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Alain Mabanckou  (Editions La Branche)  septembre 2012

Ecrivain multi récompensé, poète et professeur de littérature francophone à Los Angeles, Alain Mabanckou s'est prêté - avec succès - à l'exercice imposé autour de la date fatidique du vendredi 13 qui donne son titre à une collection thématique des Editions La Branche.

Avec "Tais-toi et meurs", il livre plus qu'un polar, un vrai roman et un roman doublement noir avec le destin tragique d'un jeune Congolais, Candide moderne poursuivi par la scoumoune de son patronyme de naissance qui signifie "ennuis", qui serre le coeur mais laisse passer un rai d'espérance.

Julien Makambo, devenu José Monfort par la grâce de faux papiers reçus tout naturellement au pays par DHl envoyés par le père du fils de sa soeur, débarque en règle à Paris dans un pays encore auréolé du mirage de l'eldorado.

Cadeau inespéré mais empoisonné car il atterrit dans la pègre congolaise, véritable mafia fondée sur la hiérarchie des âges à l'africaine, le respect de l'âge et du droit d'aînesse, qui pratique des lois biaisées, telles "la reconnaissance dure jusqu'à la mort de celui qui a bénéficié d'un service", paraissant encore plus contraignantes que celles de sa consoeur sicilienne.

Et bien que titulaire d'un baccalauréat en lettres et philosophie, obligé de travailler pour subvenir aux besoins de la famille après la mort de son père, Julien Makambo, qui n'appartient pas à "ce type de Nègre de l'époque coloniale à qui il fallait tout expliquer par des synonymes" et qui se dit "sans prétention... au-dessus de la mêlée, intellectuellement parlant, dans leur communauté", va se faire avoir comme un bleu. Et cependant, c'est peut-être lui qui brisera la spirale infernale en sachant dire non au "grand-frère" pour prendre son destin en main fut-il funeste.

De la tribu du studio de la rue de Paradis à la prison de Fresnes en passant par le marché Dejean à Château Rouge et Montreuil-sur-Bamako, sa vie suit un inéluctable cours tragique jusqu'au point d'orgue où, un vendredi 13, missionné pour attendre sur le trottoir en costume couleur diabolo menthe, histoire de ne pas passer inaperçu, une femme blanche et blonde défenestrée atterrit à ses pieds.

Alain Mabanckou déroule le court apprentissage et la cavale de son (anti)héros sous forme d'un percutant journal-récit rédigé en prison dans lequel il aborde les sujets qui peuvent fâcher car il ne prêche pas pour l'angélisme africain.

Ainsi il dépeint sans concession la diaspora plébéienne congolaise soumise de fait à la main mise des parrains que sont "Ba koko ya", les Grands-pères de Paris, venus au beau temps de l'émigration florissante, Moussavou et Shaft éminents faussaires qui en monnaie qui en papiers d'identité, qui reproduisent et maintiennent hors frontière la société d'influence qu'est la société congolaise.

Il aborde également l'économie parallèle où billets de cent euros valsent comme des petits pains christiques, le ressentiment post-colonialiste érigé en signe identitaire qui entraîne le non respect des lois françaises, lois de l'ancien état colon, et la pratique du vol considéré comme un juste dédommagement pour le pillage des matières premières nationales ("... alors voler les français c'est comme nous faire rembourser !") et le péché mignon des Congolais inféodé au mouvement de la Sape, la Société des ambianceurs et des personnes élégantes.

Et il pleure sur les désillusions de ceux qui, au pays, se voyaient "cadors" et doivent affronter la dure réalité, comme Willy mécanicien qui croyait en remontrer chez Renault ou Citroën et qui avait fini par des petits boulots à la sauvette avec les Maliens de Montreuil, et sur l'ambition lénifiante d'une certaine jeunesse pour qui le but ultime en venant en France est de "porter de beaux vêtements et descendre au pays pendant la saison sèche pour impressionner la population".

A mettre absolument dans la sélection de la rentrée littéraire.

 

A lire aussi sur Froggy's Delight dans la collection Vendredi 13 :
La chronique de "Samedi 14" de Jean-Bernard Pouy
La chronique de "Close-up" de Michel Quint
La chronique de "L'Arcane sans nom" de Pierre Bordage
La chronique de "Freaky Fridays" de Brigitte Aubert
La chronique de "Le dernier contrat" d'Olivier Maulin
La chronique de "Le chien de Don Quichotte" de Pia Petersen
La chronique de "Givre noir" de Pierre Pelot
La chronique de "Paris mutuels" de Jean-Marie Laclavetine
La chronique de "Nocturne le vendredi" de Scott Philipps
La chronique de "Tout du tatou" de Pierre Hanot
La chronique de "Hypérion victimaire" de Patrick Chamoiseau
La chronique de "Le Dernier des treize" de Mercedes Deambrosis


MM         
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# 20 Mai 2013 : Un temps à rester chez soi

Et oui, on ne parle plus que de météo, ces derniers temps. Au diable l'économie et la guerre, la vraie préoccupation des Français est de savoir quand il fera enfin beau. Mais on peut voir un bon côté dans ce vilain temps qui persiste : on peut rester chez soi à écouter de la musique, lire des bouquins et quand on sort, il est toujours agréable de faire une pause culturelle à l'abri d'un théâtre, d'un cinéma ou d'un musée. Quand on y pense, c'est quand même mieux qu'un barbecue chez votre tonton, non ? Voici donc le programme de la semaine :

Du côté des platines :

"Bright colors mean poison" de Dead Rock Machine
"Rivonia" de Dear Reader
"Dotsy Dot" de Dotsy Dot
"The beast in its tracks" de Josh Ritter
"Les mécanismes de la culpabilité" de Police des Moeurs
"L'homme dont les bras sont des branches" de Daran
"Independently blue" de The Duke Robillard Band
Press Gang Metropol au B-Spot de Nice, accompagné d'une interview de Press Gand Metropol
Mendelson et Fauve au Grand Mix de Tourcoing
Bauchklang en session
et toujours :
Capture en interview autour de leur disque "Where We All Belong"
"Constancia" de Garciaphone
"Mendelson" de Mendelson
"Atoms EP" de Mineral
"The lumineers" de The Lumineers
"Cool cocoon" de The Spinto Band
Présentation des Eurockéennes de Belfort
Présentation du Sonisphère
Sam Nolin en Froggy's Session

Au théâtre :
les nouveautés de la semaine :
"Quand je pense qu'on va vieillir ensemble" au Théâtre des Bouffes du Nord
"Amour, Révolution & Lapin à la moutarde" au Théâtre du Nord-Ouest
"La bande du Tabou" au Théâtre 13/Jardin
"Fables" au Théâtre de Belleville
"Je pense à Yu" au Théâtre Artistic Athévains
"Coco perdu" au Théâtre Le Lucernaire
"Les Mystères de Paris" au Théâtre de la Tempête
"Chassez le naturel !" au Théâtre de la Bastille
"Outreau" au Théâtre du Nord-Ouest
"Lise dans les flaques" au Théâtre Le Guichet Montparnasse
"La chaise de paille" au Théâtre du Nord-Ouest
"Que reste-t-il de nos amours" au Théâtre du Nord-Ouest
"Adèle a ses raisons" au Théâtre Le Proscenium
"Les fous du IV bis" au Café de la Gare

Exposition avec :

"Mike Kelley" au Centre Pompidou

Lecture avec :

"Chroniques de New York" de Cécile David-Weill
"L'art de manger" de Jean-François Piège
"Ecrits sur l'art" de Ingres
"La guerre aux pauvres commence à l'école" de Ruwen Ogien
"Les contes de la Folie-Méricourt" de Pierre Gripari
"VIII" de Harriet Castor
"Gimme more indie rock !" de Half Bob

Cinéma avec :
la sélection de la semaine :
"Song for Marion" de Paul Andrew Williams
à l'affiche :
"Porfirio" de Alejandro Landes
"Rock the Casbah" de Yariv Horowitz
"L'intervallo" de Leonardo De Constanzo
"Orléans" de Virgil Vernier
"Pari(s) d'exil" de Zirek
"The land of hope" de Sion Sono
"Le Voile brûlé" de Viviane Candas
"Pieta" de Kim Ki-Duk

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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