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puce Rover - Bertrand Belin
Colisée  (Lens)  7 mars 2013

Ce soir là, j’étais à Lens. S’assoir ! Là ! J’étais à Lens. Ce soir, légère, à Lens. Ce soir là, j’ai l’aise à Lens. Ce soir là, c’était l’alliance.

Ce soir là, j’étais à Lens, au Colisée de Lens pour être exacte. Et, une fois n’est pas coutume, Bertrand Belin et Rover se retrouvaient tous deux en haut de l’affiche. Ni de première, ni de deuxième partie. Fifty fifty.

Ambiance cosy, gradin moelleux, couleurs chaudes. Les deux groupes s’attendaient, je pense, à avoir une attentive audience. Pendant que je patientais, que je scrutais le lever de rideaux, que j’observais la salle, je me demandais ce qui rapprochait Bertrand Belin de Rover et proportionnellement inversé. Bertrand Rover, s’ils s’assemblaient parfaitement, ce serait… Au fond de ma mémoire musicale, je recherchais, je triturais quelques chansons. J’essayais de mettre bout à bout des bouts. En vain. Et puis, je me suis dite que Rover Belin pourrait être un Colosse.

Bertrand Belin serait un de mes colosses de la post-Gainsbourg chanson française, avec Mathieu Boogaerts. Un jour, j’ai entendu répondre à la question qu’est-ce qu’une bonne chanson ? Qu’elle était celle qu’on réinterprète avec n’importe quel instrument, sans en dénaturer la moelle. Peut-être est-ce dû à la simplicité et la clarté de la création ? Bertrand Belin est un de ceux qui, à mon sens, va à l’essentiel. Le qualifier de minimaliste pourrait prêter à confusion. Loin de moi l’idée de décrire ses chansons comme "dénuées de" ou "sans". La recherche musicale est là. Mais le verbe et la strat, les deux ingrédients essentiels de Belin, vont à l’essentiel. Les mots ? Il les use pour leur sonorité, il les allonge, les accole, les fait sonner ou les arrête net. Et chacun est libre d’en absorber le sens qui résonne. Son jeu de guitare ? Il est cristallin et clinquant, vibrant, mais jamais hérissant, tricoté ou trituré. Dans un univers tantôt cotonneux voire brumeux, le dandy Belin chante de sa voix grave presque nonchalante des paysages, des émotions, des regrets, des douceurs.

Rover serait un colosse vocal ou une voix colossale. Et, quand le colosse oscille entre les cordes de David Bowie d’Elvis et celles de Robby Gibb, je m’écrie Champagne pour tout le monde ! Rover a connu, en 2012, un terrible coup de projecteur pour sa chanson "Aqualast". Elle est d’ailleurs aujourd’hui celle que le public attend à tous prix. Rover, voyageur aux multiples racines, ne se destinait pourtant pas d’emblée à la France. Thimothée Régnier s’est trouvé là, un jour, se découvrant d’ailleurs une voie par sa voix. Il s’est alors choisi le nom de scène "Rover" et roule... à jamais imprégné de l’image du hobo, troubadour musical, errant - aurait-il véritablement la passion des voitures ? - Rover a un registre plutôt sombre. Le passé au coeur du tourmenté Liban en est certainement une raison. Souvent, on cite pour le décrire, ses influences que sont les Black Keys ou encore Interpol. Le rock ténébreux sans nul doute. Pour ma part, en inconditionnelle de David Bowie, j’y vois beaucoup de parallèles.

Les rideaux se sont levés.

Bertrand Belin, que je pensais jusqu’alors très solitaire, s’était entouré d’une formation de quatre musiciens. Je l’ai toujours imaginé voyageur avec un baluchon, sa guitare, concédant parfois la présence de Tatiana Mladenovich pour sa douce voix et son jeu de batterie impeccable. Là, l’ensemble était plus orchestré, donnant une ouverture dans la création musicale. Quelques morceaux de l’album Hypernuit passés, Bertrand Belin s’est saisi de l’occasion pour donner un avant-goût de son prochain album Parcs. Décidément plus rock, emprunt de nouvelles influences, jazz, asiatique, Bertrand Belin s’éloignerait-il du registre intimiste ? L’affaire est à suivre...

Rover est, quant à lui, resté dans sa configuration trio. Tantôt au piano, tantôt à la guitare, le colosse a donné un concert survolté. Je l’avais vu, un an plus tôt, moins électrique. Les ballades folk rock trop, mis en avant, dénaturaient la force même de Rover. Ce soir là, Rover a continué, a joué Rover mais cette fois de manière plus dure, rock, éclatante.

Le concert terminé, c’était un goût de trop peu. Le public s’est levé pour en redemander encore. Belin - Rover, le mélange n’était pas si étrange, bizarrement raccord, étrangement rock. Ce soir là, je trouvais que les deux groupes dégageaient une énergie débordante. Si dans la voix de Rover se cachait un Elvis plus rock que jamais, Bertrand Belin était possédé de son déhanché. J’espère me retrouver bien vite, là, à m’assoir, à l’aise, voir d’autres alliances, à Lens.

 

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En savoir plus :
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Le site officiel de Bertrand Belin
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Rachel Debrincat         
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