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Théâtre de la Colline  (Paris)  décembre 2016

Comédie dramatique de Thomas Bernhard, mise en scène de Krystian Lupa, avec Valentinas Masalskis, Viktorija Kuodytė, Eglė Mikulionytė, Arūnas Sakalauskas, Eglė Gabrėnaitė, Rasa Samuolytė, Doloresa Kazragytė, Vytautas Rumšas, Neringa Bulotaitė et Povilas Budrys.

Articulée autour des atavismes autrichiens, dont l'antisémitisme et le nationalisme présidant à l'acclamation de l'Anschluss sur l'Heldeplatz, "Place des Héros", opus ultime, considéré comme testamentaire, du dramaturge autrichien Thomas Bernhard franchissant, après l'irritation et la cruauté, la dernière étape, celle de la destruction, délivre une synthèse de son anathème réunissant ses imprécations récurrentes et illustre le processus de désintégration humaine auquel tout homme est soumis quel que soit son degré de conscience et de déni.

Et, surtout, il argumente la seule alternative possible pour l'intellectuel-spectateur face au monde post-Holocauste à travers une entité autofictionnelle et bicéphale, celle des deux frères Schuster, universitaires issus de la grande bourgeoisie juive viennoise.

Josef Schuster, avatar de Stefan Zweig, qui avait choisi l'exil avant de revenir au pays natal pour habiter volontairement dans un appartement situé Place des Héros qui concoure à la déficience mentale de son épouse (Doloresa Kazragyté), habituée comme Wittgenstein des cures à la clinique Steinhof, choisit d'assumer l'agonie du monde et opte pour le suicide renonçant même à l'achèvement de son grand oeuvre philosphique.

Son frère ainé, Robert Schuster (Valentinas Masalskis), nihiliste absolu doublé d'un pessismiste existentiel, choisit la réclusion dans la maison familiale, une demeure tchekhovienne dont la pommeraie est soumise à la destruction urbanistique.

Placée sous la règle de l'unité de temps et d'action et la situation de l'attente, comme pour "Des arbres à abattre" également mis en scène par Krystian Lupa, la partition se déroule en trois temps dilatés du jour des funérailles. Le rythme est lent, la dilatation du temps d'une journée fatale et sans rédemption pour tous les protagonistes, quelle que soit leur attitude, de l'indifférence à la frayeur,,

Le premier, équivalent d'une longue scène d'exposition, trace un portrait en creux sans complaisance du défunt, un homme aussi raffiné et cultivé que tyrannique et méprisant, à travers les consignes et confidences délivrées par la gouvernante (Eglé Gabrenaité), la véritable maîtresse de maison, à la jeune bonne nouvelle recrue un peu sotte (Rasa Samuolyté).

Dans le second, au cours d'une halte en compagnie de ses nièces aux tempéraments opposés (Viktorija Kuodyté et Eglé Mikulionyté) dans le parc jouxtant le cimetière, le "survivant" Robert Schuster prend la parole et la monopolise pour asséner sans relâche ses antiennes mortifères de la vie dont le seul but est la mort et de l'apocalypse immanente sanction inéluctable contre un monde dont il décrypte l'état de décomposition en fulminant tous azimuts.

De la provocation, en indiquant que tout Viennois est un criminel de guerre ou que le suicide collectif est la seule issue, à la vitupération, il dénonce, outre la stupidité générale qui régit le monde devenu un "cloaque sans esprit ni culture", la faillite des idéologies, les fléaux du socialisme et du catholicisme pervertis, la défaite de la pensée, la compromission et le cynisme des politiques, la disparition de la culture dispensée par les élites universitaires remplacées des professeurs issus du prolétariat petit-bourgeois ou d'une paysannerie grossière, les masses subjuguées par la culture journalistique indigente et le le théâtre exsangue ramenée à un expédient régulateur de la digestion.

Le dernier acte, avec le repas "cénique" en compagnie de proches et du fils (Vytautas Rumsas, Povilas Budrys, Neringa Bulotaité et Arunas Sakalauskas) et le bouquet de lys, à la symbolique explicite de soumission à la volonté divine, apporté par la gouvernante, tient lieu d'épilogue avec le dénouement de ce "cap au pire" de l'Histoire. Sous un ciel menaçant et des grondements de foule, le dénouement scénographié par Krystian Lupa prend l'allure d'une très esthétisante déflagration performative à la Pistoletto.

Dans un décor monumental de couleur sépia telle la photo jaunie d'un monde disparu, le metteur en scène polonais Krystian Lupa, dont faire l'éloge ressort au superfétatoire, dirige avec maestria cette pièce de morts-vivants et les comédiens du Lithuanian National Drama Theatre sis à Vilnius qui excellent notamment dans la maitrise du jeu non verbal.

Avec une mention spéciale à Viktorija Kuodyté et Eglé Mikulionyté pour leur qualité d'interprétation et d'écoute et à Valentinas Masalskis, magistral figure bernhardienne.

 

MM         
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# 10 novembre 2019 : Non à la morosité

Faites une pause avec l'actualité, faites une pause avec les réseaux sociaux et profitez plutôt de notre sélection culturelle hebdomadaire avec des tas de belles raisons de se réjouir un peu. C'est parti pour le sommaire.

Du côté de la musique :

"We were young when you left home" de Tim Linghaus
"Glam shots" de Rich Deluxe
"Imago" de Manuel Etienne
"Women" la 4ème émission de notre podcast radiophonique Listen In Bed
"Silent scream" de Holy Bones
"Stregata / stregato" de Gilia Girasole & Ray Borneo
"Révolution" de David Kadouch
"Jusqu'ici tout va bien" de Bazar Bellamy
Lysysrata, It It anita et The Eternal Youth au Normandy
et toujours :
"A l'oblique" de Phôs (Catherine Watine & Intratextures)
"So cold streams" de Frustration
"Liszt : O Lieb !" de Cyrille Dubois & Tristan Raes
"Au revoir chagrin" de Da Silva
"Ca" de Pulcinella
"Roseaux II" de Roseaux
"Symphonic tales" de Samy Thiébault
"Ca s'arrête jamais" de The Hyènes
"Ils se mélangent" de Djen Ka
Rencontre avec Joséphine Blanc accompagnée d'une session 3 titres acoustiques
"Funkhauser" de My Favorite Horses
Oiseaux Tempête et Jessica Moss au Grand Mix de Tourcoing

Au théâtre :

les nouveautés avec :
"Une des dernières soirées de Carnaval" au Théâtre des Bouffes du Nord
"Les Mille et Une Nuits" au Théâtre national de l'Odéon
"21 Rue des Sources" au Théâtre du Rond-Point
"La dernière bande" au Théâtre Athénée-Louis Jouvet
"Mademoiselle Julie" au Théâtre de la Tempête
"Que Crèvent tous les protagonistes" au Théâtre 13/Seine
"Léonard de Vinci, l'enfance d'un génié" au Studio Hébertot
"L'Effort d'être spectateur" au Théâtre du Rond-Point
"Le Nouveau Cirque du Vietnam - Teh Dar" à l'Espace Chapiteaux de La Villette
"Olympicorama - Epreuve n°4 : le 100 mètres" à la Grande Halle de La Villette
"La Diva divague" au Théâtre de Dix Heures
des reprises :
"Les Membres fantômes" au Théâtre La Flèche
"Change me" au Théâtre Paris Villette
"Corneille Molière - L'Arrangement" au Théâtre de l'Epée de Bois
"Qui croire" à la Comédie de Béthune
et la chronique des spectacles à l'affiche en novembre

Expositions avec:

"Greco" au Grand Palais

Cinéma avec :

les sorties de la semaine :
"Noura rêve" de Hinde Boujemaa
"Countdown" de Justin Dec
la chronique des films à l'affiche en octobre
et la chronique des films à l'affiche en novembre

Lecture avec :

"Profession romancier" de Haruki Murakami
"Feel good" de Thomas Gunzig
"Histoire mondiale de la guerre froide (1890-1991)" de Odd Arne Westad
"L'avenir de la planète commence dans notre assiette" de Jonathan Safran Foer
"L'écho du temps" de Kevin Powers
"Psychotique" de Jacques Mathis & Sylvain Dorange
"Une famille presque normale" de M T Edvardsson
et toujours :
"A comme Eiffel" de Xavier Coste & Martin Trystam
"Demain est une autre nuit" de Yann Queffélec
"L'extase du selfie et autres gestes qui nous disent" de Philippe Delerm
"La frontière" de Don Winslow
"Les quatre coins du coeur" de Françoise Sagan
"Miracle" de Solène Bakowski
"N'habite plus à l'adresse indiquée" de Nicolas Delesalle
"Une vie violente" de Pier Paolo Pasolini

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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