Réalisé par Nicolas Saada. France/Belgique. Drame. 1h310 (Sortie le 2 décembre 2015). Avec Stacy Mart, Louis-Do de Lencquesaing, Gina McKee, Alba Rohrwacher, Frédéric Epaud et Praveena Vivekananthan.
Les hasards de la programmation vont donner à "Taj Mahal" de Nicolas Saada un écho différent de celui que le film aurait eu s'il était sorti à une autre période.
En effet, ce qui aurait été surtout perçu comme un suspense hitchcockien mâtinée d'une grosse pincée d'univers polanskien résonne aujourd'hui tout autrement. L'enjeu ne va plus être le face-à-face d'une jeune fille avec elle-même dans un hôtel, symbolisant le monde adulte, qui la plonge dans une situation effrayante, comme dans un film de terreur psychologique. L'enjeu va être le surgissement, désormais hissé en première peur chez la majorité des Occidentaux, du cauchemar terroriste ;
Louise et ses parents, qui arrivent en Inde, qui découvrent l'univers particulier de Bombay et les charmes désuets du splendide "Taj Mahal Palace", vont en effet avoir la malchance d'être au mauvais endroit le mauvais jour.
Car, en ce 26 novembre 2008, un commando de combattants islamistes va semer la mort à différents endroits de Bombay. Il s'acharnera particulièrement sur deux hôtels de luxe, dont le Tao Mahal, faisant 195 morts et 300 blessés. C'est dans cet attentat que sera assassinée Loumia Hiridjee, la franco-indienne créatrice de mode et fondatrice de Princesse Tam Tam.
Dans le scénario imaginé par Nicolas Saada, Louise a décidé de rester seule dans sa belle chambre d'hôtel, située dans les étages supérieurs du "Taj Mahal",pendant que ses parents passent la soirée à l'extérieur. Entendant des bruits de fusillade, elle comprend peu à peu ce qui advient et téléphone à ses parents, qui lui conseillent de se calfeutrer dans sa chambre.
Dès lors s'ensuit un récit qui n'aurait pu avoir lieu il y a dix ans : celui où l'horreur a deux visages grâce au portable. Car si Louise est dans une angoisse indicible, coincés à l'autre bout du fil électronique, ses parents, qui cherchent par tous les moyens à revenir à l'hôtel alors que la ville est en ébullition, sont impuissants mais aussi au cœur de l'angoisse.
On retiendra de "Taj Mahal » de Nicolas Saada la belle prestation de la jeune Stacy Martin vue chez Lars Von Trier. "Face à elle", dans des "rôles téléphoniques", Gina McKee et Louis-Do de Lencquesaing n'ont pas la partie facile puisqu'ils sont dans la pire schizophrénie, celle ou l'on est à la fois acteurs et spectateurs.
Doté d'une fin hitchcockienne en diable, le film fait ressentir comment l'on doit, en pareilles circonstances, surmonter l'idée "raisonnable" que tout ça n'est qu'un "cauchemar irréel" pour très vite comprendre que c'est "la réalité vraie" qu'il faut affronter au péril de sa vie.
"Taj Mahal" de Nicolas Saada décrit le premier ce qui sera sans doute l'un des sujets de prédilection des cinéastes de demain. Puissent-ils n'être que des fictions et pas des descriptions d'événements ayant eu leu. |