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Théâtre de l'Epée de Bois  (Paris)  avril 2017

Comédie dramatique de Tadeusz Slobodzianek, mise en scène de Justine Wojtyniak, avec Zosia Sozanska, Julie Gozlan, Fanny Azema, Serge Baudry, Tristan Le Doze, Zohar Wexler, Georges Le Moal, Gerry Quévreux, Stefano Fogher et Claude Attia.

"Notre Classe" de Tadeusz Slobodzianek est une pièce imparable. A travers le destin d'une dizaine de camarades de classe dans un petit village polonais des années 1930, elle rappelle avec une lucidité désespérante comment l'Histoire a eu raison de leur amitié et de leur humanité.

Quand survient l'occupation soviétique, puis l'occupation allemande, leur joyeuse camaraderie vole en éclats. Des pogroms où l'on massacre les copains juifs aux règlements de comptes idéologiques où l'on s'en prend à ses ennemis de classe, toutes les situations sont évoquées dans une combinatorique infernale.

Si quelques-uns sortent indemnes physiquement du grand massacre des années 1940, ce n'est pas pour ça qu'ils traversent le reste de ce siècle d'effroi sans que leurs ailes d'enfants ne soient brûlées.

Traduite dans un beau français par Cécile Bocianowski, "Notre Classe" pourrait n'être qu'une pièce didactique de plus à fort potentiel éducatif au point que sa théâtralité passerait au second plan. Ce n'est pas ce qu'a voulu Justine Wojtyniak qui sait ce que mettre en scène veut dire.

Ce qui l'a intéressé ce ne sont pas les péripéties d'un récit fort qui dit clairement l'ignominie d'un grand nombre de polonais, mais tous ses fantômes qui s'accumulent, une fois l'ignominie actée et justement transformée en nouvelle péripétie qui s'agglutine aux précédentes pour perdre sens et substance. Ainsi naît l'oubli, quand les petites histoires, fussent-elles tragiques et ignobles, forment un écran de fumée morbide qui embrouillardit la réalité de l'Histoire.

Et son idée première aura été que si les hommes passent, leurs habits restent, qu'ils forment une montagne impossible à faire totalement disparaître. On se souvient de l'oeuvre monumentale en vêtements conçue par Christian Boltanski.

C'est une ronde à la Schnitzler que Justine Wojtyniak orchestre et ce n'est pas un hasard si chacun des protagonistes joue d'un instrument. On n'oubliera donc pas de signaler l'importance des costumes de Manon Gignoux et celle de la musique alerte de Stefano Fogher aux accords dignes d'un Goran Bregovic dans la réussite de son entreprise.

Comme dans les films de Kusturica, la vie est ici un joyeux miracle tragique et l'on décèle, derrière chacun des personnages, des échos de cette contradiction. Sur scène, c'est un chassé-croisé d'acteurs qui s'habillent physiquement et se déshabillent mentalement, qui disent leurs vérités dans un soupir et leurs mensonges dans un rire, ou inversement.

Tous participent à ce carnaval avec une générosité rare. Tous sont à citer pêle-mêle, dans cette accumulation chorégraphiée qui s'achève en parade fellinienne : Zosia Sozanska, Julie Gozlan, Fanny Azema, Serge Baudry, Tristan Le Doze, Zohar Mexler, Georges Le Moal, Gerry Quévreux, Stefano Fogher et Claude Attia.

Voulant guérir de cette "blessure du silence" qu'elle ressent en constatant la mémoire hémiplégique - voire tétraplégique - de la Pologne, qui occulte son "histoire juive", Justine Wojtyniak a d'abord voulu cautériser les plaies là où ça fait le plus mal.

Elle l'a fait avec les armes d'un théâtre libre qui n'a pas oublié les acquis du théâtre moderne, notamment ceux de Tadeusz Kantor, son grand compatriote, qui en savait beaucoup en matière de dynamitage des fausses apparences et de redressement des mémoires tordues.

"Notre Classe" n'appelle pas à l'insuffisant "devoir de mémoire", mais clame et proclame le besoin d'une insurrection, si possible plus gaie que triste, pour que les fantômes de la mémoire perdue ressurgissent enfin tels qu'ils étaient quand ils n'étaient que de simples humains promis à de simples vies.

 

Philippe Person         
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Voilà terminé le festival de Cannes, place maintenant aux autres festivités, musicales, théâtrales et cinématographiques tout au long de l'été, sous le soleil ou sous la pluie, à Paris, Saint Malo ou Avignon... en attendant voici le programme de la semaine !

Du côté de la musique :

"The silver veil" de Raoul Vignal
Interview de Teleferik accompagnée d'une session électrique, retour sur "Lune electric" avant le prochain album
"No shape" de Perfume Genius
"How I met Mozart" de Pierre Génisson
"Travelling soul" de Gunwood
"Always Kevin" de Inuit
"2 & 2" de Margot Cotten
Boulevard des Airs au Zenith de Dijon
Peter Peter et Requin Chagrin au Grand Mix de Tourcoing
et toujours :
"Life is cheap, death is free" de Nadia Tehran, "Tigreville" de Pierre Lebas, "Libre voyage dans les musiques des Balkans" de Quintet Bumbac, "Volcan" de Volin, "Hedonism" de Cakes Da Killa, "A l'ombre du coeur" de Contrebrassens, "Dirt buzz" de Dallas Frasca, "Fast forward" de Federico Casagrande, "Growing old" de Grand March, "A close land and people" de Julien Vinçonneau Quartet

Au théâtre :

les nouveautés de la semaine :
"Des hommes en devenir" au Théâtre Paris-Villette
"Ceux qui avaient choisi" au Théâtre de la Contrescarpe
"Clair de femme" au Théâtre Le Guichet-Montparnasse
"Les Amis du placard" au Théâtre de Nesle
"Cabaret Liberté !" au Théâtre de Poche-Montparnasse
"Chat Noir !" au Théâtre 13/Jardin
"Manhattan Sisters - Le spectacle !" au Théâtre Trévise dans le cadre du Festival Musical In
"Antoine Zebra - Plus rien ne m'arrête" au Théâtre Essaion
dans le cadre du Festival des écritures contemporaines au Théâtre Ouvert :
"Longwy-Texas"
"Le Roi sur sa couleur"
"Troisième Personne"
"Mon corps n'obéit plus"
"Cléopâtre est une créature"
"C'est bien au moins de savoir ce qui nous détermine à contribuer à notre propre malheur"
dans le cadre de l'Ecole du Théâtre de l'Atalante :
"Getting Attention" et "Le Traitement"
des reprises :
"Interview" au Monfort Théâtre
"Jeanne et Marguerite" au Studio Hébertot
et la chronique des autres spectacles de mai

Exposition :

dernière ligne droite pour "Des Grands Moghols aux Maharajahs - Joyaux de la Collection Al Thani" au Grand Palais

Cinéma avec :

les films de la semaine :
"Drôles d'oiseaux" de Elise Girard
"Lou-Andréa Salomé" de Cordula Kablitz-Post
"Departure" de Andrew Steggall
"Suntan de Argyris Papadimitropoulos
les chroniques des autres sorties de mai
et les chroniques des sorties d'avril

Lecture avec :

"Demon, tome 1 & 2" de Jason Shiga
"Du feu de l'enfer" de Sir Cedric
"Rendez vous à Positano" de Goliarda Sapienza
et toujours :
"J'ai choisi d'être libre" de Henda Ayari
"La fille du fossoyeur" de Joyce Carol Oates
"La vie sexuelle des soeurs siamoises" de Irvine Welsh

Froggeek's Delight :

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Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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