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Interview  (Par mail)  janvier 2013

La musique de This is Alaska est un souffle qui traverse la lande. Une Folktronica aérienne, éthérée, peuplée de fantômes, où la nature tient une place prépondérante. On la pense fragile, elle est gracile, habitée par la voix cristalline d’Annabeth McNamara et par le pointillisme musical de Vincent Stockholm. Elle est cette douce sensation qui vous traverse comme un frisson lorsque le froid devient prégnant. On imagine le vent, la mousse, l’eau, les fleurs, le torrent, le lichen. On est emporté par cette voix entre murmure et lyrisme, cette musique aux notes éparses, cette atmosphère presque immatérielle. Quatre titres qui préfigurent la sortie d’un long format, rencontre avec Vincent Stockholm...

Quelles sont tes influences musicales ?

Vincent Stockholm : Je ne sais pas si je peux parler d'influences à proprement parler, j'écoute beaucoup de musique mais je ne pense pas que ça change ma façon de travailler. En ce moment, je réécoute le premier album de Gregory and the Hawks et celui de Nicolas Jaar. Ado j'ai énormément écouté les Cocteau Twins. Peut-être que l'artiste qui m'a le plus influencé, c'est Hector Zazou mais je n'en suis pas très sûr. J'ai eu la chance de travailler avec lui pendant quelques mois et il a planté en moi des choses importantes dans ma façon de travailler. En ce moment, Rebekka Karijord me plaît bien, Austra et Active Child aussi. J'ai pourtant l'impression que si je me reconnais une filiation musicale lointaine avec ces artistes qui mélangent acoustiques et sonorités électroniques, mes influences sont plus lointaines sans les connaître réellement.

Ton parcours ?

Vincent Stockholm : J'ai fait des études d'agent de développement culturel, puis j'ai travaillé comme attaché de presse d'un label gothique américain mais j'étais très jeune, et ça m'a fait devenir fou... réveil à 4h du mat pour relever les messages, vie détraquée... Au départ, je ne me destinais pas à devenir artiste, mais plutôt à rester dans l'ombre, je n'avais aucune envie d'être à la place des artistes dont je m'occupais. Puis il m'est arrivé quelque chose de grave, j'ai manqué de mourir et disons que le destin a fait le reste... il m'a poussé hors de mes limites. Quand tu manques de mourir soudainement, la vie se développe dans tout ton corps comme une sève nouvelle et te dit "profite, vas-y, fais des choses pour embellir le monde et raconte ce que tu as vu". Alors j'ai pris mon stylo et j'ai écrit des chansons, des mélodies, j'ai écrit des architectures musicales, des profondeurs, j'ai essayé de faire quelque chose avec moi-même.

Tu as appris le piano avec un professeur aveugle qui t'a comme tu dis "ouvert les oreilles", peux-tu nous parler de ton rapport au son, à l'harmonie ?

Vincent Stockholm : J'ai souffert de cauchemars toute mon enfance ce qui ma empêché de dormir jusqu'à l'âge de 13 ans alors je passais mes nuits à écouter les bruits environnants. Le tic-tac de la vieille horloge, le vent dans les volets, le cri d'un animal dans la nuit. Je fermais les yeux et j'écoutais le monde vivre, la nuit les sons et les bruits s'entendent d'une manière différente, pour moi ces sons étaient comme des lumières. Ma grand-mère maternelle était aveugle, je ne sais pas si ça a un rapport mais je pense que c'est ce qui a motivé ma mère pour me payer les cours de piano avec un de ses amis pianiste qui était aveugle. Aussi étrange qu'il puisse paraître, il m'a donné des cours de solfège pendant lesquels je devais chanter les notes et les rythmes en suivant des partitions en braille... Du coup, la musique est devenue pour moi quelque chose à entendre par les oreilles mais aussi à sentir sur la peau, sous les doigts, un battement, une vibration corporelle. Lorsque je mixe, c'est ce même effet que je cherche, une impression de vent sur la peau, une architecture et une profondeur avec des strates et des sons qu'on entendrait parfois loin, parfois très proche de soi, tout contre son oreille. On a découvert que j'étais dyspraxique à l'adolescence et j'ai dû arrêter car jouer me demande une concentration intense. J'ai donc par la suite élaboré des moyens de jouer de la musique avec mes deux mains droites... Je construis des harmonies qui me semblent belles ou propres à provoquer une impression mais que je joue ou comprends avec mes particularités. Je sais que parfois elles ne sont donc pas académiques mais moi je les trouve belles et elles expriment mon sentiment le plus profond, c'est ça l'important.

La nature est au centre de ta musique mais semble l'être aussi de ta vie, peux-tu nous parler de ton rapport avec la nature ?

Vincent Stockholm : J'ai vécu au milieu de la nature une bonne partie de mon enfance et de mon adolescence, j'étais un peu sauvage, je partais le matin pêcher ou chercher des champignons avec un sandwich et je ne rentrais que le soir sans jamais indiquer à mes parents où j'avais passé la journée. Cela rendait mes parents furieux... Un jour, j'étais en tournée avec une artiste canadienne et nous étions dans le TGV entre Paris et Lyon, le TGV passe près du village où j'ai passé une partie de mon enfance en Bourgogne, tout m'est revenu en un seul instant, un souvenir intense et violent qui a réveillé mes sens, et je me suis souvenu de tous les sons, les couleurs, les odeurs de la nature de mon enfance. Je crois que c'est à cet instant que j'ai cherché à retrouver ses souvenirs merveilleux au sein de ma musique. Notre environnement n'influence pas seulement notre corps mais aussi notre pensée, notre âme, notre façon d'aimer La nature est le reflet de ce que nous sommes. Si aujourd'hui elle est si malade, c'est peut-être parce que notre âme est en déséquilibre dans un monde moderne où l'on s'éloigne de plus en plus d'elle ? Elle est malade parce que notre vie intérieure se déséquilibre. J'ai l'impression parfois que les écologistes prennent les problèmes à l'envers, c'est nous qu'il faut d'abord soigner et nous pourrons prendre soin de notre environnement.

Comment s'est fait la rencontre avec Annabeth ? Quel est le parcours d'Annabeth ?

Vincent Stockholm : Je ne sais plus quelle est la bonne version mais Annabeth raconte qu'elle avait perdu sa bague dans la rivière et que je l'ai retrouvé en allant nager une soirée d'été, moi il me semble que je l'ai rencontré lors d'un concert privé chez le label manager du label What A Mess ! (Dark Dark Dark). Elle venait de sortir un premier album et pendant le concert, elle avait des soucis avec son micro, j'ai crié au milieu des invités qu'il fallait qu'elle arrache le micro de son banjo et elle l'a fait pour jouer unplugged, c'est devenu splendide. On a parlé un peu à la fin du concert et je lui ai proposé ensuite d'enregistrer de la musique. C'est une fille incroyable, elle prend son sac à dos et se barre au milieu de nulle part au milieu de l'Arizona toute seule, juste pour se sentir en adéquation avec la nature.

Comment s'est déroulé le processus créatif ? L'enregistrement de l'EP ?

Vincent Stockholm : J'ai d'abord travaillé et enregistré 18 démos de mon côté puis j'ai fait un choix de 6 titres qui me semblaient coller avec ce qu'on avait envie de faire tous les deux. Quand Annabeth est arrivé à la maison, nous n'avions que 6 jours en tout et pour tout car moi je partais à San Francisco. Il a fallu faire vite, on a tout fait chez moi. On avait jamais bossé ensemble, jamais joué ensemble, même pas chanté ensemble. Je lui ai joué des parties de guitares avec deux doigts, répété un peu puis on a enregistré souvent en ne faisant qu'une prise. Une carte son à 20 euros et le même micro à ruban pour toutes les prises acoustiques. Pas d'ampli, rien. Mais c'était bien de voir ce qui sortirait de créatif avec si peu de matériel, j'avais envie de démarrer un processus créatif et d'élaborer un son qui ne soit pas le son DIY qu'on entend habituellement dans ce genre de production. L'art naît des limites. Pour moi être créatif, c'est se confronter aux difficultés, les contourner et proposer une solution unique.

Quels sont les fantômes qui peuplent le EP ?

Vincent Stockholm : Je pense que les fantômes du EP sont des expressions de nous-même, une sorte de projection d'instants personnifiés par des êtres qui pourraient être chacun d'entre nous. Tous les titres commencent d'ailleurs par la même lettre « I » 'je' en anglais. Dans « I crossed the meadow », c'est une jeune fille qui a fait quelque chose de terrible et qui vient de s'enfuir, le capitaine du Isbrytaren c'est probablement moi-même, projeté dans un moment où j'aborde quelque chose d'inconnu et de terriblement puissant. Chacun des fantômes est dans un moment très court, une sorte d'instantané que l'on regarderait sous une loupe ou au microscope, plongé dans une histoire dont on ne sait rien mais qui fait écho à notre propre histoire.

À quoi va ressembler le futur album ?

Vincent Stockholm : C'est difficile de savoir déjà exactement, je peux te dire qu'il parlera beaucoup des arbres et de leur capacité à filtrer l'air mais j'imagine que ce n'est pas la réponse que tu attends...

Le son sera forcément différent puisque nous enregistrons en mai prochain dans un vrai studio mais je travaille déjà les ambiances sonores, les architectures. Il y aura probablement plus d'instruments, plus de piano aussi. Je travaille en ce moment avec un harpiste très jeune, un surdoué de 16 ans et quelques jolies voix nous rejoindront probablement pour quelques harmonies vocales, j'ai très envie d'avoir du cor de chasse aussi. Nous enregistrons en mai prochain...

 

En savoir plus :
Le site officiel de This is Alaska
Le Bandcamp de This is Alaska
Le Facebook de This is Alaska


Le Noise (Jérôme Gillet)         
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