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Gustav Mahler : les symphonies en coffret  janvier 2017

Ces carnets s’adressent aux mélomanes, néophytes ou confirmés et tente, dans une subjectivité réfléchie mais totalement assumée, de faire un tri dans la discographie de différents compositeurs.

Mahler : les symphonies en coffret

Cette proposition de discographie idéale s’appuie d’abord sur l’interprétation et sur la qualité d’enregistrement.

"Si profonde, profonde soit la douleur du monde, l’extase est plus profonde encore que le chagrin ! La douleur s’écrie : passe ton chemin ! Mais toute extase aspire à l’éternité ! A la profonde, profonde éternité !" Also sprach Zarathustra, F. Nietzsche

Parce qu’il est absolument indissociable du compositeur Autrichien, c’est indiscutablement vers Leonard Bernstein qu’il faut se diriger. Le chef d’orchestre avait plus d’une affinité humaine et esthétique avec Mahler qu’il participa grandement à repopulariser. Bernstein n’a jamais connu Mahler, mais il avait rencontré de nombreuses fois sa femme et Bruno Walter, chef d’orchestre très proche du compositeur auquel il succéda au New-York Philarmonic et qui participa à sa reconnaissance. Mahler et Bernstein étaient tous deux d’origine juive (c’est loin d’être un point de détail : la judéité de Mahler est de manière sous-jacente totalement inscrite dans son œuvre, ce qui explique la force autobiographique de sa musique, dans sa vision et son rapport au monde ; dans l’Autriche de la XIXème siècle était un véritable handicap, rappelons que pour devenir directeur de l’opéra, il dû se convertir au catholicisme), compositeur et chef d’orchestre.

Par contre, il vous faudra choisir entre l’excellence de deux intégrales, la première chez Sony datant des années 60 avec Le New York Philharmonic, la seconde chez DG avec différentes orchestres (Le New York Philharmonic, le Royal Concertgebouw Orchestra et le Wiener Philharmoniker) datant des années 80.

Les partisans de ces deux intégrales s’opposent à coup d’arguments esthétiques : la première qu’il faudra absolument choisir dans sa version remasterisée est considérée comme la plus proche de l’écriture du compositeur avec son soin extrême apporté au respect de la partition, l’orchestre y est fantastique de précision et de relief (grâce à Bruno Walter, le New York Philharmonic est l’orchestre Mahlerien type).

La seconde, peut-être la référence du genre, montre un Bernstein au sommet de son art avec les meilleurs orchestres (qui peut mieux interpréter Mahler que le Wiener Philharmoniker, et c’est le chef Américain qui le rappela à l’orchestre…) prenant un peu plus de liberté, ce que qui peut en agacer certains, mais en y mettant beaucoup plus de lui-même dévoilant avec flamboyance, force et caractère toute la puissance, les nuances, les divers contrastes (la fin du romantisme, les musiques traditionnelles…) la subtilité et la poésie du maître Autrichien. Une version extatique. Pour faciliter le choix, les deux sont à posséder…

Une poésie que l’on retrouve chez Kubelik avec le Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks qui offre des versions incroyablement dramatiques (la première, la troisième sont juste sublimes, quant à la septième aucune autre version n’arrive à l’égaler) d’une totale compréhension de la musique donnant à l’orchestre un élan fantastique, de superbes couleurs et une cohérence dans l’interprétation.

Une cohérence que tutoie Václav Neumann avec sa version, sûrement la plus naturelle et dénuée de pathos, presque pastorale et sylvestre, organique, superbe dans son équilibre des pupitres mais le Czech Philharmonic orchestra, et c’est bien dommage, n’a pas le talent (dans les bois notamment) et le génie du chef d’orchestre.

L’intégrale de Tennstedt avec le London Philharmonic Orchestra fait aussi fi de toute surenchère, malheureusement elle est dénuée de toute chaleur humaine ce qui peut être totalement rédhibitoire. On préféra alors l’incroyable clarté qui se dégage de celle d’Eliahu Inbal avec le Radio Sinfonie Orchester Frankfurt qui sans être absolument superbe ne manque pas de sel, en tout cas en manque moins que celle de Simon Rattle bien en dessous de ce à quoi le chef nous avait habitué.

Parmi les grands chefs, nous pouvons citer Riccardo Chailly, Michael Gielen, Paul Kletzki, Claudio Abbado, Georg Solti, Seiji Ozawa, Giuseppe Sinopoli, qui ont tous sortis de très honorables intégrales mais souvent trop sages ou trop lisses pour nous emporter vraiment, seul Bernard Haitink avec le Royal Concertgebouw Orchestra sort son épingle du jeu de la plus belle des manières.

A recommander également deux intégrales regroupant des interprétations historiques chez Membran (avec Kubelik, Walter, Reiner, Mengelberg, Klemperer, Mitropoulos).

Par contre, fuyez les versions de James Levine, Evguéni Svetlanov, Leif Segerstam ou Lorin Maazel outrageusement dramatique (cette lenteur incompréhensible chez Maazel), Tabakov avec un horrible orchestre de Sofia.

En symphonie isolée, le choix pourrait se porter vers :

- pour la première symphonie : Bernstein (DG), Solti (Decca Legends) et Dudamel pour la jeune génération,

- pour la seconde symphonie : Haitink et naturellement Zubin Mehta, mais la version audacieuse du jeune Vladimir Jurowski ne laisse pas de marbre,

- pour la troisième : Bernstein et Boulez tous les deux chez DG,

- pour la symphonie numéro quatre, plus difficile à appréhender, nous recommanderons : Kondrachine, Walter, Abravanel et Haitink,

- pour la symphonie numéro cinq : Chailly (Decca), Solti mais surtout Neumann (Brilliant),

- pour la sixième : Barbirolli est une référence, mais Bernstein, Boulez, Harding, et Haitink s’en sortent aussi plus qu’honorablement,

- pour la septième : hormis Bernstein…

- dans la huitième : Boulez, Chailly et Solti chez Decca,

- dans la neuvième : Sanderling, Boulez, Giulini, Abbado, Klemperer, Alan Gilbert et même Karajan,

- et enfin pour la dixième : Bernstein, Harding et Sanderling.

En résumé : ruez-vous vers Bernstein (les deux versions) et Kubelik, osez une intégrale en version historique (souvent trouvable à un prix tout à fait abordable) et fuyez James Levine, Tabakov et Lorin Maazel.

 

Le Noise (Jérôme Gillet)         
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