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Interview  (L'Aéronef, Lille)  jeudi 31 mai 2012

Arlt débarque à Lille. On ne va pas se mentir, le petit reporter est à l'affût. L'interview qui suit n'en est pas vraiment une, il faut l'interpréter comme un dialogue.

Frank Zappa disait : "Les chroniqueurs de rock sont des gens incapables d'écrire, interrogeant des gens incapables de parler, pour des gens incapables de lire".Le but n'était donc pas de poser des questions (d'ailleurs, il n'y en a pas) mais plutôt d'essayer de comprendre comment fonctionne le groupe.

Il est tard, cela se déroule après la fermeture de l'Aéronef, dans les loges, avec Sing Sing et Eloïse Decazes, et le temps nous est compté.

Première tentative d'explication donc : le rapport au corps dans Arlt ?

Sing Sing : Le fait d'écrire une chanson, pour moi, est un acte physique. Je ne peux pas considérer le fait de me coltiner une chanson sans son caractère sexuel, sexué. C'est le verbe, une musique, un accord, le fait de tenir une guitare, de parler, de chanter, d'écrire, ce ne sont que des actes physiques. Je n'y pense pas au rapport au corps. Je ne me dis pas que je vais écrire une chanson sur le corps, par contre je considère les chansons de Arlt avant tout comme physique. Car pour moi, la langue, la parole, sont physiques, et avant tout une matière, un truc, qui génère des sécrétions physiques.

Le propos m'intéresse peu, donc cela finit par désigner du corps parce que dès le départ, la langue s'articule à travers des manifestations physiologiques, charnelles, sanguines. Je ne peux pas envisager une prise de parole qui ne soit pas faite de salive, de sueur, de sang, de foutre. En tout cas, jamais je ne me dis que je vais parler de quelque chose, ou je ne me demande comment je vais réussir à en parler. Je ne me demande pas comment je vais parler du corps, comment je vais parler d'amour, comment je vais parler d'un château, comment je vais parler d'un rhinocéros. Je m'en fous ! Je m'en fous d'un rhinocéros en soi ! Ce qu'il y a c'est qu'un rhinocéros vienne, comme une entité nerveuse, physique, existante.

Rien n'est défini à l'avance et il n'y a pas de volonté de parler de quoi que ce soit, et au final cela finit par parler de chose mais à mon corps défendant. La parole vient de la façon de bouger la langue comme un muscle, organe et physique. Alors je ne réfléchis pas aux paroles, elles finissent par se déposer par des obsessions, qui sont des trucs lancinants comme une carie. Ma manière d'écrire une chanson est simple et bête, j'ai une guitare dans les mains, je trouve des accords, j'essaie de les aligner, jusqu'à ce qu'il y est quelque chose qui me heurte l'oreille suffisamment puis je marmonne dessus, jusqu'à ce que cela s'articule dans quelque chose d'à peu près intelligible et qui est indéchiffrable pour moi aussi.

Eloïse Decazes : On ne peut presque pas exprimer les choses comme une part de sincérité. Il y a des choses qui se traversent. Nous le corps est pris, il n'est pas tant question de croire à ce qu'on dit, on est presque crue par les chansons. Ça c'est un vrai rapport au corps, entre la crue et l'eau, entre la "crue" de croyance et l'eau qui monte. C'est le sentiment que j'ai. Ce n'est pas une question de sincérité car cela ne concernerait que nous, alors qu'en fait on est pris par l'inondation et le corps est vraiment pris. Après la difficulté c'est, avec le souvenir de tous les concerts qui passent, de ne pas être trop volontaire, et de ne pas engager le corps, si le corps ne prend pas. En tout cas, il n'est pas question de sincérité, mais rassurez-vous il n'y a pas de mensonges.

Sing Sing : On est motivé par des choses qui nous échappent. On n'est pas motivé par un propos, on n'est pas motivé par un endroit où l'on dit "On pense ça, on va l'exprimer, on va l'interpréter de telle manière". C'est avant tout de la musique. On fait de la musique ! On nous parle souvent dans Arlt de ce que l'on cherche à dire ou pourquoi les animaux, et au final on n'en sait rien, on s'en fout. Ce qui nous anime, je crois, ce qui nous motive, c'est de quelle façon le verbe en tant que chaire va animer effectivement nos corps, nos bouches.

Eloïse Decazes : C'est un peu des formules magiques en fait ! On parle du corps avec la tête. Mais alors, de quoi parlent les chansons ? Du couple ? C'est une projection. Un fantasme de l'auditeur sur le fait qu'on le chante en couple. "Une sauterelle dessinée par un fou", c'est autant une chanson érotique, qu'une chanson qui parle de la chanson, tout cela peut s'adresser à l'auteur de sa chanson. Je ne crois pas connaître le propos de ces chansons, ce n'est pas mon boulot de savoir de quoi elles parlent. Je ne suis pas quelqu'un qui pense quelque chose et qui l'exprime. Je suis très peu douée pour penser quelque chose et trouver la façon de l'énoncer clairement.

D'abord je me mets à bavarder, et dans ce que je retiens, dans ce que j'ai énoncé, je me mets à comprendre des choses sur moi. Et dans les deux disques que l'on a fait, que j'ai écrit en majorité, cela reste encore des façons d'apprendre des trucs sur moi. Et quand on m'en parle, je me dis "Ah ouais tiens ! Merde !", parfois je m'y reconnais, parfois je ne m'y reconnais pas, mais c'est là que je commence à comprendre des trucs.

Au départ, je ne le sais pas car ce n'est pas guidé. Ce n'est pas du discours Arlt, c'est de la musique avant tout. Pas juste de la mélodie et des accords, c'est une pulsation, c'est une température, c'est un battement, c'est quelque chose qui m'échappe. Et pour moi le langage est incantatoire, il est proche de ce qu'énonce un gamin quand il se met à le découvrir et à raconter des trucs. Il dit à peu près n'importe quoi, toi t'es là a côté en tant qu'adulte avec une écoute rationnelle de ce que l'enfant te dit et tu dis "Ha ça signifie ceci, ça signifie cela", et lui ne le sait pas, ce que lui est en train de mettre en jeu c'est du langage en train de se découvrir.

Donc si je suis en train de discuter, si je suis dans un bar, si je suis dans la rue, si je suis à la boulangerie, si je suis au guichet du métro et que je demande un ticket de métro, je ne me demande pas si je demande un ticket de métro. Quand j'écris une chanson, je suis en train d'user du langage d'une façon beaucoup plus primitive que ça, je babille, j'écris moins que je ne babille !

Vous semblez blasés d'être affiliés à la "chanson française". Pourtant, vous faites des chansons, et en français.

Sing Sing : Je ne veux pas absolument ne pas être affilié à la chanson française, je m'en fous. Je ne comprends pas pourquoi on parle de chanson française. Ça n'est pas un genre. C'est tout autant Bénabar, Les Têtes Raides, Nougaro, Brel, Albert Marcoeur, on ne sait pas ce que ça veut dire. J'ai l'impression que nous sommes les seuls à devoir débattre là-dessus car j'entends souvent "Arlt c'est pas mal pour de la chanson française", comme si il y avait une tare.

Les Rolling Stones, on ne dit pas que c'est de la chanson anglaise. A chaque fois que j'entends chansons françaises, j'entends chansons à textes, chansons sans musique, je vois le drapeau bleu blanc rouge, le coq, "cocorico", il y a une espèce d'appartenance. Faust ou Can, on n'appelle pas ça de la chanson allemande. Ces mecs-là arrivent et ils ne sont pas comparables, ils n'ont pas à s'identifier par rapport à une identité nationale. Tu les situes plus dans une espèce de segment qui inclut le Velvet, ils sont inclus dans l'histoire d'une musique aventureuse et pas dans une identité nationale.

Ce que je comprends mal, c'est pourquoi en ayant des envies de faire de la musique, de chercher des formes, d'élaborer des formes incongrues, pas forcément inédites mais singulières, tu devrais avoir à rendre compte en permanence de ce que tu représentes. Il n'y a qu'une seule patrie, c'est celle de la musique. Dès que tu chantes en français et qu'on te parle de chanson française, tu as l'impression de devoir te situer sur une échelle qui n'est que celle de ta patrie et c'est chiant !

Si je chantais en anglais, les enjeux ne seraient pas tellement différents, on ferait la même musique, on aurait la même façon de jouer de la guitare, on aurait la même façon de placer nos voix, la même façon d'enregistrer nos disques. Et donc on nous interroge sempiternellement sur la chanson française, au lieu de nous demander ce que l'on demande à n'importe qui qui chante en anglais, alors que notre façon de faire de la musique n'est pas diamétralement différente.

 

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En savoir plus :
Le Bandcamp de Arlt
Le Myspace de Arlt

Crédits photos : Arthur Dhainaut


Sam Nolin         
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# 1er juin 2020 : Retour à la réalité

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"Mareld" de Isabel Sörling
"Miroir" de Jean Daufresne & Mathilde NGuyen
"Self made man" de Larkin Poe
"Notre dame, cathédrale d'émotions" de Maitrise Notre Dame de Paris
"Enchantée" de Marie Oppert
"Miroirs" de Quintet Bumbac

Au théâtre dans un fauteuil de salon avec :

les créations contemporaines :
"Le Mardi à Monoprix" de Emmanuel Darley
"Lucide" de Rafael Spregelburd
"Le Royaume des animaux" de Roland Schimmelpfennig
"Délivre-toi de mes désirs" de María Velasco
"L'étudiante et Monsieur Henri" de Yvan Calbérac
de la comédie signée Pierre Palmade:
"Ma soeur est un chic type" de Pierre Palmade
"Pièce montée" de Pierre Palmade
"10 ans de mariage" de Alil Vardar
Au Théâtre ce soir :
"On dînera au lit" de Marc Camoletti
"Le canard à l'orange" de William Douglas Home
"L'Or et la Paille" de Barillet et Grédy
les classiques par la Comédie française :
"L'Avare" de Molière
"Les Rustres" de Goldoni
du côté des humoristes :
un spécial Christophe Alévêque à l'occasion de son inédit 2020 "Le trou noir"
avec
"Christophe Alévêque - Super rebelle... et candidat libre"
"Christophe Alévêque revient bien sûr"

"Christophe Alévêque - Debout"
et du théâtre lyrique revisité:
"Le Postillon de Lonjumeau" d'Adolphe Adam par Michel Fau
"Turandot" de Puccini par Robert Wilson
et de la caricature joyeuse avec "The Opera Locos"

Expositions :

découvrir la visite en ligne d'expositions virtuelles annulées :
"Giorgio de Chirico. La peinture métaphysique" au Musée de l'Orangerie
"Pompéi" au Grand Palais
et "Plein air, de Corot à Monet" au Musée des Impressionnismes de Giverny
s'évader en un clic en direction de la province :
à Nice pour une visite virtuelle du Musée Magnin et celle de l'exposition "Soulages, la puissance créatrice" à la Galerie Lympia
de l'Europe :
en Espagne vers le Musée Carmen Thyssen à Málaga
et en Allemagne avec la visite des 3 niveaux de la Kunsthalle de Brême
et plus loin encore aux Etats-Unis vers le Musée Isabella Stewart Gardner à Boston
et le Musée d'Art de Caroline du Nord à Raleigh
avant le retour sur Paris pour découvrir les éléments décoratifs de L’Opéra national de Paris

Cinéma at home avec :

de l'action :
"Code 211" de York Alec Shackleton
"Duels" de Keith Parmer
de la comédie : "Le boulet" de Alain Berbérian et Frédéric Forestier
du drame :
"Marion, 13 ans pour toujours" de Bourlem Guerdjou
"Happy Sweden" de Ruben Östlund
de la romance :
"Coup de foudre à Jaïpur" de Arnauld Mercadier
"Marions-nous !" de Mary Agnes Donoghue
du thriller :
"The Watcher" de Joe Charbanic
"Résurrection" de Russell Mulcahy
du fantastique : "Godzilla" de Masao Tamai
les années 40 au Ciné-Club :
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"Le carrefour des enfants perdus" de Léo Joannon
et un clin d'oeil au début du cinéma avec "Le Voyage dans la Lune" de Georges Méliès

Lecture avec :

"BeatleStones" de Yves Demas & Charles Gancel
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"Trouver l'enfant / La fille aux papillons" de René Denfeld
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"J'aurais pu devenir millionnaire, j'ai choisi d'être vagabond" de Alexis Jenni
"Les Beatles" de Frédéric Granier
"Washington Black" de Esi Edugyan

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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