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Claude Arnaud  (Editions Grasset)  septembre 2013

Tout le monde connaît Marcel Proust, l'homme d'une seule oeuvre, au moins par la symbolique de "la madeleine" passée dans le langage courant et acquiesce à son statut de référence absolue de la littérature du 20ème siècle même si peu a lu l'intégrale de "A la recherche du temps perdu".

Alors que, dans la mémoire collective, le nom de Jean Cocteau, artiste protéiforme, même s'il reçut récemment la consécration ultime par sa publication dans la collection La pléiade, n'évoque guère que quelques films tels "La Belle et la Bête".

Entre les deux écrivains, pour lesquels l'année 2013 marque respectivement le centenaire de la parution du premier volume de la Recherche et le cinquantième anniversaire de la mort, s'est nouée une relation aussi inattendue qu'atypique que Claude Arnaud décrypte, à sa manière, avec une belle acuité même si entre Proust, "l'éternel nourrisson", et Cocteau, "le Petit Prince", dont il a écrit la biographie, son coeur ne balance pas et son inclination tant empathique que littéraire va résolument au second.

D'une écriture élégante et d'une lecture passionnante, l'opus intitulé "Proust contre Cocteau" tient du portrait croisé de deux personnalités hors normes dressé avec une sagacité psychologique sensible, du roman biographique et de l'essai avec une analyse aussi érudite qu'enflammée de leur oeuvre, laquelle lui inspire également, par le souci partagé des deux écrivains quant à la composition du récit, une réflexion poussée de l'écriture aujourd'hui qualifiée autofiction avec le trio auteur-narrateur-personnage.

Claude Arnaud dégage leurs points communs, dont le premier est plus que la famille "ce modèle affectif indépassable", la relation à la mère mais déclinée de manière opposée : Proust est "un fils abusif qui empêcha sa mère de cesser de le couver" alors qu'un lien filial amoureux lie Cocteau à "une mère autoritaire et coquette, mélancolique et mondaine" qui le façonne à son image.

Proust et Cocteau sont liés par "un cousinage sensible" constitué par "une même curiosité dévorante, un désir de plaire et de dominer aussi, abrité sous une commune courtoisie". Mais Cocteau, homosexuel qui s'affiche, connaît la passion alors que la vie amoureuse de Proust est un désastre et un désert Proust était "affublé d'un moi qui semblait impossible à ramasser", Cocteau "était sujet à d'irrépressibles métamorphoses".

Tout est captivant dans cette autopsie des âmes, des coeurs et des oeuvres de deux vrais-faux jumeaux antinomiques liés par une sorte de gémellité symétrique, l'un brillant feu follet célébré et reconnu dès la prime jeunesse, l'autre reclus taciturne méprisé par le petit monde de la critique littéraire comme par le grand monde du Gotha dont la gestation durera deux décennies.

Leur parcours sera lui aussi inversé : alors que la célébrité du premier, liée à l'avant-garde qui passe de mode, s'étiole, le reléguant dans un purgatoire immérité, naît la gloire du second qui le conduit directement au pinacle du panthéon littéraire.

Leur parcours comme leur style inspire à Claude Arnaud une judicieuse comparaison avec les personnages de la fable de La Fontaine "Le lièvre et la tortue". Dans une autre métaphore animale, Cocteau est "une guêpe joyeuse qui s'agite, trouble" et Proust "la reine abeille qui, rassemblant son énergie en vue de la ponte, reprend ses distances" et il oppose la "marmelade" proustienne à "la brièveté épileptique" des oeuvres à l'écriture cursive de Cocteau.

Claude Arnaud relate leur relation, qui semblait improbable d'autant que Cocteau était le cadet de Proust de près de vingt années, née de la proximité des sensibilités qui s'est déclinée selon les modes successifs de la séduction, de la fascination, puis de la divergence esthétique et de la rivalité littéraire.

Quant à l'analyse critique comparée, Proust a droit à une exécution en règle, certes argumentée par le "décodage" de La Recherche ("le livre qui l'a sauvé de sa vie misérable et lui a offert cette existence posthume de première classe") mais néanmoins radicale.

Proust, écrivain "vampire", champion du "mimétisme prédateur", que sa condition ressentie de demi-Juif et d'inverti non assumé voue à une catharsis judéo-chrétienne ("Proust avoue par la bouche de ses personnages ses pensées les plus sournoises et ses fantasmes les plus dérangeants, dans l'espoir d'obtenir la punition morale et l'absolution littéraire qu'il mérite"), n'aurait rien créé au plan littéraire car il n'est que "l'héritier d'un modèle littéraire solide forgé au 18ème canonisé au 19ème, le grand roman à épisodes".

Ainsi Proust ne serait qu'"un pseudo Balzac tentant de dépeindre un monde pastichant lui-même la cour vue par Saint-Simon dans un style hérité de Madame de Sévigné". La Recherche n'est qu"un Walhalla vide" dans lequel il achève "d'embaumer le princes et les cocottes de cette belle époque deux fois déchue, en les ridiculisant pour toujours".

Quand l'admiration aura failli, le jugement de Cocteau, qui a aidé à la publication de La Recherche, sera sévère quand il en qualifie les personnages de "mensonges vivants". Et Claude Arnaud de préciser : "Les jeunes filles en fleur s'avèrent toutes des grues, les bourgeoises de sordides entremetteuses et les coureurs de femmes des habitués des claques masculins".

Le jugement est rude et la conclusion, en forme de KO littéraire, terrible : "Devenir Proust me semblerait une forme d'abdication mortelle pour un écrivain : il tue qui le lit, en se substituant à lui. Toxique, Proust le fut pour lui-même, autant que pour ses proches. Il poussa si loin le sacrifice de soi que d'assassin, il réussit à se faire reconnaître comme saint".

En revanche, et en contrepoint, il loue "la dispersion géniale de Cocteau", "génie polymorphe comme on n'en verra pas avant longtemps" dont l'oeuvre garde "la fraîcheur du vivant".

Opus passionnant donc pour également (re)lire Proust et (re)découvrir Cocteau afin de juger sur pièces.

 

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La chronique de "Brèves saisons au paradis" de Claude Arnaud


MM         
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Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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