Musique sep Théâtre sep Expos sep Cinéma sep Lecture sep Bien Vivre
  Galerie Photos sep Nos Podcasts sep
 
recherche
recherche
Activer la recherche avancée
Accueil
 
puce puce
puce Les Poètes sont encore vivants
Xavier Gayan  mars 2017

Réalisé par Xavier Gayan. France. Documentaire. 1h10 (Sortie le 8 mars 2017).

Quand il affirme, sans point d'exclamation, avec une tranquillité désarmante, que "les poètes sont encore vivants", Xavier Gayan prend un grand risque et intrigue.

S'il s'était contenté prudemment de poser la question "les poètes sont-ils encore vivants ?", il aurait pu, sur le mode de l'enquête sociologique, mettre un plan devant l'autre pour y répondre sans parti-pris et sans implication.

Ce n'est pas ce qu'il fait dans un film dense et stimulant qui a le toupet de faire, en dix-sept poètes, un tour d'horizon qui ne prétend pas à l'exhaustivité, mais montre la richesse de la poésie française contemporaine.

Cette pauvre vieille poésie que l'on avait laissé à l'orée des années cinquante, après le triomphe de "Paroles" de Jacques Prévert, à quelques spécialistes et à quelques auteurs étudiés en maternelle ou en CP, comme Jean Tardieu ou René-Guy Cadou. Pire encore, le Prix Nobel était échu à Saint John Perse, sans tirets et sans lecteur.

Laissée moribonde, la poésie n'avait désormais plus droit dans la cité qu'à une journée héritage de Jack Lang qui affirmait gratuitement, à la suite de Jean-Patrick Capdevieille, qu'il y avait "cinquante millions de poètes"

Il y aura donc un avant et un après "Les poètes sont encore vivants" de Xavier Gayan. Désormais, on ne pourra pas dire qu'on ne savait pas : la France, à l'image des autres pays du monde, reste une terre féconde de poésie et de poètes.

A l'aide d'un dispositif apparemment très simple, mais nécessitant un montage savant qui ne se voit pas tant il paraît naturel, Xavier Gayan interroge chacun leur tour des écrivains qui ont choisi de rester fidèles à un genre pour le moins très confidentiel.

Dans ce catalogue qui pourrait n'être qu'une somme hétéroclite cherchant à faire croire par l'accumulation à la richesse de la poésie française, on est, au contraire, surpris par la qualité constante des auteurs, par l'intérêt de leurs propos et par la sérénité qui se dégage de l'ensemble.

On est bien loin du cliché qui voudrait que la poésie soit aux mains d'auteurs lyriques, ésotériques, voire narcissiques, qui taquineraient la lyre loin des réalités du monde, retirés dans leurs provinces.

Non. Comme le disait jadis Léo Ferré, la poésie retrouvée et vivifiée dans le film de Xavier Gayan est dans la rue. Ce n'est pas un hasard, si l'affiche du film montre l'un des dix-sept intervenants, Charles Pennequin, un porte-voix rouge à la bouche. La poésie reste une clameur qu'on peut toujours entendre.

Si Charles Pennequin est un peu le fil rouge tonitruant des "poètes sont encore vivants" de Xavier Gayan, il n'est pas le seul à porter haut et fort son art poétique. "La poésie est un exercice de vigueur" proclame Jacques Darras, ajoutant qu'elle "n'est pas un sport de fillette"

Expérience personnelle, comme le dit Marc Delouze, en ajoutant que "Mes poèmes, ce sont mes serpillères. J'écris pour nettoyer le noir en moi", la poésie est aussi un moyen pour entrée dans la culture française comme l'affirme Souleymane Diamanka, auteur d'origine peulh, qui constate que "ça aide d'avoir beaucoup de mots".

Dans cette anthologie qui n'en est pas une, mais qui donne envie de lire tous les poètes interviewés, Xavier Gayan n'a privilégié aucune forme de poésie. On peut slamer comme déclamer, être dans l'intime ou dans la révolte, s'inventer une langue, comme Jean Portante et sa "langue-baleine", ou rester dans un très beau classicisme à l'instar d'Yvon Le Men, fortement influencé par Guillevic.

La poésie, cela peut être aussi avant tout une expérience très simple, à l'image de ce qu'exprime Lysiane Rakotoson quand elle parle qu'il s'agit "d'écouter l'eau".

Evidemment, on aurait aimé que "Les poètes sont encore vivants" de Xavier Gayan dure plus de 70 minutes, preuve que le sujet est traité sans lourdeur. Il faut ajouter que le film est formellement impeccable, au point de pouvoir saisir chaque poète dans la banalité attendue d'une bibliothèque, dans un paysage urbain, devant un mur ou au passage d'un bateau-mouche.

Voyage initiatique vers un art que l'on croyait à jamais perdu, "les poètes sont encore vivants" de Xavier Gayan est en soi une sorte de poème que l'on quitte avec un sentiment de plénitude. Plus qu'un documentaire, cet essai filmé est habité par son sujet.

>
 

Philippe Person         
deco
Nouveau Actualités Voir aussi Contact
deco
decodeco
• A lire aussi sur Froggy's Delight :

Pas d'autres articles sur le même sujet


# 19 mai 2019 : Préparez vos cadeaux

On ne va pas couper à la Fête des mères, alors autant offrir des chouettes cadeaux. Voici une sélection de disques, spectacles, livres et même jeux vidéo pour vos mamans. C'est parti !

Du côté de la musique :

Interview de Romain Humeau de Eiffel autour de "Stupor Machine" accompagnée d'une session acoustique avec le groupe au complet
"Chostakovitch" de Artemis Quartet
"Marilou" de Equipe de Foot
"Le fil d'ariane" de Marianne Piketty & Le Concert idéal
"Trois frères de l'orage : Quatuors de Schulhoff, Haas, Thèmes et variations de Krasa" de Quatuor Béla
"Saisons" de Quintette Aquilon
Jean Pierre Kalfon et Jad Wio aux Rendez vous d'ailleurs
et toujours :
"Beatnik or not to be" de Elias Dris
"Dogrel" de Fontaines D.C.
"Dans le lieu du non-où" de L'Etrangleuse
"Leopold Mozart : Missa Solemnis" de Bayerische Kammerphilarmonie & Alessandro de Marchi
"Traversée" de Chrystelle Alour
"L'odysée remix" de Fred Pallem & Le Sacre du Tympan
présentation du Hellfest Open Air Festival #14
"Les cuivres sur le toit" de Paris Brass Quintet
Hublot EP" de Solal Roubine
"Home is everywhere EP" de Nara

Au théâtre :

les nouveautés de la semaine :
"Happy Child" au Théâtre de la Bastille
"True Copy" au Centquatre
"Cataract Valley" aux Ateliers Berthier
"Folie" au Théâtre du Rond-Point
"Dans la solitude des champs de coton" à la Grande Halle de La Villette
"Logiquim-pertubable-dufou" au Théâtre du Rond-Point
"The importance of being earnest" au Théâtre Athénée-Louis Jouvet
"Amours, mode d'emploi" au Théâtre des Mathurins
"Déshonorée" au Théâtre de l'Opprimé
"Jacob, Jacob" au Théâtre-Sénart
"Qui croire " à la Comédie de Reims
les reprises :
"Roses" au Théâtre de la Bastille
"Fin de partie" au Théâtre Essaion
"La Mate" au Théâtre du Rond-Point
et la chronique des autres spectacles à l'affiche en mai

Cinéma :

Oldies but Goodies avec "Divorce à l'italienne" de Pietro Germi
et la chronique des autres sorties de mai

Lecture avec :

"A la droite d'Hitler" de Nicolaus Von Below
"Des hommes en noir" de Santiago Gamboa
"Honorer la fureur" de Rodolphe Barry
"Les anges de Babylone" de Ghislain Gilberti
"Sa majesté des ombres" de Ghislain Gilberti
"Travelling" de Christian Garcin & Tanguy Viel
et toujours :
"A jeter sans ouvrir" de Viv Albertine
"Carnets clandestins" de Nicolas Giacobone
"Le sauvage" de Guillermo Arriaga
"Les carnets de guerre de Louis Barthas 1914-1918" de Fredman
"Toute une vie et un soir" de Anne Griffin
"War is boring" de David Axe & Matt Bors

Froggeek's Delight :

"A plage tale : Innocence" de Asobo / Focus sur PS4, XBOX et PC

"Day's Gone" sur PS4

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
www.myspace.com/froggydelight | www.tasteofindie.com   bleu rouge vert métal
 
© froggy's delight 2008
Recherche Avancée Fermer la fenêtre
Rechercher
par mots clés :
Titres  Chroniques
  0 résultat(s) trouvé(s)

Album=Concert=Interview=Oldies but Goodies= Livre=Dossier=Spectacle=Film=