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Comédie française  (Paris)  septembre 2016

Drame d’après le scénario de Luchino Visconti, Nicola Badalucco et Enrico Mediolidu du film film, mise en scènede Ivo van Hove avec Claude Mathieu (en alternance Sylvia Bergé), Eric Génovèse, Denis Podalydès, Alexandre Pavloff, Guillaume Gallienne, Elsa Lepoivre, Loïc Corbery, Adeline d’Hermy, Clément Hervieu-Léger, Jennifer Decker, Didier Sandre et Christophe Montenez.

Le metteur en scène Ivo van Hove porte sur scène le film-culte "Les Damnés" de Luschino Visconti qui relate le destin apocalyptique, durant le IIIème Reich, d'une famille d'aristocrates allemands reconvertis depuis une génération dans l'industrie de l'acier.

Et il est aisé de comprendre son projet dès lors qu'il a mis en scène "Kings of War" programmé au Théâtre National de Chaillot en janvier 2016, tant sont patentes les analogies thématiques, en l'occurrence transposées de l'Etat

Et il est aisé de comprendre son projet dès lors qu'il a mis en scène "Kings of War" programmé au Théâtre National de Chaillot en janvier 2016, tant sont patentes les analogies thématiques, en l'occurrence transposées de l'Etat au microcosme d'une "grande famille" névrosée et pathogène, la tragédie familiale, la lutte fratricide, la légitimité du pouvoir, en l'espèce, celle de la dévolution successorale, le rôle "backstage" déterminant des reines, ici d'une femme, l'instrumentalisation des apolitiques et l'influence déterminante du profil psychologique du "leader".

S'il avait procédé à une adaptation des trois opus shakespeariens, "Henri V", "Henri VI" et "Richard III", en les contextualisant, rien de tel pour "Les Damnés" dont il respecte tant la temporalité que le synopsis pour montrer ce qu'il considère comme "la célébration du Mal" et, réfutant le procédé de l'adaptation, dans une démarche qui "consiste à revenir au scénario pour le mettre en scène au théâtre".

En l'occurrence, ce "mal" n'est pas tant le nazisme qui fait office de sinistre toile de fond que celui résultant d'un drame intrafamilial de l'ambition, de la lutte pour le pouvoir et l'argent, de la haine, de la tentation des idéologies élitaires et de la revanche personnelle au sein d'une famille devenue son propre bourreau et prête à se compromettre avec le régime hitlérien. Un drame à l'aune de la tragédie des Atrides et une effrayante métaphore de l'horreur ramenée à l'échelon du microcosme dans lequel les liens du sang ont succombé à une longue pratique de mise à distance des affects.

Tout commence un soir de fête un peu guindé avec la célébration de l’anniversaire du patriarche, le Baron Joachim von Essenbeck, figure archétypale du grand bourgeois du 19ème siècle, et une soirée un peu guindée qui se trouve placée sous le signe de deux mauvais présages : le numéro de cabaret berlinois et de travesti en Marlène de son petit-fils, rejeton "fin de race" du fils aîné, le tant aimé héros tombé sur le "champ d'honneur" de la "Grande" guerre-boucherie armée par ses propres canons, qui entonne la chanson mythique du film "L'ange bleu", et l'événement funeste de l'incendie du Reichstag qui signe la fin d'une époque.

La situation délétère explose à la mort "provoquée" du patriarche alors même que, lucide quant à la politique de celui qu'il nomme "ce monsieur", il se résout à composer avec le pouvoir, compromission au demeurant inévitable pour "assurer la continuité et le prestige de la maison". La curée commence soigneusement supervisée par le suppôt de son maître qui n'est pas un fanatique illuminé mais le stratège policéd'une "nouvelle élite" qui oeuvre de manière échiquéenne au sein d'une famille qu'il connaît bien pour en faire partie.

Entouré de ses fidèles compagnons de route théâtrale, le dramaturge Bart Van den Eynde, le vidéaste Tal Yarden, Eric Sleichim pour la création musicale et le scénographe Jan Versweyveld, Ivo van Hove livre une transposition scénique quasi opératique.

Jan Versweyveld a conçu un dispositif scénique à l'esthétique dépouillée qui repose sur une dichotomie tant chromatique que physique, celle de la glace, avec le froid de l'acier des meubles et accessoires, et du feu, avec le plateau central rouge comme la couleur symbolique de la passion, le feu des forges, le sang répandu et les flammes de l'enfer, qui constitue l'élément central d'un espace scénique organisé en triptyque, de la vie à la mort avec, à jardin, des tables de maquillage et, à cour, des cercueils.

Ivo van Hove y dirige la fine fleur de la troupe de la Comédie française qui officie sous des lumières sépulcrales accompagnés d'une musique originale pour quatuor de saxophones composée par Eric Sleichim, en l'occurrence celui du célèbre Bl!ndman fondé par celui-ci, comparable à une bande-son pour laquelle il a procédé à l'hybridation de musiques anciennes, du baroque allemand aux grandiloquences wagnériennes, avec des sonorités de metal industriel.

Ce qui rapproche la partition du cinéma au demeurant conforté par un usage surabondant des images vidéo projetées sur un écran en fond de scène, Tal Yarden en déclinant toutes les applications possibles, captation en direct, scènes hors-champ, scènes enregistrées et images d'archives, procédés qui multiplient les points de vue tout en saturant le champ de vision.

Pour les spectateurs cinéphiles, la comparaison avec le feutré opus viscontien s'avère inévitable notamment quant aux personnages et l'interprétation de certains des comédiens du Français auront du mal à la soutenir. Eric Génovèse (Aschenbach), Denis Podalydès (le fils Konstantin), Guillaume Gallienne (Bruckmann) ainsi que Loïc Corbery et Adeline D'Hermy formant le couple de "justes" vite laminés se révèlent les plus convaincants.

Dans le rôle de la veuve du héros et mère dénaturée qui ne peut assouvir sa soif de pouvoir que par l'entremise des hommes y compris de son fils, Christophe Montenez au look gothique et à la perversité malsaine trop appuyés, qu'elle maintient dans un état d'infantilisation incestueuse, Elsa Lepoivre, d'une torridité trop explicite, ne fera pas oublier la vénéneuse composition d'Ingrid Thulin.

Pour les autres, cette fresque barbare, que Ivo van Hove a voulu orchestrer comme un rituel de mort, impressionne, saisit et sidère jusqu'au malaise et tous seront sidérés par l'époustouflante maîtrise et virtuosité de l'exercice de style cinétique même si peut heurter le caractère - un peu trop insistant - de certaines des scènes diffusées.

 

MM         
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# 16 juin 2019 : C'est la fête !

Vendredi prochain, ce sera la Fête de la Musique, une raison supplémentaire pour en écouter de la bonne en vous baladant dans notre sélection culturelle de la semaine, avec également bien entendu du théâtre, du cinéma, des expos et de la littératures.

Du côté de la musique :

"Frescobaldi : Toccate e partite d'intavolatura di cimbalo, libro primo" de Christophe Rousset
"Ravel l'exotique" de Ensemble Musica Nigella & Takénori Némoto & Marie Lenormand & Iris Torrosian & Pablo Schatzman
"Rouen dreams" de Jean-Emmanuel Deluxe & Friends
"Antonio Salieri : Tarare" de Les Talens Lyriques & Christophe Rousset
"N'obéir qu'à la terre" de Louise Thiolon
"... Ni précieuse" de Malakit
"Différent" de Monsieur
"Women's legacy" de Sarah Lenka
"At the end of the year" de Thomas Howard Memorial
"Génération guerre sainte" de Torquemada
et toujours :
"Appareil volant imitant l'oiseau naturel" de Boule
"Hypersensible" de Cat Loris
"Strange creatures" de Drenge
Petit tour à Beauregard, qui approche, pour y parler des découvertes. Nous avions déjà évoqué le reste de la programmation
"Strome" de Martin Kohlstedt
"Arrivals & Departures" de The Leisure Society
"Attack of the giant purple lobsters" de Washington Dead Cats

Au théâtre :

les nouveautés de la semaine :
"L'étrange affaire Emilie Artois" au Théâtre de la Contrescarpe
"La Magie de l'argent" au Théâtre Aleph à Ivry
"Huckleberry Finn" au Théâtre de la Huchette
"Noire" au Théâtre du Rond-Point
"Homme encadré sur fond blanc" au Théâtre Tristan Bernard
"Un drôle de mariage pour tous" au Théâtre Daunou
"Guigue & Plo" au Théâtre du Marais
des reprises :
"Hiroshima, mon amour" aux Théâtre des Bouffes parisiens
"Matka" au Théâtre Elisabeth Czerczuk
"Dîner de famille" au Café de la Gare
"Hypo" au Théâtre du Marais
et la chronique des spectacles à l'affiche en juin

Expositions avec :

dernière ligne droite pour :
"Les Nabis et le décor" au Musée du Luxembourg
"Rouge - Art et Utopie au pays des Soviets" au Grand Palais

Cinéma :

les films de la semaine :
"Le choc du futur" de Marc Collin
"Bunuel après l'âge d'or" de Salvador Simo

Lecture avec :

"Au péril de la mer" de Dominique Fortier
"Etre soldat de Hitler" de Benoit Rondeau
"La nation armée" de André Kaspi
"Le karaté est un état d'esprit" de Harry Crews
"Le rêve de la baleine" de Ben Hobson
"Les deux vies de Sofia" de Ronaldo Wrobel
et toujours :
"Alice" de Heidi Perks
"J'ai cru qu'ils enlevaient toute trace de toi" de Yoan Smadja
"Présumé coupable" de Vincent Crase
"Une histoire de la Nouvelle France : Français et Amérindiens au XVI siècle" de Laurier Turgeon
"Vue pour la dernière fois" de Nina Laurin

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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