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Interview  mars 2017

Eva underground

"Ne serait-ce que dans les nuages, ils relèvent parfois des visions les plus surréalistes, des seconds paysages avec des baies et des fleuves ; le travail ou le lâcher-prise de l'œil pour embellir nos perceptions du monde." (Eva)

À la première écoute, l’envie est de comparer Eva avec ses influences qui sont Brel, Barbara, Léo Ferré, Bashung, Les Rita Mitsouko, Noir Désir, Janis Joplin et The Doors… Je me permets d’ajouter Dionysos et Hubert-Félix Thiéfaine. Mais cessons ces recherches d’influences et concentrons-nous sur Eva.

Eva : auteure, interprète et autoproduction.

Eva surprend déjà par sa jeunesse, sa beauté, son charisme, son écriture, sa voix, sa musique.

Eva surprend c’est certain.

Eva semble se placer dans un style underground sombre, où le soleil ne pointe guerre ses rayons.

Pourquoi le style sombre attire tant d’artistes ? Ils disent des choses. Ils disent leur(s) douleur(s). Ils cherchent. Mais cherchent-ils vraiment ? En vérité je veux dire. Ce serait une question à poser. Mais bon là n’est pas le sujet, ne nous égarons pas.

Nous allons maintenant rencontrer cette jeune femme talentueuse : Eva.

La première question est obligatoire pour tous les artistes. Si vous rencontrez quelqu’un atteint d’une grave maladie qui vous dit : "Votre musique, votre voix, soulagent mes douleurs pour un instant", quel effet cela vous fait-il ?

Eva : Cela me ferait plaisir. C’est un des buts de la musique, sortir de soi le temps de quelques notes.

Vous êtes très belle, photogénique. Prenez-vous une grande importance à votre image, disons à l’apparence d’Eva ?

Eva : Disons que l'esthétique du projet me tient effectivement à cœur et me permet en plus d'expérimenter d'autres formes artistiques.

Avez-vous pensé que votre personnage d’Eva puisse influencer un auteur de BD ?

Eva : Non je n’y ai jamais pensé, mais ce serait super.

Et si un auteur vous demande s’il peut s’inspirer de votre personnage d’Eva pour une héroïne dans son univers de bédé, accepteriez-vous ?

Eva : Bien sûr, ce serait avec grand plaisir.

(Nous avons parlé de cela, il faut qu’on y réfléchisse, que je vois avec mon dessinateur James Mellange, s’il est prêt pour une BD, autrement j’aimerais voir ce qu’Eva sait faire. Elle a plusieurs flèches à son arc notre musicienne. C’est cool.)

Venons-en à l’écriture. J’ai lu à quelque part que vous écriviez d’abord avant que vos textes ne deviennent des chansons. Pensez-vous écrire un livre ou un recueil de divers textes ?

Eva : Oui, j'aimerai beaucoup écrire un recueil.

Qu’est-ce qui vous inspire pour l’écriture ?

Eva : Beaucoup de choses… Je dirais principalement la poésie, les rêves, la mythologie, le mysticisme, etc.

Vous laissez-vous vite émouvoir par les médias ou prenez-vous du recul ?

Eva : Si on n'en prenait pas, on finirait tous noyés dans le mensonge, la haine et la peur. Et puis la télé en moins, c'est déjà ça de gagné contre toutes ces images parasites.

(C’est là que je lui dis que la télévision, il faut croire 50 % de ce qu’on nous dit, rien de ce qu’on nous montre.)

Comment vous sentez-vous dans notre société ?

Eva : Je pense qu’il y a des moyens de se sentir bien malgré tout, cela dépend des jours.

Est-ce cela qui vous a amené à écrire et à jouer de la musique ?

Eva : Oui. C’est une combinaison entre une forme de révolte et de malaise. Mais également l’attrait pour les belles choses et leurs mystères qui tient alors d'un jeu entre contemplation et imagination.

Un moyen de s'échapper de la cruauté du réel. Ne serait-ce que dans les nuages, ils relèvent parfois des visions les plus surréalistes, des seconds paysages avec des baies et des fleuves... On peut voir un refuge dans ces grandes cités célestes.

Ne trouvez-vous pas que "rock" est un peu trop vague pour définir votre musique ?

Eva : Oui. Je ne sais pas donner de nom précis : rock psyché, baroque…

Je vous propose "rock underground".

Eva : Oui, ça me va.

Si j’ajoute à la liste de vos influences Dionysos, Hubert-Félix Thiéfaine et Diane Dufresne (plus pour les recherches vestimentaires) et enfin Siouxsie and the Banshees, que dites-vous de cela ?

Eva : J’accepte, bien entendu.

À qui s’adressent vos chansons ?

Eva : À qui veut bien m'écouter.

Pensez-vous pouvoir communiquer avec des "vieux" écoutants (oui j’utilise ce terme car je n’aime pas le mot "fan") du rock ?

Eva : J’espère, parce que la majeure partie de mes influences ne sont pas de ma génération.

À l’écoute de vos cinq morceaux sur Soundcloud, dont je sais qu’ils vont être retravaillés, on s’imagine mal un public danser, mais plutôt "obligé" de vous écouter, de vous regarder, car au visionnement des photos sur votre page Facebook, vous devez être fascinante sur scène. Qu’en pensez-vous ?

Eva : Peut-être qu'il est moins facile de danser lorsqu'on est dans la phase de découverte de morceaux surtout quand leurs paroles sont en français, après je ne sais pas, peut-être aussi que ça varie selon les endroits.

Comment composez-vous votre musique ? Sur Facebook, j’ai lu : "On bosse, on bosse, nouvelle compo en prépa" (le 19.12.15).

Eva : Je compose avec Raphael Novarina, un pianiste, dans un home studio.

La scène ou l’album sont-ils le but principal de votre travail ?

Eva : Les deux. C’est une forme de satisfaction différente. L’album c’est sur le long terme, la scène c’est plus intense.

Deux photos m’ont particulièrement frappées sur Facebook. L’une je l’ai commentée : "L’instinct rock". En fait j’hésitais avec "L’instant Rock". L’autre photo je l’ai commentée : "Comme habitée par le rock". Je voulais utiliser le terme théologique "inhabité", mais non, je suis resté sur "habitée". Qu’en pensez-vous ?

Eva : Merci ! J'espère que vous avez raison et que j'arrive à transmettre l'énergie que je ressens quand je suis sur scène.

La scène est-elle importante pour vous ?

Eva : Oui, complètement.

Quelle est votre relation avec le public ?

Eva : Quelque chose que je trouve beau et positif, en tout cas je me sens toujours très heureuse après chaque concert.

Êtes-vous sensible aux remarques de vos écoutants ? Ont-elles une influence sur vous ?

Eva : Oui, toujours.

Dans "Contradiction", il y a dans vos paroles justement une série de contradictions comme "colombe sans aile" ou "une prison de liberté". Que voulez-vous dire par "Un dragon en détresse" ?

Eva : C’est un clin d’œil à la princesse dans sa tour et le dragon qui est censé la garder.

Le texte de "Contradictions" est bien écrit et chanté à merveille. Mais il y a un petit détail qui me déplait lorsque vous dites "les contradictions d’sa vie". Alors que vous avez une prononciation magnifique, on peut lire sur vos lèvres. Que pensez-vous de ma remarque ?

Eva : Je n’y avais pas pensé.

(Nous avons ensuite discuté un peu sur le sujet, Eva est tellement aimable qu’elle ne se froisse en rien d’une telle remarque. J’ai vu en elle une vraie artiste demandeuse, toujours prête à apprendre à enrichir son univers pour mieux nous le partager. Merci Eva.)

Parlez-nous un peu de ce clip admirable et inspiré. Comment vous est venue l’idée de la suite de ces images ?

Eva : L'idée était de combiner des images qu'on avait tournées nous-mêmes et certaines libres de droits, le tout assemblé dans une forme proche d'une sorte de "zapping" laissant à chacun une libre interprétation, comme le réveil d'un rêve où beaucoup d'informations s'entrechoquent et crée souvent des histoires inexplicables. Les thèmes centraux tournent principalement autour des vanités, l'angoisse du temps dans une ambiance globalement onirique et mystérieuse.

Le dalmatien (ma race de chien préférée) représente-t-il une contradiction, comme votre beau maquillage noir et blanc que l’on aperçoit dans le clip ?

Eva : Oui, il rentre dans le thème.

Trouvez-vous qu’il y a beaucoup de contradictions dans ce monde ? Pouvez-vous nous donner un ou plusieurs exemples ?

Eva : Oui, je pense que tout est contradiction, qu'elle est la source même de l'existence de chaque chose et qu'en la considérant comme la trame même de ces choses, sans essayer d'aller au-delà, en arrêtant de la considérer dans sa dualité, on peut atteindre une forme d'unité…

Vous êtes belle, votre look vous sied à merveille. Vous semblez très mature, intelligente. Mais voilà, vous allez prendre de l’âge. Est-ce que vous pensez à cela, par exemple à planifier votre carrière, ou alors vivez-vous au jour le jour, le lendemain se suffisant à lui-même ?

Eva : Je ne planifie rien. L’avenir est une donnée non existante, ce qui arrive est rarement ce qu'on avait prévu.

Vous avez dit, je l’ai lu quelque part, que la musique primait. Pourtant le clip, les photographies, semblent démontrer qu’Eva a plusieurs intérêts presque aussi importants, non ?

Eva : Oui, disons que la musique est aussi le bon prétexte pour toucher un peu à tout.

Eva est votre vrai prénom. Savez-vous ce qu’il veut dire ?

Eva : Vie ou donner la vie.

En fait il veut dire littéralement la vivante. Il y a un chant en latin qui oppose Ave, le salut de l’Ange Gabriel à Marie la Nouvelle Eve, à Eve (Eva) qui a fauté (mais qui a cru ensuite et qui est appelée Mère de vivants, Marie étant la Mère des vivants en perfection).

Je vous laisse conclure :

Eva : Merci beaucoup pour cette interview et vos questions, c'était super de discuter avec vous !

Nous quittons avec regret Eva... (Attendez là, qui a dit que j’ai payé Eva pour qu’elle me complimente ? Non mais…)… et nous nous réjouissons de voir fleurir une telle artiste qui va très certainement nous donner encore à entendre des choses. Et c’est "donc trop cool" (Eva).

 

En savoir plus :
Le Soundcloud de Eva
Le Facebook de Eva

Crédits photos : DR (avec l'aimable autorisation d'Alexandre Dumont)


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# 13 août 2017 : Comme un air de Week End

Cette semaine, avec son pont du 15 août, va ressembler à un long week end qui se termine en beauté par le festival de La Route du Rock. Voici quand même quelques petites chroniques à lire à vos heures perdues, entre 2 averses ou 2 concerts, avant la plage, après la sieste...

Du côté de la musique :

"Soleil de Tokyo" de Imagho
Classique, vous avez dit classique ? autour de Igor Stravinsky et le Sacre du Printemps
"Cluster" de An Pierlé
EP de My Own Ghosts
"Un Renaud pour moi tout seul" de Monsieur Lune
et toujours :
"La vie sur les os" de Géraldine Torres
"Goodnight Rhonda Lee" de Nicole Atkins
"Oh, Sealand" de Oddfellow's Casino
"Every valley" de Public Service Broadcasting
"A Rift in Decorum : Live at the Village Vanguard" de Ambrose Akinmusire
"A new kind of freedom" de The Celtic Social Club
Youri Defrance et Jupiter & Okwess, ni vus ni connus mais à découvrir
Pondichery Bomb en session de la semaine
Interview de François Floret à propos de la Route Du Rock 2017
dernier petit tour du côté des Vieilles Charrues

Au théâtre :

les divertissements de l 'été :
"Les Faux British" au Théâtre Saint-Georges
"Un petit jeu sans conséquence" à la Comédie de Paris
"Le jardin d'Alphonse" au Théâtre Michel
"Mon meilleur copain" à la Comédie Caumartin
"Rupture à domicile" au Théâtre du Splendid
"Le Dindon" au Théâtre Le Lucernaire
"Oui !" au Café de la Gare
"Tout le monde peut se tromper" au Café de la Gare
"Et pendant ce temps Simone veille" à la Comédie Bastille
"Ceci n'est pas une comédie romantique" au Théâtre Le Funambule-Montmartre
et à ne pas rater "L'écume des jours" au Théâtre de la Huchette

Exposition avec :

la dernière ligne droite pour "Karel Appel - L'Art est une fête !" au Musée d'Art moderne de la Ville de Paris

Cinéma avec :

les films de la semaine :
"Une femme douce" de Sergei Loznitsa
"Lumières d'été" deJean-Gabriel Périot
les chroniques des sorties de juillet

Lecture avec :

"L'ordre du jour" de Eric Vuillard
"La lanterne des morts" de Janine Boissard

Froggeek's Delight :

"Great Giana Sisters" histoire d'un jeu et d'un plagiat

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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