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puce Christian Dior - Couturier du rêve
Musée des Arts décoratifs  (Paris)  Du 7 juillet 2017 au 7 janvier 2018

Le Musée des Arts décoratifs célèbre simultanément la Haute Couture, l'élégance à la française et le 70ème anniversaire de la Maison Dior avec la sublime rétrospective "Christian Dior - Couturier du rêve" qui se développe dans un espace gigantesque en investissant les deux niveaux dédiés à la mode et l'ensemble des volumes de la Nef.

Organisée en partenariat avec la Maison Dior et la Maison Swarovski, fabricant du cristal éponyme utilisé en parure de mode, du strass aux bijoux, et son fournisseur pérenne, elle s'avère tant d'une magnificence spectaculaire que d'une sagacité roborative.

Conçu par Olivier Gabet, historien d'art et directeur dudit musée, et Florence Müller, conservateur des arts du textile et de la mode à la Fondation Avenir du Denver Art Museum, son déroulé chrono-thématique réserve bien des surprises au regard d'un intitulé qui, sous obédience monographique, embrasse toute l'histoire de cette maison.

De même que la simplicite graphique vintage de l'affiche ne rend pas compte de la spendide scénographie élaborée par Nathalie Crinière scandée par des points d'orgue saisissant tels le colorama déclinant modèles, accessoires et produits dérivés en un superbe arc-en ciel et la salle à la Dan Flavin qui, à l 'instar d'une galerie de l'évolution, retrace l' "Allure Dior" dans une hybridation contemporaine de la galerie et du palais des glaces.

Christian Dior, la Haute Couture en majesté

A l'aube des années 1950, Christian Dior forme avec Pierre Balmain, Jacques Fath et et Jacques Heim le quatuor des mousquetaires de la décennie prodigieuse 1947-1957 qui institutionnalise la Haute Couture et consacre définitivement Paris comme capitale mondiale de la mode, période qui a été décryptée en 2014 par l'exposition du Palais Galliera "Les Années 50 - La mode en France 1947-1957".

En 1947, avec le soutien financier de l'industriel Marcel Boussac, ce collectionneur et galeriste reconverti à la mode suite à des revers de fortune ouvre son fief au 30, avenue Montaigne.

Il connait un succès aussi fulgurant qu'international dès sa première collection, avec notamment le tailleur "Bar" et la robe "Corolle", devenus des modèles iconiques, proposant une silhouette nouvelle qui, sous la plume de Carmel Snow, rédactrice en chef du Harper's Bazaar, sera lancée sous l'appellation "New Look".

En à peine une décennie, il s'éteint prématurément en 1955, il définit un esprit et une allure qui seront maintes fois copiés mais jamais égalés.

L'exposition se développe en une combinatoire synergétique entre les goûts et passions de l'homme, soutenue par une immersion dans la vie et l'univers de Christian Dior par de nombreux documents iconographiques, les tropismes du couturier et l'exceptionnelle inscription dans le temps rythmée par trois centaines de modèles.

Sa naissance dans une famille aisée de la grande bourgeoisie industrielle, son enfance avec les étés dans la campagne normande, la présence de sa mère amatrice tant de jardins que de soirées mondaines, sa vie dans le Tout Paris artiste des années 1930 déterminent son inspiration créatrice.

Et, surtout, une culture ancrée dans le passé, même s'il était ouvert aux avant-gardes de son temps, du néo-humanisme au cubisme en passant par le surréalisme, qu'il soutenait dans son activité de galeriste et de curateur, avec une prédilection pour les fastes de la Belle Epoque et le néo-classicisme du 18ème siècle, celui-ci faisant l'objet d'un des focus de l'exposition avec la salle "Trianon" reconstituant un salon de l'Ancien régime avec la robe à panier revisitée.

A noter que le parcours est scandé par plusieurs bienvenus focus thématiques dont celui sur la photographie de mode avec, ab initio, un des clichés de la série "Dovima et les éléphants" de Richard Avedon et ceux de Cecil Beaton et William Klein reproduits sur tulle derrière lesquels apparaissent les robes correspondantes.

Le visiteur pourra également apprécier l'hommage rendu au savoir-faire technique des collaborateurs, tels notamment les parfumeurs qui ont assuré la descendance de "Miss Dior", le premier parfum Dior et la fragrance de coeur de Christian Dior.

Et, dans la section "Paris", outre les intemporelles "petites" robes noires noires dites "robes du petit soir", les créations de la collection "Un hommage aux monuments de Paris" du directeur de la Haute fourrure Frédéric Castet.

Ains que l'évocation de celui de toutes les "petites mains" de l'ombre avec la salle des toiles d'atelier présentées comme des ex-votos dans une cathédrale immaculée.

En premier lieu, se révèle une inspiration bucolique avec la fascination pour le thème floral qui constitue un des focus thématiques scandant le parcours avec la salle "Les Jardins Dior" dans laquelle les robes exquises se dévoilent des dais de cascades de fleurs en papiers blanc.

A peine l'espace d'un souffle de la fleur à la femme, un femme idéale et idéalisée, toutes deux considérées par Christian Dior comme des "créations divines" et ses "femmes-fleurs aux épaules douces, bustes épanouis, tailles fines comme des lianes et jupes larges comme des corolles", réminiscences de la silhouette corsetée du 18ème siècle ainsi que des élégantes du siècle suivant.

Ainsi naît la silhouette "New Look" au galbe stylisé en rupture avec la ligne garçonne des années 1920 et les carrures épaulées des années 1940 qui ouvre le second temps de l'exposition avec un florilège bichromatique.

Par ailleurs, Christian Dior est un amateur d'art éclairé qui inscrit ses affinités artistiques au rang de ses sources d'inspiration ce que les commissaires avalisent par une mise en résonance récurrente de la couture avec les beaux arts et les arts appliqués avec notamment des oeuvres picturales.

Ainsi, par exemple Claude Monet,"Le Jardin de l’artiste à Giverny" de Claude Monte pour les jardins ou "La Carmencita" de John Singer Sargent qui accompagne les modèles d'inspiration ibérique.

Parmi ses tropismes figure l'attrait de l'évasion et de la variation autour de l'importation de codes vestimentaires de nature "exotique" qui, dès le début de la Haute Couture, avec les vogues artistiques, du japonisme à l'orientalisme, inspirent et inspireront tous les couturiers selon leur sensibilité.

Après la disparition de Christian Dior, ses fondamentaux dioriens perdurent, repris et déclinés par les directeurs artistiques successifs dans une dynamique de tradition dans la modernité par voie de réappropriation.

A commencer par le premier en date, "le Petit Prince de la mode" Yves Saint Laurent, par lui formé qui, cependant, dès 1958, imprimera sa "marque" en instillant le virage de la ligne "Trapèze".

Il en sera de même pour Marc Bohan avec sa première collection "Slim Look" avant de phagocyter et l'ADN de la Maison Dior où il demeure pendant près de trente années. Lui succèdent le maniérisme baroque à l'italienne de Gianfranco Ferré, l'exubérante excentricité à l'anglaise de John Galliano, sans doute, certes turbulent, le vrai fils spirituel du Maître, et l'épure du design belge avec Raf Simons.

Tous bénéficient d'une salle dédiée qui permet d'apprécier la continuité dans la novation ainsi que la dernière en date, la styliste Maria Grazia Chiuri, transfuge de Valentino, qui a pris ses fonctions en 2016.

La monstration s'achève en apothéose dans la Grande Nef transformée en immense salle de bal placée sous une ambiance lumineuse randomisée, dont une bleutée irisée, couleur de la pierre exclusive baptisée "Aurore Boréale" créée par la Maison Swarovski dès le début de sa collaboration avec Christian Dior.

Christian Dior est le couturier du rêve, rêve bien sûr pour le commun de la gent féminine mais réalité pour une élite, celle ancestrale du gotha avec ses têtes couronnées, celle historiquement nouvelle venue de la haute bourgeoisie et enfin les stars et personnalités "people" qui ordonnent donc trois pôles de monstration : le bal aristocratique ("Versailles et J'adore"), la soirée mondaine ("Le Bal Dior") et les événements médiatiques ("Les Stars Dior").

Avec un florilège de robes de "grand bal" selon l'étiquette de l'élégance, la Maison Dior ne faillit pas à l'héritage de celui qui disait "Mes robes font de chaque femme une princesse".

 

 

En savoir plus :

Le site officiel du Musée des Arts décoratifs

Crédits photos : MM (Plus de photos sur La Galerie)
avec l'aimable autorisation du Musée des Arts décoratifs


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