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puce Un amour qui ne finit pas
Théâtre de l'Oeuvre  (Paris)  mai 2015

Comédie de André Roussin, mise en scène Michel Fau, avec Léa Drucker, Pascale Arbillot, Pierre Cassignard, Michel Fau, Audrey Langle et Philippe Etesse.

Michel Fau, comédien et metteur en scène qui connaît ses classiques et l'histoire du théâtre contemporain, puise judicieusement dans le répertoire d'auteurs dramatiques à la notoriété établie en "exhumant" parfois des opus délaissés sinon oubliés dont la singularité attise l'intérêt du public et renouvelle le plaisir du jeu pour les comédiens.

Ainsi, après "Nono" de Sacha Guitry et "Demain il fera jour" de Henry de Montherlant, il a choisi "Un amour qui ne finit pas" de André Roussin, grand nom du théâtre de boulevard de l'après seconde guerre mondiale, et ce,pendant plusieurs décennies, opus dont le titre, contrairement à "La Petite Hutte", "Les Œufs de l'autruche", "Nina", "Lorsque l'enfant paraît" ou "La Mamma" qui ont fait les beaux jours de "Au théâtre ce soir", ne vient pas spontanément à l'esprit.

Cette partition, qui s'inscrit dans dans le registre du théâtre de la conjugalité, ressortit à la curiosité car l'auteur procède, à partir d'une intrigue marivaldienne, à une e hybridation des genres aussi singulière que réussi qui a sans aucun doute séduit Michel Fau.

En effet, André Roussin y dissèque avec une grande acuité psychologique, et sociale, les relations quadrangulaires de deux couples de petits bourgeois inaccomplis à défaut de progéniture aux prises avec les illusions et les désenchantements de l'amour.

Il décline, dans l'un, le vaudeville à la Feydeau avec ses personnages archétypaux de mari bas du front et imbu de ses prérogatives maritales et de femme sans tempérament pour qui le mariage est synonyme d'amour dès lors que l'époux subvient à ses besoins sans être ennuyeux, tout en pervertissant l'un de ses fondamentaux qu'est le fameux trio devenu quatuor, et, dans l'autre, la guerre des sexes à la Strindberg avec une satire grinçante de l'enfer conjugal.

Par ailleurs, cette "comédie vs drame" est menée sous la forme d'une comédie de boulevard, toutefois délestée de certains de ses codes, tels ceux du comique appuyé et des "portes qui claquent", et dont les dialogues ciselés évoquent ceux des comédies d'esprit à la Guitry.

Après une brève floraison, le couple de Jean et Germaine a pourri sur pied. Lui s'est dispersé en liaisons qui l'ont laissé d'autant plus inassouvi qu'elles sont désamorcées ou gangrenées par une épouse jalouse, inquisitrice, vindicative et manipulatrice dont les seules préoccupations consistent à écarter le spectre du divorce et écraser dans l'oeuf toute velléité de bonheur. Il aurait pu partir, il est resté et le couple fonctionne désormais sur le mode de de la danse de mort.

Malgré ces vicissitudes, en quête d'un amour idéal, absolu et éternel, un "amour rêvé" qui ne peut être ni altéré ni détruit, Jean, amoureux "claudélien" de l'amour plus que des femmes, propose une liaison unilatérale et platonique à une belle inconnue croisée dans un établissement thermal.

Celle-ci accepte mais en informe son mari qui s'en inquiète et qui, à son tour, en informe l'épouse de "l'amant". Ce qui aurait pu être un délicieux et mondain jeu de l'amour sans hasard va provoquer une collision dramatique.

Michel Fau monte la pièce avec sagacité dans son contexte contemporain du début des années 1960 dans un décor très graphique en noir et blanc à la Jean-Christophe Averty conçu par Bernard Fau qui divise le plateau en deux espaces scéniques en miroir, un côté déco, un côté cossu, ses costumes vintage ad hoc de David Belugou et la musique de scène originale composée par Henri Sauguet.

Il assure un direction d'acteur qui n'appelle pas de réserves et se manifeste même pour les rôles secondaires bien tenus par Audrey Langle dans le rôle de la double bonne, la gourde et la délurée, et par Philippe Ettesse dans une élégante composition de vieil inverti proustien.

En tête d'affiche, des comédiens aguerris à la scène, bien distribués en terme d'emploi, qui maîtrisent une partition délicate car faite de ruptures dont ils déjouent habilement les pièges et difficultés.

Michel Fau, également au jeu, campe parfaitement, et avec son sens de l'humour habituel et une remarquable sobriété qui tempère son appétence pour la déclamation baroque, celui par lequel le drame se noue et dont la sérénité découlant de son entrée en amour céleste déstabilise tous les autres.

Pierre Cassignard est parfait en mari impétueux et soucieux de ne pas porter la coiffe cornée face à Pascale Arbillot, délicieuse en robe style Courrèges et bottes vernies dont le jeu fébrile convient à son personnage de femme apparemment futile et ballottée par des événements et des hommes qui font fi de son auto-détermination.

Quant à Léa Drucker, parée des atours intemporels de la bourgeoise bcbg, tailleur chiné, chemisier col cravate, sautoir, escarpins bicolores et chignon bouclé, elle explose dans tous les sens du terme dans le rôle de l'épouse harpiesque.

Toujours sur le fil du rasoir de cette comédie acide, jubilatoire et cruelle, car comme l'auteur l'indique au détour d'une réplique "toutes les comédies sont des drames", même si, en l'espèce, il n'y a pas mort d'homme, et qu'il conclut par une pirouette, cet irrésistible quadrille oeuvre dans une belle synergie chorale qui ravit.

 

MM         
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# 2 octobre 2022 : La culture bien au chaud

C'est l'automne, on reste au coin du feu et on écoute de la musique, on lit des bouquins et on se connecte à la TV de Froggy's Delight pour le concert de Colin Chloé vendredi 7 octobre ! Pour les sorties culturelles, voici le programme.

Du côté de la musique :

"Ti'bal tribal" de André Minvielle
Rencontre avec Bukowski autour de leur album du même nom, "Bukowski"
"Time is color" de Cédric Hanriot
"Stravinsky, Ravel, Prokofiev : Ballets" de Jean-Baptiste Fonlupt
"Ozark" le retour de Listen In Bed pour la saison 4 en direct (ou presque) de Malte
"Viva la vengeance" de Panic! At The Disco
"Symphonie Fantastique, Hector Berlioz" de Quatuor Aeolina
quelques petites news de Shaggy Dogs, KissDoomFate, Trigger King et Mind Affect
"Emerson enigma" de Thierry Eliez
et toujours :
"Bobo playground" de Alexis HK
"Ca pixellise" de Dimoné
"The portable Herman Dune Vol 1" de Herman Dune
"La mélodie, le fleuve et la nuit" de Jérôme Minière
"Kramies" de Kramies
"Mémoires d'une femme" de Myriam Barbaux-Cohen
"The hardest part" de Noah Cyrus
"Dvorak : Quatuor américain, valses" de Quatuor Talich
"Fauré le dramaturge" de Takénori Némoto, Cécile Achille, Cyrille Dubois et Ensemble Musica Nigella

Au théâtre :

les nouveautés de la semaine :
"Les Enfants" au Théâtre de l'Atelier
"Pères & fils" au Théâtre des Abbesses
"Le comble de la vanité" à la Pépinière Théâtre
"Boulevard Davout" au Théâtre de la Colline
"Et pourquoi moi je devrai parler comme toi" au Théâtre de la Colline
"Black Legends, le musical" à Bobino
"Gazon maudit" au Théâtre Les Enfants du Paradis
"Jean-Paul Farré - Dessine-moi un piano" au Studio Hébertot
les reprises :
"Adieu Monsieur Haffmann" au Théâtre de la Tour Eiffel
"Le Montespan" au Théâtre du Gymnase
"François Rabelais" au Théâtre Essaion
"Racine par la racine" au Théâtre Essaion
"Los Guardiola - La Comédie du Tango" au Théâtre Essaion
"Léonard de Vinci, l'enfance d'un génie" au Studio Hébertot
"Isabelle Vitari - Bien entourée" au Grand Point Virgule
"Félix Radu - Les mots s'improsent" au Théâtre de l'Oeuvre
et les spectacles à l'affiche

Expositions :

"Face au soleil" au Musée Marmottan Monet
"Yves Klein, l'infini du bleu" aux Carrières des Lumières aux Baux-de-Provence
les autres expositions de la rentrée :
"Frida Khalo, au-delà des apparences" au Palais Galliera
"Hyperréalisme - Ceci n'est mon corps" au Musée Maillol
'Miroir du monde - Chefs d'oeuvre du Cabinet d'art de Dresde" au Musée du Luxembourg
et les expositions à l'affiche

Cinéma :
en salle :
"Les Mystères de Barcelone" de Luis Danès
en streaming gratuit :
"A ma soeur" de Catherine Breillat
"Barbara" de Christian Petzold
"So long my son" de Wang Xiaoshuai
"Borga" de York-Fabian Raabe
"Love trilogy" de Yaron Shani
et le cinéma de Claire Denis en 3 films

Lecture avec :

"L'inconnue de Vienne" de Robert Goddard
"Mordew" de Alex Pheby
"Napalm et son coeur" de Pol Guasch
"Un bon indien est un indien mort" de Stephen Graham Jones
et toujours :
"Les masques éphémères" de Donna Leon
"La guerre de cent ans" de Amable Sablon du Corail
"D'où vient l'amour" de Yann Queffélec

Et toute la semaine des émissions en direct et en replay sur notre chaine TWITCH

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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