Musique sep Théâtre sep Expos sep Cinéma sep Lecture sep Bien Vivre
  Galerie Photos sep Nos Podcasts sep
 
recherche
recherche
Activer la recherche avancée
Accueil
 
puce puce
puce Repenser l'holocauste
Yehuda Bauer  (Editions Autrement)  septembre 2002

Un peu de lumière dans le brouillard de l'holocauste

Dans Borat, film scabreux et génialement de mauvais goût, je n'ai pas eu la moindre fois de doute sur le fait de savoir s'il s'agissait d'un humour antisémite [1]. Je n'ai jamais eu de doute non plus concernant Pierre Desproges, mais Desproges est mort il y a déjà un moment. Il n'a pas eu à faire comme nous ce constat inquiétant : la plus vile idéologie adopte la ruse qui consiste à se draper derrière les habits de l'humour, la provocation la plus vulgaire serait le contrepoint légitime, l'arme des faibles face au lobby sioniste. Pour couronner le tout, les mises en abîme de ces mêmes humoristes ont juste une odeur d'euphémisation dénégatrice.

Où en sommes-nous arrivés ? Un certain effroi m'étreint. Aurais-je déjà fourbi toutes mes armes en me sentant obligé à ce préambule ? Je ne le crois pas. Notre époque réclame prise de conscience et réflexions face à une forme spécifiquement nouvelle de négationnisme et de révisionnisme. Ce constat qui, je le crois, n'est pas que le seul fruit de mon imagination mais peut être partagé par de nombreuses personnes, appelle de nouveaux outils théoriques.

Ainsi, lorsque sort un livre intitulé Repenser l'holocauste, il ne s'agit pas uniquement de dire en quoi un tel livre est important d'un point de vue de l'historiographie, mais pourquoi il invite tout un chacun à une réflexion absolument nécessaire. Je crois simplement (et mon introduction en découle) que le livre de Yehuda Bauer est un livre de son époque car l'auteur a pleinement conscience du fait que le sujet qu'il aborde, auquel il a dévoué sa vie de chercheur, est un sujet saturé dont l'usage est devenu totalement hystérique. La référence au point Godwin est évidente ; l'appel à la référence de l'holocauste arrête la conversation du forum internet sur un non-sens. Traiter l'autre de Nazi permet un paroxysme immédiat dans la surenchère. Puisqu'il y aurait de l'innommable, de l'incompréhensible dans ce fait historique nous sommes certains, au-delà de ce point, de ne plus rien dire. Le procédé empêche à coup sûr de penser. Mais, justement, Bauer est intéressant car il a peu de sympathie pour la thèse mystique d'Elie Wiesel : il y a justement quelque chose à analyser dans l'Holocauste comme dans tout autre événement historique car si l'on se refuse à l'analyse on participe à une forme de négation [2].

Citons l'auteur : "Je ne prétends pas proposer d'explication définitive ; ce modèle est conçu davantage comme un stimulant à la discussion. Le fait que l'holocauste puisse être expliqué n'entraîne pas une sorte de clôture. On peut avancer plus d'une explication satisfaisante. Par contre, tenter de se soustraire à la responsabilité historique en soutenant que cette tragédie est un mystère inexplicable est une solution totalement inacceptable. Si cette thèse était vraie, les criminels deviendraient les victimes tragiques de forces échappant au contrôle de l'homme. Dire que l'holocauste est inexplicable revient au bout du compte à le justifier." (page 50)

Le travail de Yehuda Bauer se décline donc au travers des points suivants :

Tout d'abord, l'auteur prend le risque de la comparaison entre différents meurtres de masse et s'interroge ce faisant sur la genèse de la définition du terme de génocide. On apprend notamment que Raphael Lemkin n'avait nullement prévu d'inclure les groupes religieux ou politiques dans la définition du génocide adoptée finalement par l'O.N.U. Bauer avance de manière fort pertinente l'idée que la conversion politique ou religieuse a déjà été un moyen de se soustraire à l'organisation d'un meurtre de masse alors que le changement de race semble improbable. L'holocauste est, quant à lui, un génocide extrême car il a une visée universelle de destruction de chaque individu sans limite géographique (la destruction programmée des juifs était mondiale) sur une base idéologique. Répondre à la question "Comment ?" – ce qui est le propos de la thèse bureaucratique de Raul Hilbert (à qui Bauer voue considération et respect, bien qu'il s'en démarque) – ne suffit plus, il faut en dire un peu plus sur le "Pourquoi ?".

Et l'auteur de prendre cette précaution récurrente : aucune souffrance ne peut être nivelée et ne saurait être comparée à une autre souffrance. Il n'en reste pas moins que, du point de vue du processus d'extermination et compte tenu de l'importance de l'évènement, l'holocauste comporte des spécificités irréductibles, notamment celle de ne pas avoir eu de précédents.

L'holocauste est plus qu'un génocide juif ou un pogrom de vaste échelle. La comparaison s'étend aussi aux différences de traitement entre populations au sein de l'organisation du meurtre de masse, mais l'analycité n'est jamais sacrifiée. Ce différentialisme n'est pas moral; il s'attache simplement à l'examen conjoint des faits et de la théorie employée.

Deuxièmement, le livre discute, avec un grand respect polémique, plusieurs thèses parmi les plus récentes sur l'explication de l'holocauste. Nous ne pouvons toutes les résumer ici mais on a plaisir à voir la thèse de D. Goldhagen fortement nuancée par des contrepoints pertinents de Yehuda Bauer. Le livre Les bourreaux volontaires d'Hitler de Goldhagen soutient qu'un antisémitisme éliminationniste a profondément imprégné le peuple Allemand au point de devenir sa caractéristique spécifique. Quelque chose serait donc propre aux Allemands. N'est-ce pas un peu simpliste, même si on ne peut nier le fait que l'implication de certains acteurs fut un maillon indispensable de la chaine de destruction ? A défaut d'être exacte, un telle théorie a au moins le mérite de provoquer une discussion sur des points cruciaux. La thèse de Bauer est, quant à elle, plus finement sévère et l'auteur préfère utiliser le terme de consensus :

"Il semble qu'à partir du moment où une élite intellectuelle ou pseudo-intellectuelle pourvue d'un programme génocidaire, explicite ou implicite, prend le pouvoir dans une société en crise pour des motifs économiques, sociaux et politiques sans aucun rapport avec ce programme génocidaire, le génocide deviendra possible dès lors que cette élite attire à ses côtés les milieux intellectuels. J'entends par milieux intellectuels ceux que John Weiss appelle "élites" : groupes de la haute société, officiers de l'armée, chefs de l'Eglise, bureaucrates, médecins et juristes, élites du négoce et de l'industrie, et en particulier professeurs d'université qui élaborent pour tous les autres les nécessaires outils idéologiques. Un consensus social se crée grâce aux élites ; il fournira aux gens ordinaires la justification de leur participation au programme génocidaire."

Je crois cette thèse centrale fort pertinente car la liste de corps sociaux intermédiaires cités ressemble fortement aux participants des réunions de l'Action parallèle dans L'homme sans qualités de Musil [3]. Elle laisse toute la place à la nuance et à une conception dynamique où la causalité n'est pas univoque. Cet art des tons de gris est également à l'honneur lorsque Bauer aborde la question de la collaboration des conseils juifs. L'obéissance anticipée, les décisions les moins pires face à l'indécidable, ont pris de nombreuses formes en fonction des paramètres locaux dans un contexte de guerre en perpétuelle évolution. Un tel point de vue paraît précieux alors que la sortie du film consacré à Hannah Arendt va remettre la thèse du rôle des Judenrat au devant de la scène.

De même, on est spontanément amenés à se demander qui savait quoi et à quel moment ? Aux oreilles de quel dirigeants alliés les protocoles d'Auschwitz sont-ils arrivés ? En substance : l'horreur pouvait-elle être évitée ou amoindrie ?

L'auteur ne manque pas de faire aussi sa place à une thématique ayant investi les sciences humaines qui est celle des études de genre : les femmes juives ont-elles eu une place spécifique dans les tentatives de résistance ? On y apprend, non sans un certain tragique, qu'elles ont fait des espionnes ou des émissaires plus discrets que les hommes car en l'absence de circoncision elles étaient beaucoup plus difficilement identifiables…

On le voit, le catalogue des questions abordées est très large. Repenser l'holocauste a donc ce mérite d'être profondément pédagogique et synthétique, l'ouvrage pouvant concourir comme livre de référence sur le domaine, étant donné la fraîcheur et la pertinence particulière dont il fait preuve.

Toutefois, il me faut pourtant souligner une faiblesse évidente : l'auteur semble céder à une grille de lecture presque naïve qui a plus à voir avec un sens commun travesti qu'un parti pris moral conséquent, lorsqu'il écrit des choses de ce type :

"Il semble que les humains hésitent entre la pulsion de vie, la "libido" décrite par Freud (en termes beaucoup trop sexuels) et la pulsion de mort. Je dirais que l'idée de dieux "bons", ou d'un Dieu juste, omniprésent et tout-puissant, ou d'êtres non humains transcendants censés détenir la moralité, et de leur contraire – figures diaboliques, dieux mauvais ou Dieu monothéiste au visage caché – découle de ce conflit interne immanent. Ces contraires, génétiquement fixés par la longue histoire du développement humain, coexistent en nous ; nous pouvons être "bons" "justes" et "humains" ou l'inverse. Nous transférons ces qualités à l'extérieur de nous-même pour créer l'image d'êtres transcendants qui les incarnent à notre place. Nous faisons intervenir ces dieux, ou ce Dieu, créés à cette fin, pour nous imposer une moralité "bonne" afin de conserver l'autorité qui nous empêchera de devenir ce que nous nous savons capables et ce que nous craignons d'être, des créatures "mauvaises" et "diaboliques". Lorsque nous nous éloignons du chemin direct et étroit, certains appellent ces errements "péché"."

Un tel type d'explication psycho-théologico-morale fort discutable et d'une grande faiblesse conceptuelle tombe franchement à plat. Il reste heureusement minoritaire. Le livre développe peu les présupposés de philosophie morale qu'il mobilise, on trouve, par moment, que la visée pédagogique dissout l'exigence des conclusions qu'on pourrait tirer sur le plan philosophique de toutes les problématiques qui traversent l'événement. Peut-être est-ce le prix à payer pour laisser libre le lecteur de cheminer au travers des questions soulevées par l'holocauste et d'en tirer des conclusions qui lui sont propres. On ne pourra pas faire le reproche d'une essentialisation du contenu.

Repenser l'holocauste n'épuise pas le sujet mais il dissout au travers de la synthèse de ses points de vue un certain nombre de malentendus, notamment la fragilité initiale de l'état d'Israël, naissant dans une occupation britannique, et qui a bien failli ne jamais voir le jour !

Cet ouvrage, de part son évidente qualité dialectique, ouvre des fenêtres vitales à la réflexion dans un contexte contemporain troublé. On ne saurait attendre mieux.

 

[1] Je voudrais attirer l'attention du lecteur sur un point : l'époque en est à ce point de tensions et de perversité que je me suis presque senti obligé de trouver un autre exemple que celui de Sacha Baron Cohen. Désormais, lorsque l'on cite un auteur d'origine juive, cela semble fournir un argument supplémentaire aux antisémites : "on ne lui dira rien vu qu'il est juif alors que lorsque je critiquais tel ou tel point, j'ai été durement sanctionné". Le contenu ne serait jamais en question, mais seule la position de celui qui parle. On voit bien qu'un tel argument est absolument infalsifiable. Si on est juif et que l'on soutient une thèse contraire à celle de l'antisémite, on est son ennemi. Si on soutient une thèse a priori voisine, cela confirme le statut d'impunité. La boucle est bouclée.

[2] Il n'est pas question pour l'auteur de dire que l'holocauste est absolument explicable. Comme tout événement la description historique est incomplète, il y aura quelque chose que nous ne parviendrons pas à saisir car ceci est dû à une limitation de notre capacité à connaître, à l'établissement même d'une preuve positive des faits. Notons cependant que le propre d'un génocide est de faire disparaître toute trace des premiers témoins que sont les victimes, et de tout ce qui pourra attester de leur disparition. Le secret est donc consubstantiel du génocide, et rend l'enquête d'autant plus difficile. Le révisionniste pourra toujours invoquer cyniquement des éléments manquants dans le puzzle mais comme Pierre Vidal-Nacquet l'indiquait un négationniste ne cherche pas le vrai, il cherche le faux.

[3] C'est d'ailleurs tout le génie de Musil d'anticiper cet effondrement de civilisation.

Remerciements à Dana Hilliot pour sa suggestion de lecture.


Gilles Deles         
deco
Nouveau Actualités Voir aussi Contact
deco
decodeco
• A lire aussi sur Froggy's Delight :

Pas d'autres articles sur le même sujet


# 28 juin 2020 : Nouvelle Vague ?

Le premier tour des élections municipales fut le signe du début du confinement. Espérons que ce second tour ne sera pas l'appel à un second confinement. Quoi qu'il en soit : Soyez prudents, soyez heureux et cultivez vous ! c'est parti pour le sommaire en commençant par le replay de la Mare Aux Grenouilles #4 (eh oui déjà !)

Du côté de la musique :

"Grand prix" de Benjamin Biolay
"The Beethoven collection Vol1 : Sonatas by Clementi, Hummel, Dussek and Wolfl" de Jean-Efflam Bavouzet
"Eivind Groven Symphonies N°1 & 2" de Kristiansand Symphony Orchestra sous la direction de Peter Szilvay
"L'heure bleue" de Marianne Piketty, Le Concert Idéal
"Tu rabo Par'abanico" de Marion Cousin & Kaumwald
"Veines" de Merakhaazan
"Silas" de Silas Bassa
et toujours :
"As found" de Fugu
"Désordres" de Austyn
"Anda Lutz" de Cie Guillaume Lopez
"A l'instinct A l'instant" de Daniel Jea
"Cérébro dancing" de Epilexique
"Cobra" de François Club
"Coquette" de Hailey Tuck
"Springtime with no harm" épisode 18 des mixes de Listen In Bed
"Fanfare XP, volume 2" de Magic Malik
"Avec son frère" de Volo
"Safeplace" de Yadam

Au théâtre dans un fauteuil de salon avec :

des créations :
"Démons" par Lorraine de Sagazan
"Misery" de William Goldman
"L'obéissance de la femme du berger "de Sergio Martínez Vila
"Migraaaants" de Matéi Visniec
"Le Remplaçant" d'Agnès Desarthe
"Portrait d'Amakoé de Souza - Salade Tomate Oignon" de et par Jean-Christophe Folly

"La Chose Commune" de David Lescot et Emmanuel Bex
de la comédie de boulevard :
"Hier est un autre jour "de Sylvain Meyniac et Jean-François Cros
"Madame Doubtfire" de Jaja Fiastri
"Le Clan des divorcées" de Alil Vardar
"A gauche en sortant de l'ascenseur" de Gérard Lauzier
du côté des humoristes :
"Mimie Mathy - J'adore papoter avec vous"
"Denis Maréchal - J'dis franchement"
dans le répertoire classique :
"Le Jeu de l'amour et du hasard" par Catherine Hiegel
"Roméo et Juliette" par Eric Ruf
Shakeaspeare :
à l'anglaise au Globe Teater : "Macbeth"
et en comédie musicale "Roméo et Juliette, de la haine à l'amour" de Gérard Presgurvic
et de l'Opéra revisité :
"La Traviata" de Verdi par Simon Stone
"Cendrillon" de Jules Massenet par David Hermann

Expositions :

en "real life" avec la réouverture progressive des musées :
"Pompéi" au Grand Palais
"Turner, peintures et aquarelles - Collection de la Tate" au Musée Jacquemart-André
"Harper's Bazaar, premier magazine de mode" au Musée des Arts Décoratifs
"Christan Louboutin - L'Exhibition[niste]" au Palais de la Porte Dorée
"Otto Freundlich - La révélation de l’abstraction" au Musée de Montmartre
"Cézanne et les maîtres - Rêve d'Italie" au Musée Marmottan-Monet
"Coeurs - Du romantisme dans l'art contemporain" au Musée de la Vie romantique
"Les Contes étranges de N.H. Jacobsen" au Musée Bourdelle
les Collections permanentes du Musée Cernushi
"Le Monde selon Roger Ballen" à La Halle Saint Pierre
"Helena Rubinstein - La collection de Madame" et "Frapper le fer" au Musée du Quai Branly
"Monet, Renoir... Chagall - Voyages en Méditerranée" à l'Atelier des Lumières
"La Force du dessin - Chefs-d'oeuvre de la Collection Prat" au Petit Palais
"Esprit es-tu là ? Les peintres et les voix de l'au-delà" au Musée Maillol
"Le dessin sans réserve. Collections du Musée des Arts Décoratifs" au Musée des Arts Décoratifs
et en passant par la Lorraine, découvrir la Villa Majorelle œuvre de style Art nouveau.

Cinéma at home avec :

"Riens du tout" de Cédric Klapisch
"Noïse" de Henry Bean
"Sous surveillance" de Robert Redford
"La romancière" de John McKay
au Ciné-Club les années 50 :
"Un drôle de Dimanche" de Marc Allégret
"La vie à deux" de Clément Duhour
"L'homme au million ("The Million Pound Note") de Ronald Neame
des incontournables japonais :
des figures tutélaires :
"Tokyo drifter" de Seijun Suzuki
"A blind woman" de Teruo Ishii
et des plus jeunes :
"Mr Long" de Sabu
"Ichi, la femme samouraï" de Fumihiko Sori
et des raretés avec une sélection "Court metrage" :
"Le Chant du styrène" de Alain Resnais
"La chambre" de Chantal Akerman
"Pauline" de Céline Sciamma
"La traversée de l'Atlantique à la rame" de Jean-François Laguionie

Lecture avec :

"Be my guest" de Priya Basil
"De Gaulle sous le casque" de Henri de Wailly
"La faiblesse du maillon" de Eric Halphen
"Les jours brûlants" de Laurence Peyrin
et toujours :
"Le jour où Kennedy n'est pas mort" de R.J. Ellory
"Mauvaise graine" de Nicolas Jaillet
"Une immense sensation de calme" de Laurine Roux

Froggeek's Delight :

Toute la semaine des directs jeux vidéo, talk show culturel, concerts en direct sur la FROGGY'S TV

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
www.myspace.com/froggydelight | www.tasteofindie.com   bleu rouge vert métal
 
© froggy's delight 2008
Recherche Avancée Fermer la fenêtre
Rechercher
par mots clés :
Titres  Chroniques
  0 résultat(s) trouvé(s)

Album=Concert=Interview=Oldies but Goodies= Livre=Dossier=Spectacle=Film=