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Conforme  (Bacchanales Productions)  juin 2013

Gilles Roucaute a fréquenté les ateliers d’Allain Leprest et Claude Lemesle. Quel rapport d’influence entre l’auteur de "La Retraite" et celui des adaptations de tubes pour Joe Dassin ? L’envie, chez le jeune auteur-compositeur-interprète, de ne pas se ghettoïser, pratiquer à la fois une chanson exigeante (à la Leprest) et accessible au grand public (à la Lemesle). Faire preuve de variété, dans le meilleur sens du terme : lui-même se revendique chanteur, diseur, conteur ou "cracheur de mots" (le nom de son spectacle). Manière de ne pas se laisser réduire à une étiquette, et de varier les plaisirs.

Dans son rapport au métier, même envie de mélange : Roucaute appartient à la fois à la glorieuse famille des "chanteurs à texte" née dans les cabarets, et aux artistes multimédia ayant compris l’usage créatif qu’ils pouvaient faire du web. Concrètement, cela se traduit par des concerts dans certains lieux-clés de la chanson d’expression – Forum Léo Ferré, Limonaire, dernièrement Alhambra pour le "Marathon de la Chanson" avec des têtes d’affiche aussi prestigieuses que Jacques Bertin, Anne Sylvestre ou Jean Guidoni… Mais aussi par de fréquents "happenings" sur Internet, où ses vidéos se taillent une belle réputation : récemment, le satirique "J’ai voté Front National" (dont le grinçant a échappé à certains internautes bas-du-front – c’est le cas de le dire – qui ont cru y voir une profession de foi) s’est taillé un joli succès "viral"… alors qu’il ne figure encore sur aucun disque.

Conscient qu’un artiste doit aujourd’hui proposer un "univers" complet, il se déplace en bande, avec quelques amis travaillant à l’extension visuelle de ses chansons : Guillaume Habrias, musicien et vidéaste, qui a réalisé la vidéo de son délirant "Petit conte d’après-Noël" (où des santons Playmobils rejouent la Nativité en stop-motion) ; et Liu Ya Guang, artiste graphiste-peintre, qui truffe ses livrets de toiles et dessins (souvent érotiques, mais pas que), et proposera une exposition lors de ses concerts parisiens, les 27 et 28 mars prochain, au Théâtre de Ménilmontant – où il partagera l’affiche avec son complice Laurent Berger, artiste d’une toute autre sensibilité, dont nous reparlerons.

Le dernier disque de Roucaute, Conforme, paru il y a un an, est toujours disponible. Il affiche une belle variété d’inspiration, du grinçant à l’émouvant en passant par le drôle et tendre – avec néanmoins, pour assurer la cohérence, un groupe soudé qui évite de partir dans tous les sens.

"Mon cirque" ouvre la danse, conte cruel où artistes et acrobates se font broyer par la machinerie funèbre du "show must go on", sinistre chapiteau dont on comprend qu’il symbolise notre société, dents de fauve derrière le cynisme ricanant du clown. L’ambiance musicale, toute en guitares néo "surf", n’est pas sans rappeler certains vieux titres de Dominique A. C’est très réussi, et la voix parlée-chantée de Roucaute, de plus en plus fébrile, parachève l’inquiétante étrangeté de l’ensemble.

"Petit conte d’après-Noël" est un peu le "Père-Noël noir" (Renaud) revisité à la sauce bavure : sur fond de funk acoustique, il narre la filature de "deux bougnouls et puis l’négro" qui s’avèrent être… les rois mages ! Tous les clichés de la Nativité sont karchérisés à l’humour bête et méchant, il faut voir le clip pour le croire : Roucaute et son compère miment les ripoux avec beaucoup de conviction, s’acharnant sur des playmobils basanés avec un zèle qui éclabousse le prestige de l’uniforme – et provoque un rire de salubrité publique.

"Conforme", qui donne son titre au CD, relève encore de la satire, mais sans le côté grinçant des morceaux précédents : cette fois, Roucaute chante d’une voix sincère, presque éplorée, l’envie de ne plus être à la marge, d’être "Un être conforme (…) Bien dans les formes, bien dans la norme". C’est une ballade, accompagnement et mélodie qui auraient pu illustrer une chanson d’amour – mais on a compris que cette supplique est à double fond. Tout l’intérêt de la chanson réside dans ce chant au premier degré : la sincérité donne du poids à la complainte de l’homme en train de renoncer. Telle quelle, la mélodie se sifflote, le refrain reste en tête presque comme un tube, et questionne sans en avoir l’air nos propres compromissions – n’avons-nous pas été nous-mêmes trop dans la norme ?

"Sac de billes", qui lui succède, est une chanson sans double-jeu, sans satire, sans rien : juste une petite histoire triste et gaie, d’enfance et de différences. L’orchestration est traitée traditionnellement, guitares en bois, réminiscences de pompes à la Brassens ou de chorus moustakiesques. Sans esbroufe, la mélodie émue et le chant clair portent l’histoire, font passer la hargne et la tendresse… et l’on sourit en chœur, quand la fille finit par lui sourire. L’œuvre de Liu Ya Guang qui illustre le livret – deux enfants mi chérubins mi héros antiques (dont l’un porte une pipe à la tonton Georges) – ajoute au sentiment de douce mélancolie/triste gaieté émanant de la chanson.

"Nouveau monde" termine le CD en demie teinte : le texte est très intéressant à lire – dans la continuité critique du désir de conformité, confrontant cette fois le supposé rêve américain au soi-disant marasme européen, avant de réaliser que la beaufitude est la chose la mieux partagée sur terre – mais la musique n’est pas assez forte pour porter un tel brûlot. Malheureusement, on ne la retient guère, et la chanson nous passe un peu dessus. Dommage, car ce texte très noir grouille de beaux vers cruels, et serait sans doute plus audible s’il était simplement dit – ou slamé, ou crié.

Au final, malgré une petite réserve en fin de disque, on recommande ce mini-album, qui offre un aperçu des belles possibilités et de l’univers artistique assez vaste que Roucaute développe depuis une douzaine d’années. Il a déjà trois mini-albums et un LP à son actif, et sera en concert les 27 et 28 mars prochain avec son "frère de la côte" Laurent Berger, au Théâtre de Ménilmontant.

 

A lire aussi sur Froggy's Delight :

Roucaute en concert à Théâtre de Ménilmontant (samedi 28 mars 2015)
L'interview de Roucaute (novembre 2015)

En savoir plus :
Le site officiel de Roucaute
Le Soundcloud de Roucaute
Le Myspace de Roucaute
Le Facebook de Roucaute


Nicolas Brulebois         
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# 22 septembre 2019 : Fin d'été

Fin d'été c'est le titre du nouvel album de Samir Barris, on vous en parle en ces premiers jours d'automne, tout comme les autres sorties musicales, littéraires, théâtrales, cinématographiques et muséales qui ont retenu notre attention cette semaine. C'est parti !

Du côté de la musique :

"Corpse flower" de Mike Patton & Jean Claude Vannier
Rencontre avec Joseph Fisher autour de "Chemin Vert", assortie d'une session acoustique à découvrir ici
"Prokofiev : Visions fugitives" de Florian Noack
"The basement tapes" de Mister Moonlight
"The uncompleted works volume 1, 2 & 3" de Nantucket Nurse
"Là-Haut" de Gérald Genty
"Ilel" de Hildebrandt
"Buxton palace hotel" de Studio Electrophonique
"Vian" par Debout sur le Zinc
"Impressions d'Afrique" de Quatuor Béia & Moriba Koita
"Fin d'été" de Samir Barris
et toujours :
"Schlagenheim" de Black Midi
"Tokyo dreams" de Dpt Store
"Terry Riley : Sun rising" de Kronos Quartet
"Diabolique" de l'Epée
"Mer(s) : Elgar, Chausson & Joncières" de Marie-Nicole Lemieux
"Like in 1968" de Moddi
"Voodoo queen" de One Rusty Band
"Moon" de Violet Arnold

Au théâtre :

les nouveautés avec :
"L'Autre monde ou les Etats et Empires de la Lune" au Théâtre Athénée-Louis Jouvet
"Le Misanthrope" à l'Espace Cardin
"L'Animal imaginaire" au Théâtre de la Colline
"Data Mossoul" au Théâtre de la Colline
"Danser à la Lughnasa" au Théâtre 13/Jardin
"Le Frigo" au Théâtre de la Tempête
"A deux heures du matin" au Théâtre L'Atalante
"La Veuve Champagne" au Théâtre de la Huchette
"Le Square" au Lavoir Moderne Parisien
"Jo" au Théâtre du Gymnase
"Jean-Marie Galey - Ma Comédie française" au Lavoir Moderne Parisien
"Ah ! Félix" à l'Eglise Sainte-Eustache
"Le Voyage musical des Soeurs Papilles" à la Comédie des 3 Bornes
"Lucie Carbone - Badaboum" à la Comédie des 3 Bornes
"Casse-toi diva" au Théâtre La Croisée des Chemins
"Nora Hamzawi" au Théâtre du Rond-Point
des reprises
"Letzlove - Portrait(s) Foucault" aux Plateaux Sauvages
"One night with Holly Woodlawn" aux Plateaux Sauvages
"Diva sur Divan" à la Comédie Bastille
"La Liste de mes envies" au Théâtre Lepic
et la chronique des spectacles à l'affiche en septembre

Expositions avec :

"Mondrian figuratif" au Musée Marmottan-Monet
"L'Age d'or de la peinture anglaise - De Reynolds à Turner" au Musée du Luxembourg

Cinéma avec :

"Ne croyez surtout pas que je hurle" de Franck Beauvais
Oldies but Goodies avec "Marie pour mémoire" de Philippe Garrel

et la chronique des films à l'affiche en septembre

Lecture avec :

"Barbarossa : 1941. La guerre absolue" de Jean Lopez & Lasha Otkhmezuri
"Bête noire" de Anthony Neil Smith
"Dictionnaire égoiste de la littérature mondiale" de Charles Dantzig
"Gaeska" de Elrikur Orn Norddahl
"Les refuges" de Jérôme Loubry
"Liquide inflammable" de Robert Bryndza
et toujours :
"Ici seulement nous sommes uniques" de Christine Avel
"Les altruistes" de Andrew Ridker
"Les yeux fumés" de Nathalie Sauvagnac
"Un autre tambour" de William Melvin Kelley
"Un mariage américain" de Tayari Jones
"Week end à New York" de Benjamin Markovits

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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