'humour aurait été plus tranchant (Chaplin a fait rire la planète pour évoquer la famine, le travail à la chaîne, les dictatures...).

Heureusement, au dernier tiers le film reprend du rythme, les choses se bousculent, on rit plus également, jusqu'à un final assez habile, qui rebondit sur autre chose lors d'une séquence assez jouissive (ça a dû sacrément l'être pour Jean et Bérénice). Mais il ne faut pas s'y méprendre, le prix d'interprétation n'aurait jamais du être donné à Dujardin mais à son chien dans le film, qui livre une performance subjuguante. Peut-être l'Oscar pour lui.

 

Yannick Maquenhen         
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"La Fabrique" de Maud Lübeck
"Nuit et Jour" de Music is not fun
"My God is blue" de Sébastien Tellier
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Lorn et Amon Tobin en concert à l'Aéronef de Lille
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