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Interview  (Paris, La Maroquinerie)  11 février 2012

Christophe va entamer, en janvier 2013, une tournée d'une dizaine de dates, seul au piano. "L'Intime Tour".

Sur la fameuse photo de Jean-Marie Périer prise en 1966 pour "Salut Les Copains", Christophe se situe en bas à droite tandis que Johnny Hallyday est debout en haut à gauche. Presque un demi-siècle plus tard, les deux idoles de l'époque sont encore dans le circuit mais la diagonale qu'ils tracent sur cette photo est presque un symbole tant leur parcours fut différent. Christophe a suivi une route très personnelle qui aujourd'hui lui donne un statut particulier auprès de la scène indépendante française. Chanteur de variétés populaire mais aussi chercheur de sons branché, producteur rare qui fonctionne au feeling, dandy lunaire hors-système.

Alors qu'il va bientôt entamer son Intime Tour, on le rencontrait il y a quelques mois à la Maroquinerie, à Paris, après un concert de chauffe dans cette formule inhabituelle pour cet esthète exigeant qu'on a plus souvent vu sur scène entouré d'orchestres à cordes ou de musiciens exceptionnels comme Gail Ann Dorsey, la bassiste de David Bowie.

Par esprit de contradiction, on comptait profiter de ce concert piano solo pour évoquer avec lui ses nombreuses collaborations, de Loane à Erik Truffaz, d'Adamo à Julien Doré, de Jean-Michel Jarre à Alain Bashung. Mais lorsque, à 2 heures du matin dans les loges enfumées de la Maroquinerie, le dernier des Bevilacqua se met à parler longuement et avec émotion de son amitié Alain Bashung, on oublie les questions et on écoute une idole évoquer, au présent, la mémoire d'un géant.

Comment avez-vous senti ce concert, qui n'est que le second en piano solo ?

Christophe : J'ai avant tout cherché à être spectateur. J'ai aimé les groupes qui ont ouvert pour moi. Ensuite, moi, j'étais dans un état comme j'aime être, c'est-à-dire dans un semi-concert, dans un moment de nuit. C'était le genre d'endroit et d'ambiance que j'aime trouver lorsque je me balade à Londres, Amsterdam ou dans le nord de la France. Un bon piano, un bon micro, une bonne sono. Malheureusement, on ne trouve presque plus cela à Paris. C'était un concert qui m'a rappelé mon adolescence lorsque je trainais au Kentucky ou au Bilboquet, des clubs où il y avait du bon son.

Justement, en parlant de son, la Maroquinerie rend un bon son pour le spectateur. Or on connaît l'attention maniaque que vous portez à cet aspect dans vos concerts. Avez-vous choisi cette salle pour cette raison ?

Christophe : Non, je ne connais pas le son de la salle. Par contre, j'avais de bons retours. Ici, auparavant, je n'avais vu que le groupe Étant Donnés. Pour eux, le son n'est pas très important. C'est barré. Il y a des Harleys sur scène, de la fumée. Depuis Étant Donnés, je n'étais jamais revenu ici. Les chanteurs que je ne rate pas, c'est David Bowie et Lou Reed. Je suis aussi allé voir Archive.

Malgré ce que vous me dites, on sait que vous êtes à l'écoute de la jeune scène. Par exemple, vous êtes allé voir Angil, Tokyo Overtones et Michael Wookey.

Christophe : Oui, quand c'est intéressant, je me bouge. Je suis aussi allé voir Lana Del Rey au Silencio. Elle a un vrai son, les mecs qui sont derrière sont solides. Quelqu'un qui sort des chansons comme "Million Dollars Man" ou "Blue Jeans" ne peut pas être réduit à un coup de maison de disque.

Vous connaissiez les artistes avec lesquels vous avez joué ce soir ?

Christophe : Alister, oui bien sûr. Mais c'est par contre la première fois que je vois Phantom sur scène. J'ai décidé de le produire. Pour moi, c'est le Lou Reed français. Il y a un mélange rock et esthétique. Je crois que les gens l'ont aimé ce soir. Il débute, je suis persuadé qu'on va entendre parler de lui.

Je vous avais vu rejoindre Bashung sur scène à la Cité de la Musique pour sa carte blanche il y a quelques années. Lorsque vous avez joué à la Cité l'année dernière, vous avez commencé en reprenant "Alcaline". Était-ce un jeu de ping-pong par chanson interposée ? Bashung reprenait "Les mots bleus", vous reprenez "Alcaline" dans laquelle il y a ce vers "T'aimes plus les mots roses que je t'écris".

Christophe : Non, l'histoire est à l'envers. J'ai toujours fait "Alcaline" parce qu'Alain l'avait écrite pour moi il y a longtemps, une quinzaine d'années avant qu'il ne l'enregistre lui-même. On était amis, on se fréquentait, puis on s'est abandonné. Au départ, ma passion c'est le son. Alors je venais lui mettre des micros. Et en 72, alors qu'on passait vraiment beaucoup de temps ensemble en studio, nos chemins se sont séparés. Dans les années 80, on s'est retrouvé. Il commençait à avoir du succès avec ses chansons écrites avec Bergman. Alain m'a tendu la main, je pense qu'il avait envie qu'on se retrouve comme avant. C'est à cette période-là qu'il m'a envoyé "Alcaline". On a fait une interview croisée en 2002, et c'est là qu'Alain m'a tout avoué. Je pense qu'on avait un manque tous les deux. Ce n'est pas que je ne voulais plus le voir, mais j'étais pris par ma création.

Lorsqu'il avait sorti "Alcaline", j'avais tout de suite adoré. Je n'avais pas adoré parce que c'était Alain, mais parce que le petit guitariste rouquin, qui était un peu et même beaucoup junkie, donnait quelque chose de vraiment fort. C'était un génie. C'est donc lors de cette interview qu'Alain m'a dit "Alcaline, je l'avais écrite pour que tu reviennes vers moi". Mais moi je n'avais pas compris. Je suis un solitaire, Alain était un solitaire aussi. Mais une solitude différente. Je suis un solitaire qui abandonne, tandis qu'Alain cherchait les marques de ceux qu'il aimait. Puis en 92 ou 93, lorsqu'il fait "Les mots bleus", je kiffe sa version. J'étais dans le Haut-Var et j'entends cette chanson alors que je suis au cinéma. C'était merveilleux, j'ai tout de suite adoré la version d'Alain avec les cordes, les violons et tout ça. Si je n'avais pas aimé, j'aurais été incapable de le lui dire parce que j'aime Alain. On en parle en 2002 quand on se retrouve. Je lui raconte dans quelles conditions j'ai entendu sa version. Et puis voilà.

Puisqu'on parle d'Alain Bashung, ça m'intéresserait de connaître votre opinion sur les similitudes de chant entre ses premiers albums à lui et vous sur l'album Le Beau Bizarre.

Christophe : Je ne crois pas avoir influencé son chant. On est tous les deux fans de musique anglo-saxonne. Notre manière de chanter vient de là. Alain, ce qu'il aime c'est Johnny Cash, tandis moi je donne plutôt dans le rock'n'roll et le blues. Mes idoles, c'est Son House, Jimmy Reed, le John Lee Hooker des débuts, et encore plein d'autres. Alain a essayé de me faire découvrir la country, mais j'ai beaucoup de mal. J'ai même écouté des émissions sur Luxembourg, le vendredi, faites par Georges Lang. Georges Lang est un des mecs que j'aime vraiment à la radio. Comme animateur, c'est l'un des meilleurs, mais j'aime aussi l'individu. C'est quelqu'un de vrai. Donc, lorsque j'écoutais ces émissions, c'était en pensant à Alain et à sa compagne, Chloë Mons. Parce que tous les deux, c'est la musique qu'ils écoutent.

D'ailleurs j'en profite pour dire que même s'il y a longtemps que je n'ai pas vu Chloë, je l'apprécie vraiment. En plus, comme chanteuse, elle a un son, elle aime la bonne musique. Elle écrit la vie. Il y a beaucoup de personnes qui la tiennent à l'écart maintenant, pourtant c'est quelqu'un qui a un vrai univers personnel et un vrai timbre de voix. Elle est bien plus grande que certains et certaines qui aujourd'hui la critiquent. Chloë Mons est une chanteuse qu'il faut écouter. C'est elle qui a ouvert de nouvelles voies à Alain.

Moi, j'ai tendance à rester dans ma bulle, Alain est plus à l'écoute des autres. Moi je suis sur une route plus fermée, j'aime être le patron.

Sur cette route, justement, alors que vous allez rentrer en studio...

Christophe : J'y suis, je suis sur mon album actuellement.

Et vous voyez déjà dans quelle direction vous voulez aller ?

Christophe : Oui, complètement. C'est un album qui sera différent des autres que j'ai pu faire, mais qui ne sera pas différent de moi. C'est un album riche de mélodies, riche de nuances. Intimiste, avec des pièces piano/voix. Et qui après part dans le délire que j'aime, des résonances de l'inconnu. Résonances par les mots, le piano, les cordes et le synthétiseur. C'est l'amour pour le synthé qui, dès les années 70 a donné un tournant à mes créations. D'ailleurs, j'espère qu'il pourra y avoir quelque chose avec mon ami Alan Vega sur ce disque. Suicide, c'était deux mecs : Alan, qui est toujours en recherche de nouveauté, et Martin Rev qui est un génie, tu lui demandes une note, il la met quand il veut, mais quand il la met ça déchire. J'espère vraiment faire un morceau avec Alan parce que la vie passe vite, et ce serait bien qu'on se croise enfin sur disque. J'espère que l'album pourra sortir début 2013.

 

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En savoir plus :
Le site officiel de Christophe


Laurent Coudol         
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# 2 août 2020 : Une petite pause s'impose

Le mois d'août arrive. Sans les festivals, l'actualité culturelle sera plus calme mais nous serons toujours là pour vous tenir compagnie chaque semaine notamment sur Twitch. Commençons par le replay de la Mare Aux Grenouilles #8 (la prochaine sera le 29 août) et bien entendu le sommaire habituel.

Du côté de la musique :

"Pain olympics" de Crack Cloud
"Waiting room" de We Hate You Please Die
"Surprends-moi" de Cheyenne
"Nina Simone 1/2" le mix numéro 20 de Listen in Bed
Interview de Bruno Piszczorowicz autour de son livre "L'ère Metal"
"Noshtta" de L'Eclair
"Moderne love" de Toybloid
  "Les îles" de Benoit Menut
"Echange" de Brussels Jazz Orchestra, Claire Vaillant & Pierre Drevet

Au théâtre :

chez soi avec des comédies blockbusters at home :
"Lady Oscar" de Guillaume Mélanie
"La vie de chantier" de Dany Boon
"Post-it" de Carole Greep
"Mon meilleur copain" de Eric Assous
"L'ex-femme de ma vie" de Josiane Balasko
"Un point c'est tout" de Laurent Baffie
et de l'eclectisme lyrique avec :
"L'Ange de feu" de Serge Prokofiev revisité par Mariusz Trelinski
les antipodes stylistiques avec "L'Enfant et les Sortilèges" de Maurice Ravel par James Bonas et "Dracula, l'amour plus fort que la mort" de Kamel Ouali
et le concert Hip-Hop Symphonique avec des figures du rap et l'Orchestre Philharmonique de Radio France

Expositions :

en virtuel :
"Warhol" à la Tate Modern de Londres Exhibition Tour avec l'exhibition tour par les commissaires et et 12 focus
"Plein air - De Corot à Monet" au Musée des impressionnismes de Giverny
avec l'audioguide illustré ainsi qu'une approche en douze focus
en real life :
"Le Monde selon Roger Ballen" à La Halle Saint Pierre
"Otto Freundlich - La révélation de l’abstraction" au Musée de Montmartre
"Turner, peintures et aquarelles - Collection de la Tate" au Musée Jacquemart-André
"Harper's Bazaar, premier magazine de mode" au Musée des Arts Décoratifs
"Christan Louboutin - L'Exhibition[niste]" au Palais de la Porte Dorée
"Cézanne et les maîtres - Rêve d'Italie" au Musée Marmottan-Monet
"Coeurs - Du romantisme dans l'art contemporain" au Musée de la Vie romantique
les Collections permanentes du Musée Cernushi
"Helena Rubinstein - La collection de Madame" et "Frapper le fer" au Musée du Quai Branly
"Monet, Renoir... Chagall - Voyages en Méditerranée" à l'Atelier des Lumières

Cinéma :

en salle :
du vintage avec la version restaurée de "Quelle joie de vivre" de René Clément
un documentaire "Dawson City : le temps suspendu" de Bill Morrison
des films récents dans son salon :
"Hauts les coeurs !" de Solveig Anspach
"La Famille Wolberg" de Axelle Ropert
"Pieds nus sur des limaces" de Fabienne Berthaud
"Le Voyage aux Pyrénées" de Jean-Marie Larrieu et Arnaud Larrieu
"Dans Paris" de Christophe Honoré
"La promesse" de Luc et Jean-Pierre Dardenne

Lecture avec :

"Nous avons les mains rouges" de Jean Meckert
"Il était deux fois" de Franck Thilliez
"La goûteue d'Hitler" de Rosella Postorino
et toujours :
Interview de Bruno Piszczorowicz autour de son livre "L'ère Metal"
"Fleishman a des ennuis" de Taffy Brodesser-Akner
"Summer mélodie" de David Nicholls
"La Chine d'en bas" de Liao Yiwu
"La nuit d'avant" de Wendy Walker
"Isabelle, l'après midi" de Douglas Kennedy
"Les ombres de la toile" de Chris Brookmyre
"Oeuvres complètes II" de Roberto Bolano
"Un été norvégien" de Einar Mar Gudmundsson

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Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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