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Interview  (Paris, Hôtel du Temps)  lundi 22 juin 2015

Nous rencontrons Jay-Jay Johanson dans un hôtel parisien, quelques semaines après la sortie de son dixième album Opium, qui correspond aussi à ses 20 ans de carrière. Avec son pianiste Érik, ils viennent de nous offrir une session splendide. Le crooner suédois est détendu, très à l'aise, en train de boire un thé en cette fin d'après-midi. C'est l'occasion d'en savoir plus sur le nouvel album.

Le visuel d'Opium est différent de celui de vos autres disques. Pourquoi avoir choisi ces couleurs ? Pourquoi la photo de vous à genoux au recto de la pochette ?

Jay-Jay Johanson : Tout d'abord, j'ai choisi ce titre "Opium" parce que j'étais en train de lire un livre sur le Paris de l'entre-deux-guerre. Il y était question du penchant de Cocteau pour cette drogue. Et comme j'ai récemment voyagé par l'Orient Express, je songeais aux échanges entre l'Asie et l'Europe aux débuts du siècle dernier, à cette drogue qui emmenait ceux qui la fumait planer dans des vapeurs. Je me suis dit que c'était un titre en accord avec l'ambiance des chansons de l'album. A la même période, j'ai revu le film Furyo de Naguisa Oshima dans lequel il y a un passage où David Bowie est ainsi à genoux. Ça faisait écho à la chanson "Harakiri" sur l'album. J'en ai parlé au photographe qui a réalisé la photo. C'est aussi ce qui explique ma tenue sur la pochette et le graphisme choisi pour écrire mon nom.

Vous travaillez généralement par ensemble de trois albums qui partagent une même veine. Après "Cockroach", "Opium" est-il le second volet d'une nouvelle trilogie ?

Jay-Jay Johanson : C'est vrai que mes trois premiers albums forment un ensemble. Antenna et Rush sont ensuite deux albums qui se rapprochent, parce que c'est le moment où j'ai commencé à travailler avec des gens qui s'amusaient à remixer mes morceaux. The Long Term Physical Effects et Self-Portrait sont en effet proches. Mais ensuite, Spellbound est un album que j'ai composé seul et qui est unique dans ma discographie. Il brise l'élan des deux albums précédents même s'il en conserve les ambiances. Concernant Cockroach et Opium, je dirais qu'il se rapprochent mais que Opium est plus aimable, plus doux, plus généreux.

"I love him so" est une chanson sur votre fils. Comment réagit-il à votre musique aujourd'hui, alors qu'il la trouvait "ringarde" il y a deux ou trois ans ?

Jay-Jay Johanson : La musique ne l'intéresse pas plus que ça. Maintenant qu'il a huit ans, il comprend mieux quel est mon métier. Il m'a vu en concert, et j'aimerais bien l'emmener sur quelques dates de tournée pour qu'il découvre aussi cet aspect du métier. Mais il continue à ne pas franchement apprécier mes chansons (rire). Je pense que c'est normal, et je souhaite surtout qu'il développe ses propres goûts.

Sur "Cockroach", vous aviez déjà travaillé avec Robin Guthrie. Vous le retrouvez sur "Opium". Qu'appréciez-vous l'un chez l'autre ?

Jay-Jay Johanson : J'étais un énorme fan des Cocteau Twins lorsque j'étais gamin. J'achetais plein de maxis de 4AD. J'aimais autant la musique que le design des pochettes faites par Vaughan Oliver. Mais sur 4AD, il n'y avait finalement que les disques de Cocteau Twins que je collectionnais. J'avais tous les maxis et les 45t.

Alors que je travaillais sur mon second album, c'est le moment où Elizabeth Fraser a quitté le groupe et est allée à Bristol pour collaborer avec Massive Attack sur le titre "Tear Drop". J'ai alors reçu un coup de fil de Robin Guthrie et de Simon Raymonde qui cherchaient des voix pour leur nouveau projet. Pour moi, c'était surréaliste. Je leur ai dit : "j'arrive". J'étais à Paris. J'ai pris l'Eurostar pour Londres, puis un train pour Twickenham. C'est comme ça qu'on s'est rencontré. Le courant est bien passé entre nous. Finalement, j'ai travaillé avec Robin pour "She's Mine But I'm Not Hers" sur mon second album Tatoo. Puis de nouveau sur Poison deux ans plus tard, c'est dans son studio qu'on avait enregistré "Escape" et "Far away".

Ensuite, on s'est un peu perdu de vue. Il est venu en 2004 à mon mariage, ici à Paris. Lorsqu'on s'est retrouvé pour travailler sur Cockroach, on avait énormément de choses à rattraper. Je suis allé chez lui, il habite en Bretagne maintenant. On a écrit quatre chansons ensemble. Mais comme il y avait déjà beaucoup de matériaux pour mon album, on a décidé que le mieux était de les mettre de côté, et d'enregistrer prochainement un EP ensemble, voire un album.

Pourquoi ce choix de "Laura" de Bat For Lashes, en reprise sur votre récente session ensemble au Red Bull Studio ?

Jay-Jay Johanson : "Laura" est sur le premier single extrait d'"Opium", "Moonshine". Nous étions en studio avec les musiciens lors de l'enregistrement, ils étaient sortis faire une pause café. C'est le moment lorsque je suis tout seul en studio où je fais des petites choses pour moi, quelques reprises de chansons que j'aime au piano. Je me suis dit que "Laura" était une bonne idée de reprise pour accompagner le premier EP "Moonshine". Par la suite, il y aura d'autres reprises sur les singles extraits de l'album. Je suis auteur donc je n'ai pas besoin de faire des reprises mais j'aime aussi partager les chansons qui me touchent. Et lorsque Robin a entendu ma version, il m'a dit : "Waouh, il faut qu'on la fasse ensemble". Il a amené sa patte à la production, et c'est une drôle de combinaison entre Bat For Lashes, Cocteau Twins et Jay-Jay Johanson.

Vous avez aussi retrouvé Funkstörung sur cet album.

Jay-Jay Johanson : Je trouve que les meilleurs morceaux d'"Antenna" sont ceux sur lesquels j'ai travaillé avec eux, comme "Tomorrow" ou "Cookie". Funkstörung avait splitté quelques années après "Antenna". Je n'avais plus de nouvelles ni de Chris, ni de Michael. Mais lorsqu'ils se sont retrouvés et ont de nouveau décidé de travailler ensemble, ils m'ont contacté pour que je fasse les voix sur une chanson de leur album. Finalement, c'est sur "Opium" que nous avons collaboré. Ce sont deux types charmants, et cette fois encore nous avons pris beaucoup de plaisir à travailler ensemble.

Il y a beaucoup de loops sur "Opium". Sur scène, n'est-ce pas frustrant pour Erik qui ne peut pas improviser dans ces conditions ?

Erik, qui a entendu son nom, se retourne, interrogateur (Rires)

Jay-Jay Johanson : Sur scène, nous avons maintenant un batteur. Nous pourrions très bien nous passer des boucles. Nous avons écrit les chansons en piano-voix. Le choix des boucles, sur disque et sur scène, est d'amener un contraste par rapport à ma voix. Sans les loops, il y aurait à côté beaucoup plus doux. Nous pourrions le faire mais ce serait, de mon point de vue, moins intéressant.

On retrouve aussi du vocoder sur votre voix sur ce disque.

Jay-Jay Johanson : Oui, sur une chanson. Nous ne l'avions pas utilisé depuis "Far Away". C'est au moment de la production que nous avons décidé d'utiliser le vocoder. C'est une idée d'Erik. Nous étions en recherche dans notre studio où nous avons pas mal de matériel, et Érik a ressorti ce vieux clavier que nous n'avions pas utilisé depuis une quinzaine d'années.

À propos de la pochette "Moonshine" en forme de mots croisés, qui en a eu l'idée ?

Jay-Jay Johanson : C'est moi. C'est moi qui l'ai dessiné aussi. C'était assez compliqué. Ça consistait à revisiter 25 ans de carrière avec des mots et quelques cases noires. Je l'ai abordé comme un exercice créatif, un peu comme je l'avais fait avec la vidéo de "She's mine but I'm not hers" avec les lettres de Scrabble. Je me suis un peu arraché les cheveux, mais j'y ai aussi pris beaucoup de plaisir.

Lors du dernier Disquaire Day, le single était vendu en test pressing. Pourquoi ?

Jay-Jay Johanson : Je crois simplement que les disques qui étaient prévus n'ont pas été livrés en temps et en heure. Mais je crois que les collectionneurs ont apprécié l'objet qui est encore plus rare que le 45t vinyle.

Après 20 ans de carrière, choisiriez-vous aujourd'hui les mêmes chansons sur votre best of que sur le dernier, qui est paru il y a quatre ou cinq ans et qui contenait "Paris" en inédit ?

Jay-Jay Johanson : Ce best-of of était destinée aux pays d'Europe du Nord où j'étais très peu connu. Il était un but commercial, et n'était composé que des singles. C'est quand même un objet intéressant car il comporte des versions single et radio qui ne sont pas les mêmes que celles qui sont sur les albums. Or, quasiment personne ne les avait. Quant à "Paris", c'était une chanson à laquelle je tenais, que j'avais enregistrée lors d'une session bien avant, mais qui n'avait trouvée sa place sur aucun album. Il faudrait bien entendu rajouter des extraits de Spellbound, Cockroach et Opium. Mais comme j'ai changé de maison de disques, ce projet ne pourra jamais voir le jour.

Par contre, j'aimerais bien discuter avec mon ancien label Sony de la possibilité de sortir des versions enrichies de certains albums, car j'ai des enregistrements intéressants de versions alternatives ou live de morceaux que j'aimerais faire entendre. Mais je ne crois pas que mon back-catalogue les intéresse franchement, car les personnes du label avec lesquelles je travaillais dans les années 90 ne sont plus là.

Vous tournez dans de nouveaux pays où les gens commencent à vous découvrir, comme en Amérique du Sud. Comment cela se passe-t-il ?

Jay-Jay Johanson : Ça se passe un peu comme lorsque j'ai débuté en France. Ce sont essentiellement des jeunes et des étudiants qui découvrent un son nouveau pour eux. Par contre, ils font référence à Chet Baker, et classent mes disques dans le jazz vocal, une forme de jazz moderne.

Dans 20 ans, vous imaginez-vous encore sur scène ?

Jay-Jay Johanson : Tant qu'il y a des gens pour venir m'écouter, et si en plus j'ai un accueil toujours aussi fantastique en France, j'espère bien continuer à écrire, enregistrer et tourner durant les 25 prochaines années. Je ne suis qu'à la moitié du chemin.

Retrouvez Jay-Jay Johanson
en Froggy's Session
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En savoir plus :
Le site officiel de Jay-Jay Johanson
Le Soundcloud de Jay-Jay Johanson
Le Myspace de Jay-Jay Johanson
Le Facebook de Jay-Jay Johanson

Crédits photos : Thomy Keat (Toute la série sur Taste of Indie)


Laurent Coudol         
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# 21 mai 2017 : Black Hole Sun

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