Musique sep Théâtre sep Expos sep Cinéma sep Lecture sep Bien Vivre
  Galerie Photos sep Nos Podcasts sep Twitch
 
recherche
recherche
Activer la recherche avancée
Accueil
 
puce puce
puce Disgrâce
Théâtre de la Colline  (Paris)  novembre 2016

Comédie dramatique d'après le roman de John Maxwell Coetzee, mise en scène de Jean-Pierre Baro, avec Jacques Allaire, Fargass Assandé, Pierre Baux, Simon Bellouard, Cécile Coustillac, Pauline Parigot, Sophie Richelieu et Mireille Roussel.

Déjà adapté au cinéma avec John Malkovitch dans le rôle du professeur Lurie et plusieurs fois à la scène, "Disgrâce" est certainement le roman de J. M. Coetzee le plus fort écrit par le seul écrivain sud-africain à avoir reçu le Prix Nobel de littérature.

Dans son adaptation limpide, Jean-Pierre Baro suit la trame de l'oeuvre en se fixant sur le personnage de David Lurie, enseignant la poésie dans une université du Cap. Jeune quinquagénaire, séducteur, beau parleur et avide du corps féminin, Lurie se fait piéger par Mélanie, une étudiante issue d'un milieu puritain qui l'accuse de harcèlement.

Pourtant, totalement agnostique, il se soumet à la morale protestante et, sans vraiment se défendre, accepte d'être désigné coupable. Dès lors, il part vivre sa disgrâce chez sa fille qui s'occupe d'une ferme dans la République sud-africaine "profonde", toujours très marquée par les temps révolus de l'Apartheid, et où le nouveau partage entre blancs et noirs se fait dans un climat d'extrême tension, pour ne pas dire de sauvagerie. L'intellectuel qui dissertait de l'engagement de Byron est confronté à un autre monde, un monde où la chair ne rime pas avec plaisir mais avec souffrance, viol et torture.

Cette traversée à rebours est vécu comme une expiation, un mal nécessaire, symbolisant la fin d'un temps où pendant que certains vivaient confortablement dans le monde de l'esprit d'autres, à cause de leurs origines, étaient moins bien traités qu les animaux.

Pour Coetzee le pessimiste radical, l'après apartheid n'annonce pas des temps meilleurs. La vengeance des Noirs ne les rend pas égaux des Blancs. Au contraire, elle les empêche pour longtemps de bâtir une société qui serait capable d'oublier les humiliations passées et surtout de ne pas les reproduire. Quant aux blancs, le professeur en est l'exemple, ils vont découvrir l'abjection et l'horreur, symbolisée ici par le sort réservé aux chiens malades.

A un moment, David Lurie, passant du monde des concepts à celui de la trivialité des travaux agricoles, dit que sa chute vient "de son absence de lyrisme". C'est un propos lucide qui ne s'applique pas à la vision qu'a Jean-Pierre Baro du roman de Coetzee.

En effet, il ne cesse de multiplier les éléments symboliques, de jouer sur les maquillages des uns et des autres, les blancs pouvant s'étaler de la peinture noire sur le visage pendant que les Africaines ont le visage empourprée ou tout bleu.

Pièce sous tension, "Disgrâce" commence dans la lumière. Le professeur fait, selon le moment, de la scène son intérieur où les femmes, maîtresses ou prostituées, s'habillent et se déshabillent au gré de son bon plaisir, ou le plateau devient sa chaire universitaire du haut de laquelle il déverse à son public étudiant ses considérations sur la poésie anglaise.

Et puis, une fois Lurie banni de l'Université, ce décor elliptique qui n'occupait que le devant de la scène laisse place à la cour d'une ferme avec véritable poule noir dans la basse-cour.

Le décor de Mathieu Lorry est très réussi. Sa ferme regorge de détails, comme ces cages abritant théoriquement des chiens, qui prennent une dimension totalement fantastique quand les lumières de Bruno Urinas jouent sur la pénombre ou l'obscurité.

Jean-Pierre Baro donne vie à l'atmosphère lourde qui caractérise l'environnement post-colonial des Afrikaners. Danse de mort, cris dans la nuit, bruits suspects, voilà l'univers où David Lurie, joué par un Pierre Baux très physique, est plongé pour vivre sa "disgrâce" sans apparente rémission, même s'il tente, un instant, de renouer avec l'intimité chrétienne de la famille de Mélanie.

Barro a fait de "Disgrâce" une pièce complexe qui porte en elle toute l'histoire en fusion d'un pays à peine né à lui-même. On pense parfois à l'irrémédiable enchaînement des faits bruts de "Vu du pont" d'Arthur Miller qui vont conduire à la catastrophe.

On a surtout devant soi un vrai travail théâtral dont on garde longtemps l'écho, celui des œuvres nécessaires, qui font sens tout en touchant profondément.

 

Philippe Person         
deco
Nouveau Actualités Voir aussi Contact
deco
decodeco
• A lire aussi sur Froggy's Delight :

Pas d'autres articles sur le même sujet


# 26 mai 2024 : On prépare le summer brain

Le summer brain, c'est comme le summer body mais pour les gens qui préfèrent en avoir dans la caboches plutôt qu'épater la galerie avec leurs pectoraux. Chez Froggy's on essaie de fournir de la matière grise depuis plus de 20 ans ! et n'oublez pas, vendredi 26 c'est la MAG #86 en direct sur notre TV !
Pensez aussi à nous soutenir en suivant nos réseaux sociaux et nos chaines Youtube et Twitch.

Du côté de la musique :

"L'écho des brasiers" de Arbas
"Can't kill me twice" de Blue Deal
"Pasticcio, Paris 1801" de Ensemble Hexaméron
"Venta rumba" de Ezéchiel Pailhès
"I wanna be like you" de Florian Noack
"Le futur est génial" de Jules & Jo
"Bach - Cello suites" de Thomas Jarry
La saison des festivals commencent :
- More Women On Stage #3 avec Jeanne Added, Venin Carmin, Fallen Lillies...
- Rock In The Barn #15 avec Unschooling, JC Satan, Johnnie Carwash ...
et toujours :
"Amour noir" de Bad Juice
"Session" de Bruit d'Avril
"Tonight will only make me love you more" de Caesaria
"What the thunder said" de Elysian Fields
"Une vie cool" de Matt Low
MATW, Soft Michel, Sun, Sunshade, Seppuku, Servo et Dye Crap à découvrir
"The Lake" de Morgane Imbeaud
"La balade sauvage" de Nicolas Paugam
"London tropical" de Space Alligators
"Slydee" de Sylvain Daniel
"Nos chansons préférées de WHY" c'est le 30ème épisode du Morceau Caché

Au théâtre :

les nouveautés :

"Les vagues" au Théâtre de La Tempête
"Molly ou l'Odyssée d'une Femme" au Théâtre Essaïon

"Dictionnaire amoureux de l'inutile" au Théâtre La Scala
"La contrainte" au Théâtre La Verrière de Lille
"Les possédés d'Illfurth" au Théâtre du Rond Point
"Les tournesols" au Théâtre Funambule Montmartre
"Un faux pas dans la vie d'Emma Picard" au Théâtre Essaïon
et toujours :
"L'affaire Rosalind Franklin" au Théâtre de la Reine Blanche
"Un mari idéal" au Théâtre Clavel
"Chère insaisissable" au Théâtre Le Lucernaire
"La loi du marcheur" au Théâtre de la Bastille
"Le jeu des ombres" au Théâtre des Bouffes du Nord
"Capharnaüm, poème théâtral" au Théâtre de la Cité Internationale
"Jean Baptiste, Madeleine, Armande et les autres" au Théâtre Gérard Philipe
"Majola" au Théâtre Essaïon
"Mon pote" au Théâtre de la Manufacture des Abbesses
des reprises :
"Rembrant sous l'escalier" au Théâtre Essaion
"Le chef d'oeuvre inconnu" au Théâtre Essaion
"Darius" au Théâtre Le Lucernaire
"Rimbaud cavalcades" au Théâtre Essaion
"La peur" au Théâtre La Scala

Du cinéma avec :

"Heroico" de Davis Zonana
"Roqya" de Saïd Belktibia
"L'esprit Coubertin" de Jérémie Sein
et toujours :
"Le déserteur" de Dani Rosenberg
"Marilu" de Sandrine Dumas
"Que notre joie demeure" de Cheyenne-Marie Carron
"Amal" de Jawad Rhalib
"L'île" de Damien Manivel
"Le naméssime" de Xavier Bélony Mussel
"Yurt" de Nehir Tuna
"Le squelette de Madame Morales" de Rogelio A. Gonzalez

Lecture avec :

"Le temps des cerises" de Montserrat Roig
"Neuf mois" de Philippe Garnier

"De sable et d'acier" de Peter Caddick-Adams
"Je ne suis pas un héros" de Eric Ambler
"Après minuit" de Gillian McAllister

"C'était mon chef" de Christa Schroeder
"L'embrasement" de Michel Goya
"Nouvelle histoire d'Athènes" de Nicolas Simon

"Hervé le Corre, mélancolie révolutionnaire" de Yvan Robin
"Dans le battant des lames"' de Vincent Constantin
"L'heure du retour" de Christopher M. Wood
"Prendre son souffle" de Geneviève Jannelle
et toujours :
"L'origine des larmes" de Jean-Paul Dubois
"Mort d'un libraire" de Alice Slater
"Mykonos" de Olga Duhamel-Noyer
"Des gens drôles" de Lucile Commeaux, Adrien Dénouette, Quentin Mével, Guillaume Orignac & Théo Ribeton
"L'empire britanique en guerre" de Benoît Rondeau
"La république des imposteurs" de Eric Branca
"L'absence selon Camille" de Benjamin Fogel
"Sub Pop, des losers à la conquête du monde" de Jonathan Lopez
"Au nord de la frontière" de R.J. Ellory
"Anna 0" de Matthew Blake
"La sainte paix" de André Marois
"Récifs" de Romesh Gunesekera

Et toute la semaine des émissions en direct et en replay sur notre chaine TWITCH

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
twitch.com/froggysdelight | www.tasteofindie.com   bleu rouge vert métal
 
© froggy's delight 2008
Recherche Avancée Fermer la fenêtre
Rechercher
par mots clés :
Titres  Chroniques
  0 résultat(s) trouvé(s)

Album=Concert=Interview=Oldies but Goodies= Livre=Dossier=Spectacle=Film=