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Interview  (Paris)  24 mars 2005

Babylon Circus fêtera bientôt son 10ème anniversaire. Le moment peut être du bilan avant la fête. Mais le temps a passé si vite et il lui reste tant de pays et de gens à voir !

Rencontre avec David et Manu, amis de toujours, plus que frères sans doute pour une belle interview à deux voix autour de cette véritable aventure en chansons.

Pouvez-vous nous rappeler brièvement, parce que le groupe a déjà près de dix ans d'existence, comment est né Babylon Circus et quelle était sa finalité?

David : Effectivement; résumer dix ans d'histoire en quelques mots c'est un peu difficile. En tous cas la finalité est toujours la même depuis le début : c'est faire le tour du monde en musique. Comment est né le groupe? De la fusion des éléments, de gens venus d'horizons différents avec des parcours musicaux et des influences différents qui se rencontrent à Lyon, ville carrefour de France et qui se retrouvent avec l'amour des musiques, de la rencontre et des voyages. On s'est très vite rendu compte que la musique était le meilleur des passeports, un langage international et universel.

Avec Manu, nous jouons ensemble depuis 15 ans, depuis le collège. Depuis nous avons sillonné une vingtaine de pays, fait 700 concerts et conté nos histoires jusqu'au fond du Moyen Orient en Syrie, au Liban et voilà. Nous avons sorti l'année dernière un album Dances of resistance que nous défendons sur cène actuellement et nous serons en concert à Paris le 6 avril 2005 à l'Elysée montmartre. En effet, nous attaquons la deuxième partie de la tournée en France alors que nous revenons d'une tournée de 3 semaines en Allemagne. Nous voilà donc remontés à bloc pour attaquer les scènes françaises.

Pour cette deuxième partie de tournée allez-vous également faire des festivals ?

Manu : La France est grande et, malgré nos 90 dates l'année dernière, nous n'avons pas eu le temps d'aller partout. Malgré les restrictions budgétaires et sonores, il reste encore plein de lieux à visiter.

David : Nous avons une quarantaine de dates en 2 mois en salles dont des villes encore inconnues pour nous comme Troyes, Caen, Nice etc. Pour l'été nous serons présents sur les festivals d'été en Europe. En septembre nous irons au Canada, puis en Angleterre et normalement au Japon. Ensuite, nous verrons.

Vous rappeliez votre dernier album qui date de 2004. Avez-vous des projets pour un nouvel album car vous n'avez produit que 3 albums en 10 ans?

Manu : Au début, nous voulions voyager et découvrir la scène; C'est par là que nous avons découvert la musique. Le disque est venu après et nous y avons pris goût petit à petit. Le prochain sera sans doute plus rapidement réalisé car nous y pensons déjà. Nous avons aussi pris l'habitude d'écrire en voyages. Le dernier, Dances of resistance a été écrit sur la route ou en résidence. Ainsi en Syrie, nous avons eu la chance de pouvoir nous arrêter, découvrir Damas et rencontrer des musiciens ce qui a dressé les grandes lignes du disque.

Vos voyages sont également des sources d'inspiration?

David : Les voyages nous nourrissent déjà individuellement. Cela nourrit son histoire, sa façon de penser et les chansons sont les produits de cet enrichissement. Nous commençons effectivement de travailler sur de nouvelles chanson mais pour faire patienter, à la fin de l'année, pour fêter les 10 ans de Babylon Circus, il y aura quelque chose avec des inédits, de la vidéo. Je ne peux pas en dire plus car ce n'est pas encore abouti. Mais 10 ans ça se fête et on marquera le coup d'une façon ou d'une autre !

Peut-on dire que vous vous référez de la grande tradition des saltimbanques et des gens du voyage qui sillonnent les routes de France et du monde ?

David : Tout à fait. Cela vient peut être de la frustration de ne pas être né dans une famille de circassiens qui fait que l'on essaie de rattraper le temps perdu et que nous avons maintenant une vie de nomade, de troubadour, de saltimbanque qui fait que l'on nous demande toujours ce qu'est notre vrai métier.

Manu : Nous sommes très proches. Nous avons commencé le groupe à un peu moins de 20 ans et nous avons passé cette décennie ensemble à voyager. Nous ne connaissons que cette vie et elle nous convient bien. Nous ne pouvons d'ailleurs plus nous en passer. Nous sommes obligés de franchir des frontières tous les ans sinon on est malheureux.

David : Le voyage devient vite une drogue.

Manu : En plus la musique et la danse sont une façon privilégiée de rencontrer des gens. On se net très proches des gens l'espace d'un soir et il nous est difficile de nous en passer.

David : Et nous avons la chance de pouvoir voyager ce qui ne nous arrivera peut être pas deux fois. On ne sait pas e quoi demain sera fait donc autant profiter des opportunités.

Vous disiez venir d'horizons musicaux et peut être culturels très différents. Comment s'écrivent les chansons?

David : Faut sortir les gants de boxe (rires)

Manu : …celui qui n'a plus de dents ne peut plus chanter !

David : Au niveau des textes, c'est Manu et moi et c'est une constante. La musique peut venir d'une personne ou de plusieurs, d'un bœuf, avant ou après les textes, il n'y pas de règle définie; En revanche, il y a un truc auquel on tient : pour que chacun soit investi dans les chansons et fier de les défendre, chacun amène ne pierre à l'édifice.

Manu : Quand une chanson naît, c'est une histoire qu'on se raconte et que chacun nourrit.

David : Toutes les différences sont mises à profit pour trouver notre son ce qui est l'objectif de tout groupe.

Votre dernier album comporte des chansons en français et des chansons en anglais qui sont des univers et des sons différents. Cela résulte aussi d'un consensus pour exprimer des choses différentes?

Manu : Cela coexiste depuis le début. J'ai des origines anglo-saxonnes donc la langue anglaise m'est familière. Comme on voyage beaucoup l'anglais est un bon véhicule pour se faire comprendre partout dans le monde.

Vous êtes toujours présentés comme un groupe engagé. Etes-vous d'accord?

Manu : Nous sommes d'accord mais c'est un mot qui veut dire tout et n'importe quoi. Dans nos textes nous parlons du monde, de ce qui s'y passe, comme la violence urbaine, de choses concrètes et actuelle. Dans ce sens là, nous sommes engagés. Un autre aspect de notre engagement est de faire des concerts de soutien ou d'accueillir des associations dans nos concerts pour leur donner une table pour y mettre leurs dépliants par exemple. C'est aussi de faire le lien entre les gens qui ont besoin de forces vives et les gens qui viennent à nos concerts.

David : Dans nos chansons, il y en a qui traitent de la guerre parce qu'il est dur de rester insensible. On dit tout haut ce qu'on pense. L'engagement peut prendre une forme concrète avec des concerts de soutien et les tables de presse. Et nos chansons aussi parce que nous sommes conscients du monde dans lequel nous vivons avec ce qu'il a de glauque et de triste mais aussi ce qui nous donne de l'espoir et de la chaleur.

Manu : Une de nos chansons, "De la musique et du bruit" parle des fêtes de quartier qui disparaissent. Nous ne nous engageons pas forcément politiquement mais nous dénonçons ce qui se passe en France avec cette histoire de tranquillité publique qui fait que les rues se vident et qu la coexistence entre voisins devient plus difficile. C'est plus un poème qu'un manifeste.

David : Nous ne voulons pas imposer un point de vue mais de proposer nos idées. Après c'est comme une peinture c'est celui qui reçoit qui doit interpréter et faire marcher son sens critique. C'est ce que je recherche quand j'écoute de la musique. Il reste du chemin à faire pour celui qui reçoit "l'œuvre".

Malgré vos ventes de disques et le nombre de concerts, vous appartenez à la scène alternative. Comment vous situez-vous ?

David : Nous on se situe entre Lyon et Saint Etienne (rires) Nous, le parisianisme, on ne connaît pas.

Manu : Nous sommes issus d'une culture dite alternative des années 80-90 qui n'arrivait pas forcément à vendre des disques et à devenir célèbre mais avait envie de jouer. Du coup, il y a plein de lieux, de réseaux, d'associations qui se sont créés et nous en sommes les héritiers. Ce milieu n'a pas besoin de télévision.

David : La meilleure publicité c'est le bouche à oreille.

Ce qui est important c'est de constater que sans avoir accès aux gros médias plein de gens vous connaissent et vous suivent. Votre groupe commence à y avoir accès. Est-ce quelque chose que vous recherchez et ne pensez-vous qu'il y ait un risque de dérive et de récupération ?

David : Quand on est clair et que l'on sait ce que l'on veut, il n'y a pas de souci. On ne subit rien. Au contraire. J'ai plus l'impression que nous sommes les maîtres du jeu que des pions sur un échiquier. Les médias, la communication, la publicité, ce sont des moyens pas un but. Devenir connus si c'est la conséquence de notre travail tant mieux après ce n'est pas un but.

Manu : Nous on fait des concerts.

Vous tournez beaucoup dans le monde entier. Dans quel pays recevez-vous le meilleur accueil ?

David : C'est difficile d'établir un classement. A chaque fois c'est la surprise, la découverte d'une ambiance différente.

Manu : En Syrie, nous avons pris une sacrée claque.

David : C'étaient des concerts populaires gratuits avec 2 000 personnes dans un pays qui est culturellement mort où il ne passe pratiquement rien car tout est interdit. Tout le monde vient et le retour est très fort. Nous avons ressenti cela aussi en Pologne sous une forme différente. En Allemagne, pays que l'on connaît bien, la culture germanique est plus attentive donc c'est un peu déstabilisant au début mais il suffit de trouver la bonne clé qui rentre dans la bonne serrure.

Manu : Chaque soir est différent et parfois même davantage entre deux lieux voisins que distants de 1 000 kilomètres . Chaque soir est une rencontre différente. Les gens sont au meilleur d'eux-mêmes quand ils donnent le sourire et la danse.

Pour vous, la culture est-elle un moyen de résistance?

David : Tout à fait. Petit aparté vous allez comprendre. Je suis allé lundi dernier à un concert de soutien à Florence Aubenas à Lyon et il y avait un crieur public qui parlait au public. Il a eu une phrase superbe qui était : "Soyez subversif. Pensez simplement !".Développer son esprit critique est le premier moyen de résistance. Après il y a l'action.

Mais sans les couteaux et les fusils chantez-vous dans "Warlord".

Manu : La musique et beaucoup plus puissante et fédératrice.

David : Ce dont on a besoin aujourd'hui c'est du rassemblement. Dances of resistance c'est tout autant la manifestation que nous avons vu à Barcelone avec 2 millions de personnes que les danses ethniques.

Manu : Le reggae, le hip hop sont des danses de résistance.

Quand vous posez les valises écoutez-vous de la musique?

David : Oui et en général j'écoute de la musique assez calme, beaucoup de musiques du monde, particulièrement de la musique maghrebine et de la musique de l'Est. En ce moment j'écoute un groupe de ragga allemand Seeed dans lequel l'allemand passe bien. Beaucoup de musique instrumentale.

Manu : De la musique du monde, tous les jours. C'est très vaste. J'écoute beaucoup de groupes qui mélangent les musiques comme Lo'jo, un groupe d'Angers à découvrir. Il pratique une musique métissée qui représente la France d'aujourd'hui qui est pour moi un pays métisse malgré sa résistance.

Si vous deviez donner un album de votre discothèque à un ami, quel serait-il?

David : Sans hésitation "London calling" des Clash

Manu : "Rastaman vibration" de Bob Marley.

 

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La chronique de l'album Dances of resistance de Babylon Circus
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Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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