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Nuits blanches avec un hibou sage  (Samedi 14 / L'Autre Distribution)  mars 2015

C’est tout d’orange vêtue qu’Evelyne Gallet revient avec ce quatrième album : Nuits blanches avec un hibou sage. Après deux albums studios et un live, des concerts et des salutations de la critique. Evelyne Gallet a gagné plusieurs prix, dont un prix à Sémaphore en chansons, signe d’un son avant-gardiste et intelligent, et un prix Jacques Brel, signe d’une poésie acérée et viscérale. Nous sommes donc en droit d’exiger de l’audace et de la finesse dans ce quatrième bébé.

Je ne saurai dire pourquoi la pochette faite d’un fastidieux laçage d’une chaussure m’a interpellée, toujours est-il qu’il vit dans mes oreilles. Les premières notes sont un glouglou à cordes, la voix est rieuse et le ton cynique… délicieux.

Et les paroles ? En français évidemment. La langue du calembour et des jeux de mots. Comment ne pas penser aux "Vieux" de Brel avec "Les vieux amoureux" : "il s’étreignent à demi et s’accouplent qu’à moitié, ils se recroquevillent derrière le poids des ans", en toute tendresse. Evelyne Gallet n’écrit pas ses textes, et on ne lui en veut pas, elle est une formidable interprète pour des poètes contemporains (mais où les a-t-elle dénichés ?) et d’autres qui traversent les âges, comme le lapidaire "Les gens" de Matthieu Côte : "les gens font la gueule dans le métro, les gens ne savent plus en qui croire, les gens sont de plus en plus gros, les gens ne comprennent rien à l’art…".

D’un destin de vendeuse de lingerie : "on dit tout dans ces cabines d’essayage, comme un confessionnal tout en dentelles et voilages" ("Lingerie fine"), d’une triste troubadour : "Y’a que trois cordes à mon banjo pourri, une qui pleure, une qui rêve, une qui rit, celle qui pleure je fais semblant qu’elle rit, celle qui rêve j’en joue qu’dans mon pays" ("Dans mon pays"), d’une histoire d’amour entre un épouvantail et une hirondelle à la compréhension du punk : "comme la poule, le punk a une crête, mais on le dit plus évolué", de l’argent, du temps qui passe, des bébés, de sa vie de maman, Evelyne Gallet chante les facettes de son quotidien coloré.

Enregistré en conditions "scène", c’est-à-dire avec un seul micro et son orchestre, devant les spectateurs imaginaires du Train Théâtre après la fermeture, le son de l’album est différent, plus direct, plus cinglant, il correspond à l’univers de l’artiste : sans tomber dans le vulgaire ou l’insulte, elle décape des détails anodins avec la joie enfantine d’un cadet qui invente des pouvoirs magiques aux meubles anciens, ceux qu’on ne fréquente que par habitude mais qui s’avèrent de réels tremplins à la fantaisie. Entre pianos et accordéon, les paroles prennent le dessus sur la musique.

Un peu comme la fille qui se rêvait parisienne (ça me gêne, ça me gêne), qui le devient dans toute sa splendeur et ses vices, et qui finit par avoir des rêves bo-bo en forme de retour à la terre (et en méprisant ceux qui en viennent) : tondre des moutons loin de la pollution. Une ironie à laquelle Boris Vian ou Raymond Queneau auraient bien goûté. Marie-Paule Bel (Je ne suis pas parisienne !) prête son air à "Je n’suis pas" : "je n’suis pas économiste, ça m’attriste, ça m’attriste".

De la belle chanson française, fraiche, légère, audacieuse et complice, faisant la part belle aux clichés et aux a priori, dans la bonne humeur et la tendresse. Un beau moment de musique entre amis consentants.

 

A lire aussi sur Froggy's Delight :

La chronique de l'album La fille de l'air de Evelyne Gallet

En savoir plus :
Le site officiel de Evelyne Gallet
Le Soundcloud de Evelyne Gallet
Le Bandcamp de Evelyne Gallet
Le Facebook de Evelyne Gallet


Nathalie Bachelerie         
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Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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