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Singer's grave a sea of tongues  (Domino Records)  septembre 2014

En apprivoisant la musique de Bonnie Prince Billy, alias Will Oldham (et Palace sur ses premiers disques), on est stupéfait par la manière qu'a cet homme de dompter le non-bruit, le silence. Il sait apprivoiser l'accalmie et la douceur. Avec le son de sa voix, avec ses instrumentations. Mais le réduire à cela serait mal connaître le bougre, qui déclenche aussi des orages électriques, comme lorsque je l'ai vu en concert à la fin des années 90 avec, fabuleuse guest-star, son ami David Pajo de Slint aux claviers (une sorte de Yamaha PSS faisant 40 cm de long. Pajo a joué une main dans la poche pendant tout le set !). Oldham est l'un des seuls contemporains à :

1 - Maîtriser le processus météorologique entier : on sent le vent annonçant l'orage, il tape fortement du pied, sa guitare s'emballe, les orchestrations apparaissent (quand il y en a, car il sait tenir la barre d'un disque ou d'un concert tout seul), puis c'est l'orage, des sons stridents, des santiags qui percent le sol, une voix qui s'étrangle. Et enfin, c'est l'après-déluge, le calme, un chant qui susure. On retrouve presque toujours ces éléments dans un disque de Bonnie Prince Billly. Ceci dit, Singer's grave a sea of tongues n'est pas l'un de ses albums les plus extrêmes ni des plus éclectiques. On y retrouve presque une forme de classicisme. Plaisant mais pas étonnant pour un sou. Mais est-ce une raison pour le critiquer ? Car certains y verront là une bonne livraison, honnête, Oldham faisant partie de ces artistes qui, artistiquement, ne partiront pas dans tous les sens, qui ne se suicideront pas commercialement (excepté en matière de promotion de ses disques, ce qui est parfois déroutant). Il suit son chemin en gravant bien profond sa marque de fabrique. L'avantage quand on l'écoute est qu'on le reconnaît à la première mesure. Ce qui m'amène à ma deuxième remarque. Il est l'un des seuls contemporains à :

2 - Posséder une vraie touche folk et roots purement américaine et ancrée dans la tradition. Il n'est pas dépourvu de modernité, oh non, mais peu de musiciens arrivent à préserver une véritable aura historique autour d'eux. Bonnie Billy a LE son traditionnel, LES mélodies les plus appalachiennes, LA voix qui va de pair. Et il ne vit pas pour autant reclus et pestant contre tous les bénéfices que peuvent apporter les nouvelles technologies. Il n'est ni passéiste ni arriéré et pourtant sa musique ne vient de nulle part si ce n'est de l'americana pur et dur. Comme dans la plupart de ses albums, on trouve dans Singer's grave a sea of tongues des envolées pop rock ("So far and here we are"), des morceaux à l'atmosphère si paisible qu'on croirait ne pas les entendre, sauf qu'elles nous soufflent à l'oreille les mots et les notes ("It's time to be clear" ou "New black rich (tusks)", presque dérangeant de tranquillité). Les jolis violons, appelons les "fiddles", sont présents, les choeurs gospel un peu moins pertinents (sauf sur "We are unhappy", jolis choeurs malgré un morceau moyen), et la présence de Chris Scruggs à la mandoline et au ukulélé fait son petit effet. Précisons que ce n'est autre que le petit-fils de Earl Scruggs, musicien de country old-time qui a été l'un des pionniers du Bluegrass aux côtés de Bill Monroe puis en duo avec Lester Flatt. Quand je vous dit que Oldham a bon goût ! Il y a dans certaines chansons de vrais côtés Country, bien traités et réussis : le premier morceau "Night noises" est vraiment accrocheur (ah, ce jeu des guitares entrelacées !).

Cet opus mélange de façon savante country et gospel, même si les choeurs ne fonctionnent pas toujours. En réalité, le côté country, souvent insistant grâce à la steel guitar, est plus réussi que le côté gospel. Là où l'on retrouve la meilleure facette de Oldham, c'est dans ces berceuses, qui font presque penser (en supprimant le chant) à des artistes lancinants, psychés et mélodiques comme ce qu'est devenu le groupe Earth. Je sais, la comparaison va un peu loin, mais certaines chansons vont justement très loin dans l'introspection et la mise en place d'une ambiance posée, comme si l'on flottait en les écoutant. Je pense que si les Louvin Brothers ou la Carter Family pouvaient écouter ce disque, ils seraient sonnés, désorientés mais au bout de quelques minutes ils adopteraient cette musique volontiers, comme l'on adopte dans sa famille un cousin que l'on vient de rencontrer.

Il y a une chose qu'on ne doit pas oublier pour être vraiment objectif : le disque n'a en fait que deux nouveaux titres, les neuf autres étant des nouvelles versions de morceaux présents sur Wolfroy goes to town (de 2011). Certes, ce n'est pas la première fois qu'il nous fait le coup (Cf. Bonnie Prince Billy sings greatest Palace music), mais on ne peut s'empêcher de regretter un nouvel opus plein de nouveau matériel. Est-ce que le concept a fonctionné ? En fait, je connais trop peu les originales pour en être conscient. Ce que je sais, c'est que le rendu des chansons façon 2014 est plutôt positif. Je serai tenté de balancer des trucs comme : "il n'est pas chiant" ou "c'est cool". Au final, il est vrai que les disques de Bonnie Prince Billy se suivent et se ressemblent, parfois un peu trop. Mais il fait ça tellement bien. On ne va pas demander à un charpentier qui bosse comme un chef de s'attaquer à la maçonnerie ! Certains y arriveront sûrement, mais les artistes se doivent de faire ce qu'ils savent faire de mieux. Bonnie, pour l'instant, et encore une fois, ne tend pas vers l'échec. Ce n'est pas une déception, mais juste une légère frustration. L'homme de Louisville, Kentucky, passera bientôt en France et je me plais à croire que ce pourrait être un bon concert. Une bonne occasion de le voir, lui qui fuit les promos en tous genres.

 

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En savoir plus :
Le site officiel de Bonnie Prince Billy
Le Myspace de Bonnie Prince Billy


Loïc Silence         
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# 5 juillet 2020 : Un avant goût de vacances

il fait (presque) beau partout, on sort un peu de chez nous, on voit nos amis, on pense aux vacances. Chez Froggy's on continuera tout l'été à vous alimenter en culture mais ce sera peut être un peu plus calme. En attendant, voici le sommaire et bien sûr le replay de La Mare Aux Grenouilles #5 !

Du côté de la musique :

"Les îles" de Benoit Menut
"Echange" de Brussels Jazz Orchestra, Claire Vaillant & Pierre Drevet
"INTENTA experimental & electronic music from Switzerland 1981-93" par divers artistes
"Jimmy Cobb" mix #19 de Listen In Bed
"Chausson le littéraire" de Musica Nigella & Takenori Nemoto
"Alessandro Scarlatti, il Martirio di Santa Teodosia" de Thibault Noally & l'Ensemble Les Accents"
et donc La Mare Aux Grenouilles numéro #5 avec la liste de ce qui a été abordé et le replay.
et toujours :
"Grand prix" de Benjamin Biolay
"The Beethoven collection Vol1 : Sonatas by Clementi, Hummel, Dussek and Wolfl" de Jean-Efflam Bavouzet
"Eivind Groven Symphonies N°1 & 2" de Kristiansand Symphony Orchestra sous la direction de Peter Szilvay
"L'heure bleue" de Marianne Piketty, Le Concert Idéal
"Tu rabo Par'abanico" de Marion Cousin & Kaumwald
"Veines" de Merakhaazan
"Silas" de Silas Bassa

Au théâtre dans un fauteuil de salon avec :

des créations :
"La Putain respectueuse" par Gérard Gélas
"Dracula Asylum" par Felicien Chauveau
"L'Homme qui rit" par Gaële Boghossian
"Cage" par Jacques Bellay
"Kyste" de et par Eloïse Hallauer et Camille Soulerin
et une pépite : "Jimmy's blues" de James Baldwin par Nicolas Repac et Anouk Grinberg
du théâtre moderne :
"Vient de paraître" d'Edouard Bourdet par Jean-Paul Tribout
"La vie de Galilée" de Bertold Brecht par Eric Ruf
le répertoire classique par la Comédie français d'hier et d'aujourdhui :
"Le Mariage de Figaro" de Beaumarchais
"On ne badine pas avec l'amour" d'Alfred de Musset
Au Théâtre ce soir :
"Les Petits oiseaux" d'Eugène Labiche
"La Reine Blanche" de Barillet et Grédy
"Les Petites têtes" d?André Gillois
des comédies :
"L'Opération du Saint-Esprit" de Michel Heim
"Jeux de mots bêtes pour gens laids" autour de textes de Bobby Lapointe
"Pochettes Surprise" de Jacky Goupil
du côté des humoristes :
"Jean Luc Lemoine - Au naturel"
"Moustapha El Atrassi - Second degré"
du théâtre visuel avec "L'Avare" par la Compagnie Tàbola Rassa
et enfin du théâtre lyrique avec"Ercole Amante" de Francesco Cavalli par Christian Hecq et Valerie Lesort

Expositions :

les réouvertures de la semaine :
le Musée d'Art Moderne dela Ville de Paris avec les collections permanentes de "La Vie Moderne" dans sa nouvelle présentation et la salle Matisse
le Musée Rodin
le Musée national des Arts asiatiques-Guimet
le Musée Cognacq-Jay et le Musée du Louvre
et les expositions en "real life" à ne pas manquer :
"Otto Freundlich - La révélation de l’abstraction" au Musée de Montmartre
"Turner, peintures et aquarelles - Collection de la Tate" au Musée Jacquemart-André
"Harper's Bazaar, premier magazine de mode" au Musée des Arts Décoratifs
"Christan Louboutin - L'Exhibition[niste]" au Palais de la Porte Dorée
"Cézanne et les maîtres - Rêve d'Italie" au Musée Marmottan-Monet
"Coeurs - Du romantisme dans l'art contemporain" au Musée de la Vie romantique
"Les Contes étranges de N.H. Jacobsen" au Musée Bourdelle
les Collections permanentes du Musée Cernushi
"Le Monde selon Roger Ballen" à La Halle Saint Pierre
"Helena Rubinstein - La collection de Madame" et "Frapper le fer" au Musée du Quai Branly
"Monet, Renoir... Chagall - Voyages en Méditerranée" à l'Atelier des Lumières

Cinéma :
en salle "L'Envolée" de Eva Riley
at home avec :
du thriller :
"La Isla minima" de Alberto Rodriguez
"La Onzième heure" de John Lyde
de la romance :
"La revanche d'une blonde" de Robert Luketic
'"Aime-moi comme je suis" de Stephan Meyer
"Coup de foudre en cuisine" de James Hacking
du drame :
"L'ombre du doute" d'Aline Issermann
"Tout va bien on s'en va" de Claude Mouriéras
"Henri" de Yolande Moreau
Ciné-Club français des années 60 :
"L'Insoumis" d'Alain Cavalier
"Le Chien" de François Chalais
"La Voleuse" de Jean Chapot
"Les Ennemis" d'Edouard Molinaro
et des raretés :
"Le Champignon des Carpathes" de Jean-Claude Biette
"King of the White Elephant de Sunh Vasudhara

Lecture avec :

"Isabelle, l'après midi" de Douglas Kennedy
"Les ombres de la toile" de Chris Brookmyre
"Oeuvres complètes II" de Roberto Bolano
"Un été norvégien" de Einar Mar Gudmundsson
et toujours :
"Be my guest" de Priya Basil
"De Gaulle sous le casque" de Henri de Wailly
"La faiblesse du maillon" de Eric Halphen
"Les jours brûlants" de Laurence Peyrin

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Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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