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Salem City Rockers  (Vitesse Records)  octobre 2015

Entrer dans l’univers sauvage et percutant de La Gale, c’est accepter de frôler, la tête haute et un demi-sourire aux lèvres, ce que l’on nomme le point de non-retour. Certains auront bien fait de se mithridatiser avec le premier album, sorti en 2012 : car ici, avec Salem City Rockers, on s’engorge sans coup férir le même poison lancinant.

"Chaque adjectif dont on m’affuble prend la pesanteur d’une enclume" : on s’excuse donc d’ores et déjà auprès de celle qui refuse d’étouffer sous le poids des catégories. Parce qu’on ne peut s’empêcher de rattacher La Gale à un rap personnel et hyperréaliste, ponctuellement hagard, qui cherche querelle et provoque avec l’intelligence de la lucidité et la ruse de l’expérience. La toile de fond est, tour à tour, pessimiste, fataliste, anarchiste, nihiliste, cynique : en deux mots violente et sombre. Le chaos, obsédant et fascinant, est partout, mais jamais il ne s’agit d’y sombrer (la corde et les balles semblent pourtant prêtes, comme autant de vanités propres au 21ème siècle). L’excès n’est recherché que parce qu’il étrangle la routine à grands coups de hasard, que parce qu’il déforme les contours bien trop limités du réel qui nous entoure. Pour dire cela, La Gale ne s’embarrasse pas de métaphores : puisque, si l’on se souvient bien, "mettre le doigt où ça fait mal, v’là le fond de [s]es ambitions". La spontanéité claquante prévaut, associé au sens aigu de la formule.

Le fric, la drogue, la violence, l’alcool, les flics, l’injustice et les manipulations sociétales, les anxiolytiques et les somnifères, la mort sont autant de matières brutes dépecées par les onze titres de Salem City Rockers. Les malins diront "nihil novi sub sole" depuis le premier album : preuve cependant que la griffe de la Gale est cohérente jusque dans la persistance de son vocabulaire. S’il y a du neuf, il est résolument ailleurs.

D’abord, dans la multiplication bienheureuse des featurings : DJ Chikano, toujours aussi exceptionnel que dans le premier album et qui bénéficie d’un "El Chikano theme" du plus bel effet malgré une présence bien moins marquée dans cet album, Rynox, fidèle parmi les fidèles (à la voix toujours aussi perturbante par son timbre et sa justesse), la superbe Paloma Pradal dans le surprenant et exotique "Petrodollars", Vîrus dont l’univers et la prose ne pouvaient que naturellement se rapprocher de celui de La Gale, le mystérieux Obaké, dont le flow nous avait déjà séduit dans "Fantômes froids 2.0", sans oublier Yoman ou encore les univers abstract-hip-hop déjà bien rodés de DJ Nix’On et Al’Tarba, ce dernier étant… principal compositeur et producteur de Salem City Rockers avec I.N.C.H., une des clés du hip-hop indépendant. Il n’est pas inutile de les nommer tous : qui connaît l’exigence de leurs univers respectifs peut imaginer alors la richesse de leur présence sur Salem City Rockers. Les invités de La Gale ne sont pas n’importe qui, et le collectif sert ici un talent autant qu’un état d’esprit.

Ensuite, il faut noter l’originalité vertigineuse des samples et la finesse de l’instrumentation sur l’ensemble des titres : des chœurs et la discrète ligne blues contrastant avec la colère heurtée de la rappeuse dans "Qui m’aime me suive", de l’ambiance mi-planante mi-épileptique de "5000 km" (sans parler du petit clin d’œil à Easy Rider) ou encore de la petite musique de nuit, cinématographique à souhait, qui ouvre "Rubrique des chiens écrasés". La richesse des horizons musicaux, dont "Petrodollars" est sans doute le meilleur exemple, la présence plus assumée du rock (on trouvera partout que Salem City Rockers est une référence ouverte à un album des Clash intitulé Clash City Rockers), sont bien la preuve qu’une identité musicale juste ne se façonne et ne s’assume que grâce à une forte ouverture doublée d’une certaine instabilité. La Gale a su habilement éviter la répétition du même, tout en restant fidèle à elle-même – du moins à l’image qu’elle veut donner d’elle-même dans ses textes et ses interviews.

Du premier titre "Nouvelle pandémie", résolument personnel et incisif et qui opère une transition parfaite entre les deux albums, à "Chiens galeux", dixième titre de l’album, sous le signe des Deschiens, de la blanche, du collectif et de la marge, une étape a été franchie : on est passé de la virulence solitaire et pure qui faisait la beauté du premier album de La Gale à la profération collective de "la famille" qui fait toute le cachet de Salem City Rockers.

Et si l’on accuse de nous perdre en théories et de lancer des fleurs à celle qui n’en veut pas, autant aller à l’essentiel pour finir : on a écouté, et on a aimé.

 

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La Gale en concert à Paléo Festival #34 (2009)


En savoir plus :
Le Bandcamp de La Gale
Le Facebook de La Gale


Sophie Hébert         
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# 21 avril 2024 : Des beaux disques, des beaux spectacles, une belle semaine

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Du côté de la musique :

"Génération (tome 1)" de Ambre
"Out" de Fishtalk
"Take a look at the sea" de Fontanarosa
"Venus rising" de Trio SR9 & Kyrie Kristmanson
"Perpétuel" de Vesperine
"Liminal status" de Watertank
"The great calm" de Whispering Sons
"Keep it simple" de Yann Jankielewicz , Josh Dion & Jason Lindner
Quelques nouveautés en clips avec Isolation, Resto Basket, Greyborn, Bad Juice, Last Temptation, One Rusty Band, We Hate You Please Die
nouvel épisode du Morceau Caché, consacré à Portishead
et toujours :
"Kit de survie en milieu hostile" de Betrand Betsch

"Let the monster fall" de Thomas de Pourquery
"Etat sauvage" de Chaton Laveur
"Embers of protest" de Burning Heads
"Sin miedo" de Chu Chi Cha
"Louis Beydts : Mélodies & songs" de Cyrille Dubois & Tristan Raës
"Arnold Schönberg : Pierrot lunaire" de Jessica Martin Maresco, Ensemble Op.Cit & Guillaume Bourgogne
"C'est pas Blanche-neige ni Cendrillon" de Madame Robert
"Brothers and sisters" de Michelle David & True Tones
"Prokofiev" de Nikita Mndoyants
"Alas" de Patrick Langot, Alexis Cardenas, Orchestre de Lutetia & Alejandro Sandler
"Symptom of decline" de The Black Enderkid
"Tigers blood" de Waxahatchee
"Not good enough" de Wizard

Au théâtre :

les nouveautés :

"Sonate d'automne" au Théâtre Studio Hébertot
"Frida" au Théâtre de la Manufacture des Abbesses

"Preuve d'amour" au Théâtre du Guichet Montparnasse
"Après les ruines" au théâtre La Comète de Chalons En Champagne
"Objets inanimés, avez-vous donc une âme ?" au Théâtre du Guichet Montparnasse
"Royan, la professeure de français" au Théâtre de Paris
Notes de départs" au Théâtre Poche Montparnasse
"Les chatouilles" au Théâtre de l'Atelier
"Tant que nos coeurs flamboient" au Théâtre Essaïon
et toujours :
"Come Bach" au Théâtre Le Lucernaire
"Enfance" au Théâtre Poche Montparnasse
"Lîle des esclaves" au Théâtre Le Lucernaire
"La forme des choses" au Théâtre La Flèche
"Partie" au Théâtre Silvia Monfort
"Punk.e.s" Au Théâtre La Scala
"Hedwig and the angry inch" au théâtre La Scala
"Je voudrais pas crever avant d'avoir connu" au Théâtre Essaïon
"Les crabes" au Théâtre La Scala
"Gosse de riche" au Théâtre Athénée Louis Jouvet
"L'abolition des privilèges" au Théâtre 13
"Lisbeth's" au Théâtre de la Manufacture des Abbesses
des reprises :
"Macbeth" au Théâtre Essaion
"Le chef d'oeuvre inconnu" au Théâtre Essaion
"Darius" au Théâtre Le Lucernaire
"Rimbaud cavalcades" au Théâtre Essaion
"La peur" au Théâtre La Scala

Une exposition à la Halle Saint Pierre : "L'esprit Singulier"

Du cinéma avec :

"Le déserteur" de Dani Rosenberg
"Marilu" de Sandrine Dumas
"Que notre joie demeure" de Cheyenne-Marie Carron
zt toujours :
"Amal" de Jawad Rhalib
"L'île" de Damien Manivel
"Le naméssime" de Xavier Bélony Mussel
"Yurt" de Nehir Tuna
"Le squelette de Madame Morales" de Rogelio A. Gonzalez

Lecture avec :

"Hervé le Corre, mélancolie révolutionnaire" de Yvan Robin
"Dans le battant des lames"' de Vincent Constantin
"L'heure du retour" de Christopher M. Wood
"Prendre son souffle" de Geneviève Jannelle
et toujours :
"L'origine des larmes" de Jean-Paul Dubois
"Mort d'un libraire" de Alice Slater
"Mykonos" de Olga Duhamel-Noyer
"Des gens drôles" de Lucile Commeaux, Adrien Dénouette, Quentin Mével, Guillaume Orignac & Théo Ribeton
"L'empire britanique en guerre" de Benoît Rondeau
"La république des imposteurs" de Eric Branca
"L'absence selon Camille" de Benjamin Fogel
"Sub Pop, des losers à la conquête du monde" de Jonathan Lopez
"Au nord de la frontière" de R.J. Ellory
"Anna 0" de Matthew Blake
"La sainte paix" de André Marois
"Récifs" de Romesh Gunesekera

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Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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