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puce What if they went to Moscow ?
Théâtre de la Colline  (Paris)  mars 2016

Comédie dramatique conçu et mise en scène par Christiane Jatahy d’après "Les Trois Sœurs" de Anton Tchekhov, avec Isabel Teixeira, Julia Bernat et Stella Rabello.

Inspiré des "Trois sœurs" de Tchekhov, "What if they went to Moscow ?" constitue un spectacle hybride à la croisée des chemins entre la performance théâtrale et le cinéma expérimental, tiré d’une œuvre russe et joué en portugais, avec un titre anglais, dans un mélange des styles et une ambivalence dont est maintenant coutumière la metteuse en scène et réalisatrice Christiane Jatahy, qui aime à questionner ces entre-deux jusque dans leurs plus profonds aspects.

De cet entre-deux justement, il sera question tout au long du spectacle, dont il faut, pour comprendre de quoi on parle, bien expliciter la forme. Les spectateurs sont répartis en deux groupes, le premier assistant à une représentation du spectacle captée par des caméras, qui font avec les techniciens parties intégrantes de la représentation, tandis que l’autre groupe assiste simultanément à la projection du film monté en direct par Christiane Jatahy elle-même.

Les spectateurs sont invités à l’entracte à changer de salle et voient donc l’un à la suite de l’autre les deux versions d’un même spectacle joués deux fois le même soir par la troupe, recto et verso d’une même pièce qui se combinent et se complètent astucieusement.

Est-on sur un plateau de cinéma en train d’assister à un tournage où les vedettes habitées par leur rôle s’empareraient par moment de la caméra pour contrôler leur image et mettre en lumière leur personnage, dans une bataille d’égo hollywoodienne ? Est-on à une fête d’anniversaire où la famille aurait investi dans une caméra pour graver à tout jamais ces instants de vie, bataille perdue d’avance contre le temps qui passe et ne se laisse ni figer ni ralentir ?

Et côté projection, est-on vraiment en train de voir ce qui se passe de l’autre côté de l’écran, tant l’image nous semble furtive, fictive et nos visions si facilement manipulables ? Notre présent est déjà leur passé, disent en substance les comédiennes en ouvrant la pièce lorsqu’elles expliquent dans le détail le déroulé du spectacle, et dans cet entre-deux nous essayons de nous réinventer. Pari osé, mais relevé.

En s’éloignant de l’œuvre de Tchekhov et en l’épurant pour mieux se recentrer sur le trio de sœurs, Christiane Jatahy, qui a intégré dans la pièce divers témoignages de gens à la recherche de leur propre Moscou avec entre autre des témoignages de migrants, en conserve ce qui lui parle le plus et sert sa réflexion sur la difficulté de vivre l’instant dans ce compromis incessant entre le poids du passé, des choix, mais également celui de l’avenir qu’il reste à vivre et à écrire, source d’angoisse autant que d’espoir.

Le spectacle s’ouvre sur l’anniversaire d’Irina (interprétée par la dynamique Julia Bernat), jeune femme encore adolescente oscillant entre le romantisme fougueux et le punk subversif.

Olga (campée par la charismatique Isabel Teixeira) en maîtresse de maison appliquée, femme à la jeunesse flétrie et devenue, pense-t-elle, invisible aux yeux des hommes, accueille les invités et s’assure que chacun soit satisfait, en oubliant de l’être elle-même, tandis que Maria (la belle Stella Rabello, plein de d’amertume et de juste agressivité) ressasse son mariage raté et ses frustrations de passions inassouvies avant de trouver un échappatoire aussi bref qu’inutile dans un flirt extraconjugal.

Transposée dans une ville anonyme brésilienne, la petite vie bourgeoise et provinciale des trois sœurs prend les accents chantants de la langue portugaise, l’enveloppant d’une forme de nostalgie langoureuse à la Cesária Évora qui n’est pas dénuée de charme, et transcendant l’âme russe de l’œuvre initiale pour nous en révéler son universalité, marque de fabrique des chefs-d’œuvre.

La musique est d’ailleurs très présente tout au long du spectacle, d’abord jouée sur scène par la jeune et riante Irina ou diffusée de manière entêtante, tel un petit ronron irritant, allégorie de la monotonie répétitive et prévisible de la vie des trois sœurs, avant d’exploser en mille décibels à l’image du bouleversement intérieur des protagonistes.

De Lou Reed à The Cure, la bande originale du spectacle mêle tous les genres, impulsant sa rythmique à une mise en scène volontairement dynamique et proche des spectateurs, à plusieurs reprises invités sur scène à participer activement, ce qui pallie à certains moments à la lourdeur logistique du tournage (changements répétés de décors, scènes qui se jouent uniquement pour la caméra etc).

Porté par des comédiennes plus que talentueuses qui jonglent entre la complexité de leur personnage et les contraintes imposées par la diversité de formats, une metteuse en scène et réalisatrice inspirée et une équipe technique pointue, ce spectacle est une expérience théâtrale et cinématographique qui, chacune prise séparément ne semble pas aboutie, mais prennent tout leur sens mise bout à bout.

Une expérience tout à la fois déroutante et stimulante qui transcende les genres au service de l’art.

 

Cécile B.B.         
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