Film
de Bruno Podalydès avec Denis Podalydès, Jean-Noël Brouté,
Michael Lonsdale, Sabine Azema, Pierre Arditi, Claude Rich, Isabelle Candelier,
Julos Beaucarnes et Olivier Gourmet
La séquence d'ouverture du film, où l'on suit le parcours d'une
bille noire sur un absurde, long et inutile mécanisme en cascade de
poulies et balanciers l'amenant à déclencher le mouvement d'un
train miniature destiné à l'emporter sur des rails posés
à travers champs sur le lieu du crime, donne le ton, celui du ludique
et du surréaliste.
Le mérite de ce film est de nous entraîner, sur le mode du divertissement
– genre prisé du réalisateur - sur les traces de Rouletabille
pour résoudre le mystère de la chambre jaune, roman de Gaston
Leroux, dont sont conservées les caractéristiques essentielles
(le rythme feuilletonesque, une intrigue à la Edgar Allan Poe, l'enquête
déductive basée sur le bon bout de la raison, l'énigme
tarabiscotée et les personnages stéréotypés des
romans populaires du début du 20ème siècle tels l'inventeur
ou le journaliste d'investigation) mais aussi, en parallèle, sur un
jeu de piste, comme ceux de notre enfance, imaginé par Bruno Podalydès.
En effet, Bruno Podalydès, en s'attaquant à un classique du
genre, nous propose une adaptation réussie du roman de Gaston Leroux
dans lequel le célèbre et mythique reporter Rouletabille et
son ami photographe Sainclair tentent de résoudre l'énigme de
la tentative d'assassinat perpétré dans un lieu clos, roman
riche en déguisements, chausse-trapes, fausses pistes et revirements
de situations, qui s'avère idéal pour une mise en images jubilatoire.
Et, sans dénaturer le propos originel, il l'adapte à ses centres
d'intérêt, ce qui est le propre de la création artistique
; en hommage à ce qui nourrit le cinéma (le roman, la bande
dessinée, Podalydès est un tintinophile, et le cinéma,
celui d'Hitchckok et de Resnais, à qui le film est dédié)
le film est truffé d'indices et de références plus ou
moins patents.
Entouré d'une pléiade de têtes d'affiche loin de leurs
répertoires habituels : Michael Lonsdale en inventeur hébété,
Sabine Azéma en victime du destin, Claude Riche en juge d'instruction
dilettante et Pierre Arditi en policier retors, Denis Podalydès, accompagné
par Jean-Noël Brouté désopilant de naturel dans le rôle
du faire valoir gaffeur, trouve là un rôle sur mesure en incarnant
le mythique Rouletabille façon Tintin survolté.
Loufoque, burlesque, surréaliste, ce film témoigne d'un réel
talent créatif puisqu'elle ne se contente pas d'une mise en images,
et les variations de Bruno Podalydès, comme l'étude en peinture,
sont la marque à la fois de l'humilité et de l'ambition.
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