Créé en 2002 par ce qu’il se doit de nommer une bande de potes, La mine de rien a fait du chemin. Après quatre albums studio et un album live, une multitude de concerts, de tournées et de festivals, les cinq lyonnais reviennent avec ce cinquième petit : Avec des si (qu’on a très envie de compléter d’un "on mettrait Paris en bouteille"… et vous auriez raison).
A l’écoute, La mine de rien devient immédiatement un ami de longue date, si complice que vous pouvez finir ses phrases (et vice versa). Le chanteur et parolier Yoshka vous ôte les mots de la bouche, mais on ne lui en veut pas, puisque c’est tellement bien dit.
A ceux qui ont la certitude que seuls les peintres savent coloriser des scènes, voilà leurs certitudes mises à mal par La mine de rien. Chacun de leur titre est un tableau de vie ("L’envers du décor"), un défaut ("Petite voleuse"), un état de fait ("La vie est brève"). L’auteur des textes semble avoir une attention toute particulière pour les phrases toutes faites et les mots en toc que nous utilisons sans modération : "7 ans de malheur", "Avec des si", "Avec un grand A".
Ça revient à cacher ses véritables intentions derrière des expressions, ou bien c’est pour meubler une conversation… Mais non, c’est de la pudeur, voilà tout ! Des airs guinguette-swing, des airs manouche-tsigane, des airs de fête et d’inflammation de la trompette, c’est le ton choisi pour chanter tout ce qu’on est capable d’atteindre et de dérocher Avec des si.
Si vous êtes pressés (ce dont je ne doute pas dans ce monde à douze moult Watts à l’heure), n’écoutez que le premier titre ("La vie est brève"), construite à la manière de la ridicule histoire des trois petits chats-chapeau de paille-paillasson… Ici ça fait "pas de parachute-chute de tension-ttention aux murs-murs de prison-z’ont pas compris-pris la mesure", ce n’est pas ridicule du tout et c’est accrocheur comme un chewing-gum dans les cheveux.
A noter les insertions de La Rue Ketanou et des Orgres de Barback dans l’album, faisant la ronde avec guitare, contrebasse, batterie, saxophone, clarinette, trombone, accordéon, truc qui grince, truc qui couine, truc qui chante, truc qui siffle, truc qui tape, truc qui rebondit et truc qui virevolte.
Loin de m’attarder sur le complexe déterminisme de la maturité venant au énième album, et par là même loin de m’épancher sur le réchauffage ou non de cet album par rapport aux précédents, je dirai simplement que La mine de rien sent bon les petits cafés sur les terrasses, à regarder les gens passer, leur inventer des vies et savoir à leur attitude de quel côté de la balance ils se situent, parce qu’Avec des si on peut bien dire ce qu’on veut. |