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Théâtre des Abbesses  (Paris)  février 2016

Tragédie de Corneille, mise en scène de Brigitte Jaques-Wajeman, avec Pascal Bekkar, Pauline Bolcatto, Clément Bresson, Timothée Lepeltier, Aurore Paris, Marc Siemiatycki et Bertrand Suarez-Pazos.

Brigitte Jaques-Wajeman et encore, et toujours, Corneille. Après sa pentalogie relative au théâtre colonial de Corneille regroupant les tragédies héroïques "Sertorius", "Nicomède," "Surena", "Sophonisbe" et "Pompée", elle met en scène "Polyeucte".

Une tragédie qualifiée "sacrée", ambivalente sinon ambigüe, que l'auteur dédiait à la Reine régente comme "offrant un portrait des vertus chrétiennes, dont l'amour et la gloire de Dieu formassent ses plus beaux traits".

Ce qui ne manque pas de laisser sceptique dès lors que lesdites vertus consistent à abandonner son épouse et détruire les idoles des religions polythéistes au nom d'une foi absolue et intolérante pour accéder au martyr, actions au demeurant condamnées par l'Eglise.

En effet, quasi simultanément, Polyeucte épouse la femme aimée, a la révélation divine, et apprend l'arrivée d'un rival. Le jour de son baptême il se livre à des exactions sur des idoles afin de sacrifier son bonheur terrestre et sa vie à son Dieu.

En l'espèce, le dilemme "cornélien" ne réside plus dans l'incompatibilité entre l'amour et le devoir, équivalent du patriotisme, mais entre l'amour et la foi, et, au regard d'une certaine analyse, le devoir et la religion ne constituent que deux modalités pour atteindre un même but d'épanouissement narcissique, celui d'accéder à la gloire. De quoi alimenter le débat sur la dialectique du héros.

Aux termes de sa note d'intention, Brigitte Jaques-Wajeman indique avoir monté cette pièce pour sa résonance avec l'actualité contemporaine liée au fanatisme et au terrorisme religieux - la destruction des monuments et oeuvres d'art et le désir de mort des terroristes kamikazes lié au martyr de la foi propre à assurer un bonheur infini - ce qui l'a incité à aménager le dénouement original en insérant des extraits de "L'Antéchrist" de Friedrich Nietzsche sur la folie de croire que la vérité se prouve avec du sang.

Ce parallèle prête à discussion car la pièce ne traite pas d'un conflit religieux mais d'un conflit intérieur lié, de surcroît, à une tragédie amoureuse qui n'est certes pas subsidiaire et que Polyeucte, n'agissant pas dans le cadre d'une action concertée mais d'une "initiative" personnelle, ne commet pas d'assassinats aveugles et n'est que sa seule victime.

Cela étant, la déduction des motivations profondes du héros sont laissées à l'appréciation du spectateur a qui est donnée l'occasion de découvrir une pièce rarement représentée dont notamment à la Comédie française.

Bénéficiant de la rigoureuse direction d'acteur de Brigitte Jaques-Wajeman qui, maîtrisant la déclamation de l'alexandrin, fait entendre le texte de manière compréhensible, la partition est dispensée dans une scénographie tout aussi écrasante qu'anachronique de Emmanuel Pedduzi avec pour élément essentiel une monumentale et monolithique porte séparant l'espace privé, illustré par le lit des amants, et un espace public vide.

L'interprétation s'avère inégale. Si Pascal Bekkar, Marc Siemiatycki et Bertrand Suarez-Pazos, respectivement dans les rôles de l'ami de Polyeucte, du père de son épouse et du héros mélancolique sont parfaits, Clément Bresson peine à convaincre dans le rôle-titre et Aurore Paris, concluant chaque réplique par une sonore aspiration, manque autant de souffle dramatique que de souffle physiologique.

De même pour les seconds rôles dans lesquels Brigitte Jaques-Wajeman distribue deux jeunes comédiens issus du CNSAD. Timothée Lepeltier, prédisposé à l'emploi comique, parvient à susciter quelques esclafements alors que, dans le rôle de la suivante éclipsant la maîtresse, se distingue Pauline Bolcatto déjà remarquée lors des représentations publiques du conservatoire.

 

MM         
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# 12 février 2017 : Amoureux de la Culture

Chez Froggy's Delight on est amoureux toute l'année. Amoureux des arts et de la culture bien sûr et cette semaine encore nous vous présentons notre petite sélection. De quoi sans doute trouver de bonnes idées pour faire plaisir à votre alter ego en cette semaine de Saint Valentin.

Du côté de la musique :

"Hopelessness" de Anohni
Interview de Cléa Vincent autour de son disque "Retiens mon désir"
"Ty Segall" nouvel album de Ty Segall
South from here" de Winter Family
"Hors chant" de Dum Spiro
"Dakhla Sahara session" de Group Doueh et Cheveu
"L'étoile thoracique" de Klô Pelgag qui était de passage à Paris pour répondre à notre interview
"Sir" de Monsieur
Over the Top, Beautiful Badness et Midnight Colors dans une sélection de EP
"Minuit" de Rosie Marie

Classique, vous avez dit classque ?
"Philip Glass : Piano Works" par Vikingur Olafsson
Gustav Malher, l'intégrale parfaite
et toujours :
"Un coup de queue de vache" de Thomas Fersen, accompagnée d'une session live de 4 titres et d'une interview de Thomas Fersen, "Triomphe" de La Féline, "A night full of collapses" de Les Marquises, "Carnival of sounds" de Invaders, "Misophone" de Kursed, Interview de Petosaure autour de leur album "Le fantôme de l'enfant", "La surprise EP" de Rémi Parson, "Modern phase EP" de Hoan

Au théâtre :

les nouveautés de la semaine :
"Darius" au Théâtre des Mathurins
"Parle-moi d'amour" au Théâtre La Pépinière
"Le Terrier" au Théâtre de l'Union à Limoges
"Le Livre de Dina" au Théâtre de l'Union à Limoges
"Oncle Vania" au Théâtre Essaion
"Un baiser s'il vous plait !" au Théâtre Le Funambule-Montmartre
"Satané Manoir !" au Théâtre de Nesle
"Judy, Barbra et moi" au Théâtre Essaion
"Sérénade pour pianiste inachevé" au Théâtre Clavel
les reprises :
"Stavanger" au Studio Hébertot
"Florilège Molière" au Théâtre de l'Epée de Bois
"Cinq de Coeur- Le concert sans retour" au Théâtre des Bouffes Parisiens
des spectacles jeune public :
"Mooooooooonstres" au Théâtre Paris-Villette
"Alice au Pays des Merveilles" à la Manufacture des Abbesses
"Un Caméléon à Paris" à l'Aktéon Théâtre
et la chronique des autres spectacles de février

Cinéma avec :

le film de la semaine :
"Un paese di Calabria" de Shu Aiello et Catherine Catella
et les chroniques des autres sorties de février

Lecture avec :

"Eloge de la passion" de Carlotta Clerici
"Les mille talents d'Euridice Gusmao" de Martha Batalha
"Les spectacteurs" de Victor Hussenot
"Un bon garçon" de Paul McVeigh

Froggeek's Delight :

"Resident Evil 7 : Biohazard" de Capcom sur PS4, Xbox One et Windows
"Pokolpok" sur Android et iOS, un jeu pour vos enfants
La Switch de Nintendo, elle a tout d'une grande

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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