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Interview  (La Maroquinerie, Paris)  jeudi 29 mai 2014

C’est par e-mail interposé que Froggy’s Delight a interviewé Santa Cruz, Pierre Vital s’est rompu à cet exercice pas si évident que cela ! Nous en apprendrons un peu plus sur la genèse de ce formidable dernier album en date Microrgan !

Pouvez-vous nous raconter la genèse de ce projet un peu fou de MicrOrgan ? Comment est-il né ? Pourquoi ?

Pierre Vital : Le projet est né suite aux concerts que nous avons commencés à donner en formule acoustique en 2009. Plus nous avons travaillé les arrangements des concerts, plus des idées nouvelles sont apparrues et avec elles l’envie de les enregistrer pour les faire entendre dans ces versions "unplugged". Et puis les spectateurs de ces concerts acoustiques souhaitaient repartir avec un album qui témoignerait fidèlement de ce qu’ils venaient d’entendre. Alors nous sommes allés en studio pour enregistrer les morceaux qui se prêtaient le mieux à une relecture acoustique, et cela nous a donné l’occasion de nous retourner sur notre discographie et de fêter ainsi, et un peu par hasard, ces 10 années d’existence avec 2 ans de retard ! Le nom de l’album fait référence au petit clavier à soufflerie de 1940 que nous utilisons pour remplacer les parties de clavier qui se trouvent sur les versions studios.

Est-ce pour tourner la page et commencer une nouvelle direction sonore ?

Pierre Vital : Il n’y avait pas de volonté de tourner une page avec une sorte de Best Of, ça s’est fait vraiment par envie et surtout, artistiquement ça avait un sens de le faire. Mais oui, je pense que c’est la suite logique d’aller dans une nouvelle direction, autant sur les compositions, que les arrangements, ou les techniques d’enregistrement. Mais il faut bien dire que cela reste toujours flou tant qu’on n'a pas commencé le boulot !

Comment avez-vous choisi les chansons ? Pourquoi une reprise de Amy Winehouse ? Quelles sont vos influences en général ?

Pierre Vital : Les chansons pour l'album ont été choisies dans tout le répertoire du groupe par rapport à leur capacité à subir des arrangements qui les chamboulent suffisamment pour ne pas être juste "unplugged", pour être de véritables re-compositions des originales, avec un nouvel éclairage.

En gros, on ne voulait pas que l’on puisse comparer l’original et la version acoustique, et pour cela, il a fallu vraiment les aborder comme des nouvelles compositions en tachant d’oublier les arrangements d’origine. Il y a d’ailleurs une vraie nouvelle composition inédite, qui s’appelle "Sad & Lonely", et nous avons rajouté une reprise d’Amy Winehouse. Pourquoi Amy Winehouse ? Parce que c’est une bonne chanson, et que nous étions contents de notre arrangement tout simplement. Elle a juste été proposée en répétition un jour, on s’est amusé à lui tourner autour et voila ! Mais c’est une chanson parmi des milliers de possibilités de reprises, nous n’avons pas d’affection particulière pour celle-là. Nous aurions pu piocher dans ces centaines de groupes que nous aimons et qui nous influencent, et la palette est très large. Cela va des Byrds à Eels, de Hank Williams à Talk Talk, de Prince aux Notwist ! Et je ne parle pas des groupes plus actuels, que j’écoute aussi beaucoup.

On aimerait en savoir un peu plus sur les membres du groupe, d’où venez-vous ? Travaillez-vous sur d’autres projets musicaux, lesquels ?

Pierre Vital : Nous habitons Rennes et Nantes, et Thomas est au Havre. Nous avons tous des goûts assez larges, mais on se rejoint sur un tronc commun qui est en gros la façon de faire une chanson, c’est-à-dire cette forme classique et éternelle de raconter une histoire en quelques accords et une construction plus ou moins codée en couplet-refrain. Nous essayons d’y mettre ensuite notre identité et notre esthétique sonore, et c’est à l’intérieur de cette contrainte que nous tentons de trouver notre liberté de musiciens, et, soyons fous, notre singularité. C’est à la fois très humble et très ambitieux !

Nous avons tous des projets parallèles. Par exemple, Vassili (banjo, pedal-steel) joue (entre autres) dans Blond Neil Young, groupe de reprises de je vous laisse deviner qui, avec d’anciens Little Rabbits, sur Nantes, et aussi dans Hawaiian Pistoleros, groupe rennais qui joue merveilleusement des standards américains des années 30 à 40. Thomas (clavier) a joué des années durant avec les Roadrunners. Il est de Laval puis a migré au Havre, deux villes rock par excellence dans les 80’s. Aujourd’hui, il joue également avec les Red Goes Black de Douarnenez, et Mr Lab de Rouen. Jacques et Alex (basse et batterie) forment la rythmique du saxophoniste New-Yorkais James Chance lorsqu’il part en tournée en Europe ou ailleurs. Goulven (guitare) pour sa part forme le duo Rockoko, duo de reprises rock et acoustiques, mais s’attaque aussi aux chansons de Michel Legrand pour un projet sur le long terme du côté de Rochefort. Il joue régulièrement avec Philippe Pascal (Marquis de Sade) et a également écrit 5 bouquins dans la collection Backstage, des romans destinés aux jeunes lecteurs et qui abordent les principaux mouvements musicaux. Quant à moi, je n’ai pas d’autres projets musicaux pour l’instant, j’apporte mes chansons à Santa Cruz, et j’en suis très content.

Et j’oubliais, le groupe a également été le backing band de Miossec sur sa tournée précédente, pendant 18 mois environ. Voila, je n’ai cité que les principaux projets de tout le monde, comme tu vois, ça ne chôme pas !

Qui a eu l’idée de reproduire en live le même schéma que la pochette de votre album (le public entoure le groupe) ?

Pierre Vital : En fait, c’est le contraire. Dans la version acoustique des concerts, nous avons toujours joué en cercle, entourés par le public. C’est au moment de penser à la pochette de l’album que Vassili a eu l’idée de faire la photo de l’installation vu du dessus, tout simplement. C’est notre fidèle photographe Laurent Guizard qui l’a réalisée.

Vous tournez depuis longtemps sous le nom de Santa Cruz mais malheureusement il semblerait que les programmateurs aient encore du mal (voire de plus en plus) à programmer des groupes comme le vôtre, que pensez-vous du milieu de la musique en France ?

Pierre Vital : Je ne sais pas exactement ce que tu veux dire par "des groupes comme le vôtre", mais si tu veux dire par là que les programmateurs ne prennent plus beaucoup de risques en programmant des groupes peu connus, alors tu as raison. Et pourtant, ils nous connaissent tous, les programmateurs, mais il est de plus en plus difficile de passer un cap quand tu n’as pas accès aux médias.

Même si pour nous cela irait plutôt en s’améliorant (nous n’avons jamais autant tourné que depuis deux ans environ tout en étant largement insuffisant pour faire vivre les membres du groupe). Mais pour ça, nous avons dû prendre en main beaucoup de choses, de la production-réalisation totale de nos disques à la production de certains de nos concerts (en général sur Paris, puisqu’il n’y a quasiment plus de programmateurs à Paris, que des salles en location). Nous sommes accompagnés par notre tourneur, La Station Service, qui nous construit des petites tournées, mais qui est elle-même une structure à l’économie fragile, qui n’a pas les moyens de miser de l’argent à perte sur une tournée en espérant le récupérer plus tard, lorsque le groupe sera éventuellement "gros".

Parallèlement à ça, le réseau des 150 SMAC (scènes de musiques actuelles), qui devrait être le circuit principal de groupes comme Santa Cruz, tend à perdre de vue sa mission de départ qui est de programmer des groupes "en développement", et préfère bien souvent accueillir en résidence des groupes très connus, ce qui est un peu plus valorisable du point de vue des décideurs politiques locaux. Bon, je ne dis pas que c’est toujours facile pour eux non plus, mais c’est tout de même étrange de voir Vanessa Paradis ou Shaka Ponk (qui n’ont pas besoin de ça) dans des lieux subventionnés, non ? Après, il reste tout de même pas mal de passionnés et de têtes chercheuses chez les programmateurs, et nous avons régulièrement bénéficié de leur aide et de leur soutien, et on les remercie (ils se reconnaîtront), mais la tendance globale est au remplissage de salle.

Maintenant pour ce qui est de l'industrie de la musique en général, c’est assez catastrophique je trouve. La musique a complètement été étouffée par le marketing et la com. Elle n’a plus aucune importance dans les médias, elle sert juste à vendre des objets, des voitures, des parfums, mais pas des disques ! C’est une décoration sonore entre deux pubs sur Deezer, qui n’a plus de valeur, ni de sens. Quand on décore Shaka Ponk au Ministère de la Culture, on envoie quoi comme message ? Dans les grands festivals d’été, un artiste que l’on a trouvé bon sur scène, c’est celui qui a fait chanter et taper des mains 50.000 personnes !

Je me rappelle d’un article lu dans Ouest France le lendemain du concert de Neil Young aux Vieilles Charrues, il y a quelques années. Le journaliste disait en gros que Neil Young ne respectait pas son public parce qu’il n’avait pas ouvert la bouche entre les morceaux ! Un mauvais communicant donc, et pourtant tous ceux que je connais et qui étaient à ce concert en ont encore des trémolos dans la voix quand ils en parlent ! C’est un peu désespérant, tant de conneries.

D’ailleurs, je crois que ce qui plaît dans notre façon de jouer les concerts acoustiques, c’est aussi le contre-pied de tout ça : on remet la musique au milieu, très proche des gens, qui forment un cercle autour de nous. Ils voient comment elle se fabrique, et on les oblige à une attention soutenue. Par exemple, impossible de regarder son smartphone pendant un morceau sans gêner les autres, ou de parler fort. Au début, nous avons été étonnés de ce que nous disaient les gens après les concerts, et de constater à quel point ils étaient touchés. Certes, cela tient à la qualité de nos chansons (hé hé), mais cette installation originale y est aussi pour beaucoup.

Ce qui n’est pas désespérant par contre, c’est la qualité des groupes qui continuent à sortir des tuyaux de l’internet, pour un peu qu’on aime y fouiller. Ca continue à me fasciner cette capacité qu’ont les musiciens de par le monde à constamment réinventer des formes musicales existantes et à avancer à tâtons pour un jour découvrir un nouveau continent inexploré. Le rock et la pop sont parfaits pour ça, ils se laissent faire avec plaisir ! Et je dois dire qu’à Rennes les groupes ne se privent pas, la scène est vraiment intéressante et fournie, et j’espère que plusieurs groupes sortiront au niveau national bientôt.

Que doit-on attendre de vous dans les prochains mois ? Une tournée, des festivals, un nouvel album et des nouvelles chansons ?

Pierre Vital : J’espère que nous allons continuer à faire des concerts, en électrique ou en acoustique. En ce moment, c’est vraiment de ça qu’on a envie. On n'a jamais eu autant de plaisir à être sur scène et on n'a jamais été aussi bons que depuis 2 ou 3 ans, et c’est frustrant de ne pas jouer davantage. Pour être un super groupe de scène, il n’y a pas de secret, il faut faire pleins de concerts ! Et puis nous allons commencer à réfléchir au prochain album, pour pouvoir l’enregistrer et le sortir courant 2016, je pense.

Bon, en attendant, il faut que les gens continuent à aller voir des concerts dans les petits lieux ! C’est tout de même là qu’on voit les meilleurs concerts, et les plus belles rencontres musicales. Un des meilleurs concerts de ces dernières années pour moi a été par exemple Ben Vaughn. Il a joué 2 fois dans un bar à Rennes en un an, et on n’était que 30 ou 40 à chaque fois. Cela méritait plus de public évidemment, mais c’était vraiment deux concerts formidables d’énergie et d’émotions. Et en plus, ça devient un acte militant aujourd’hui. Il faut vraiment soutenir les gens qui font vivre la musique dans nos villes, et aussi aller chez les disquaires et libraires indépendants. J’enfonce peut-être un peu des portes ouvertes, mais je n'ai jamais autant ressenti cette urgence là, avant qu’il ne soit trop tard, avant que Deezer et Amazon ne choisisse à notre place définitivement. Evidemment, c’est un peu déplacé de dire ça sur Froggy’s Delight, vous êtes la preuve que tout n’est pas foutu !

Si on devait ouvrir une bouteille de vin pour écouter MicrOrgan, il faudrait choisir lequel ?

Pierre Vital : Sans hésiter un rouge, un Bourgogne, un Haute-Côtes-de-Beaune me semble parfait !

Retrouvez Santa Cruz
en Froggy's Session
pour 3 titres en cliquant ici !

 

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En savoir plus :
Le site officiel de Santa Cruz
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Le Facebook de Santa Cruz

Crédits photos : Cédric Duchamp (Toute la série sur Taste of Indie)


Cédric Duchamp         
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Santa Cruz (29 mai 2014)


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"I don't know what i'm doing" de Molto Morbidi
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"Enfer et paradis" de Les Nus
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Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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