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Stravinsky Complete Edition - Le Sacre du Printemps  (Deutsche Grammophon / Sony)  août 2017

Ces carnets s’adressent aux mélomanes, néophytes ou confirmés et tentent, dans une subjectivité réfléchie mais totalement assumée, de faire un tri dans la discographie de différents compositeurs.

Cette proposition de discographie idéale s’appuie d’abord sur l’interprétation et sur la qualité d’enregistrement.

Stravinsky : Complete Edition

Ce coffret est une sorte de miracle dont Deutsche Grammophon est le responsable. Toute personne qui aime le répertoire du grand maître Russe devrait, non, doit absolument posséder cette intégrale. Il faut dire que la firme allemande n’a pas fait les choses à moitié, aboutissement d’un travail de recherche s’étalant sur plusieurs années, piochant dans ce qu’elle avait de mieux dans son catalogue. Et le résultat est flamboyant, il n’y a aucune version qui soit en deçà de l’excellence. Excusez du peu : L’oiseau de feu, Petrouchka, Le Sacre du printemps, Le rossignol par Pierre Boulez (avec le Chicago Symphony Orchestra et le Cleveland Orchestra), le chef Français, omniprésent, étant une référence chez Stravinsky.

On trouve également : Pulcinella par Claudio Abbado, Les Noces par Bernstein, Oedipus Rex dans une version incroyable avec James Levine à la baguette et le Chicago Symphony Orchestra, le concerto pour violon avec Anne-sophie Mutter, The Rake’s Progress avec John Eliot Gardiner, le London Symphony orchestra et un plateau vocal de rêve (Ian Bostridge et Bryn Terfel), la symphonie en mi bémol par Mikhail Pletnev (que l’on retrouve dans la version sous forme de suite de L’oiseau de feu), et des versions d’une rare pertinence par le compositeur et chef d’orchestre Oliver Knussen d’Abraham and Isaac, Faune et bergère, Ode, les Requiem Canticles, etc.

A tout cela s’ajoutent des enregistrements historiques (le concerto pour violon avec Samuel Dushkin et dirigé par le compositeur, L’Histoire du soldat par Igor Markevitch avec Jean Cocteau en narrateur, Le sacre du Printemps par Pierre Monteux…), un livret biographique intéressant et une interprétation simplement sublime, de la version pour deux pianos du Sacre du printemps avec Martha Argerich et Daniel Barenboim. Un tel niveau semble incroyable et pourtant… indispensable ? Parce qu’il contient toute l’œuvre du génial compositeur (permettant de (re)découvrir des pièces inconnues ou presque) et par la grandeur et la perfection de la très grande majorité de ses versions, alors oui, absolument.

Stravinsky : Le Sacre du printemps

"Tout ce qu’on a écrit sur la bataille du Sacre du Printemps reste inférieur à la réalité. Ce fut comme si la salle avait été secouée par un tremblement de terre. Elle semblait vaciller dans le tumulte. Des hurlements, des injures, des hululements, des sifflets soutenus qui dominaient la musique, et puis des gifles, voire des coups. On y voyait entre autres Maurice Delage, rouge, grenat. Vraiment grenat d’indignation. Maurice Ravel, combatif comme un petit coq furieux. Léon-Paul Fargue, vociférant des épithètes vengeresses vers les loges sifflantes. Je me demande comment cette œuvre si difficile pour 1913 peut être dansée et jouée jusqu’au bout dans un tel vacarme. On a tout raconté à ce sujet : les danseurs n’entendant plus la musique, Nijinsky très pâle, criant les temps des coulisses, Diaghilev tonnant des ordres de sa loge. Seul Pierre Monteux, à la tête de l’orchestre, restait impassible, et blindé comme un crocodile. Le spectacle était pourtant d’une beauté surprenante." Valentine Hugo.

29 mai 1913. Théâtre des Champs-Elysées Le Sacre du Printemps est joué pour la première fois dans une chorégraphie de Vaslav Nijinski. Avec comme sous-titre Tableaux de la Russie païenne, l’œuvre est divisée en deux parties : L’adoration de la terre et Le sacrifice, et célèbre l’arrivée du printemps en Russie et le sacrifice d’une jeune adolescente pour remercier les dieux. C’est un scandale sans précédent et difficilement imaginable à notre époque. Un combat entre les modernes et les classiques. Le public se retrouvera face à une œuvre brute, bouleversante aussi bien sauvage, bestiale qu’absolument poétique. Harmoniquement mais rythmiquement surtout c’est une révolution, déjà largement amorcée avec L’oiseau de feu en 1910 ou Petrouchka en 1911. Et que dire du ballet de Nijinski qui rompt avec tous les codes de la danse classique.

On retrouve dans ce chef d’œuvre ce qui fait la musique de Stravinsky : la révélation par le rythme, la variété contrapuntique, la beauté des timbres, les subtilités des procédés de traitement thématique, le foisonnement mélodique, rythmique et métrique.

A noter avant d’aller plus loin, que Sony a sorti (à un prix plus que correct) il y a quelques années pour célébrer le centième anniversaire de l’œuvre un coffret réunissant dix versions de "référence" dont Stokowski avec le Philadelphia orchestra, Seiji Ozawa avec le Chicago Symphony Orchestra, Boulez avec l’orchestre de Cleveland, Leonard Bernstein avec le London Symphony Orchestra… forcément indispensable !

Très (trop) souvent enregistré, les différentes versions du Sacre ne se valent pas. Pierre Monteux fut le premier à l’enregistrer en 1929 à la tête de l’Orchestre symphonique de Paris. Il fut suivi la même année par Stravinsky lui-même avec l’Orchestre des Concerts Straram puis, l’année suivante par Leopold Stokowski avec l’Orchestre de Philadelphie.

Comment séparer cette œuvre de Pierre Boulez, tellement cette musique correspond mélodiquement et rythmiquement au chef d’orchestre et inversement, qui mieux que le Français faisait sonner et rendait audible toute la puissance, toutes les superbes nuances de la musique du compositeur Russe. Mais les versions (la version de Cleveland de 1969 est sûrement la meilleure) de Boulez ne doivent pas faire oublier d’autres très belles interprétions. Comment ne pas être subjugué par la version ahurissante de force et de beauté d'Esa-Pekka Salonen avec le Los Angeles Phiharmonic. Le chef Finlandais surpasse sa première version datant de 1989 avec un souffle incroyable, même si certains pourront le trouver froid et désincarné, moins primitif peut-être. Pourtant, l’orchestre y déploie une force organique, une violence expressive et une sublime finesse des timbres. Une finesse que l’on retrouve dans la version de Mariss Jansons avec le Royal Concertgebow Orchestra. Même si l’on regrettera le choix des ingénieurs du son de mettre trop en avant les basses et les percussions, quelle variété de climats !

Question climats, la version de Philippe Jordan avec un sublime Orchestre de l’Opéra National de Paris n’est pas en reste tout comme celle en 1971 de Kubelik, toute en extrême tension, avec l’Orchestre Symphonique de la Radio bavaroise. Il ne faudra surtout pas oublier également les versions grisantes d’Antal Dorati (la version de 1959 et non celle de 1953 bien moins intéressante), De Markevitch, Bernstein et d’Ozawa. Si vous préférez la virtuosité, je ne saurais que vous conseiller Gergiev avec l’Orchestre du théâtre Mariinsky ou Gustavo Dudamel avec le Simon Bolivar Youth orchestra Of Venezuela. Deux versions exceptionnelles. Et puis une mention toute particulière pour la version (celle remaniée de 1947) dantesque, jouée comme une véritable tornade de Teodor Currentzis, jeune chef absolument talentueux qui à n’en pas douter marquera avec son ensemble Musicaeterna de son empreinte l’histoire des musiques. Enfin pourquoi ne pas jeter une oreille curieuse, mais attentive à la version de Don Sebesky (musicien et arrangeur pour le label CTI) combinant musique classique et variations, improvisations jazz.

Le Sacre du printemps est tel une bête féroce, abrupte et rugueuse, rigoureuse, exigeante techniquement (surtout rythmiquement) qui ne convient pas à tous les chefs ou à tous les orchestres. Il conviendra donc de ne pas s’attarder sur les versions avant les années 50 et de s’attacher plus particulièrement aux versions modernes, à partir de celle de Monteux avec l’orchestre de Boston en 1951 où l’orchestre fait enfin preuve de précision dans l’interprétation. S’y casseront les dents : Rattle (1978), Fricsay (1954), Colin Davis, Ashkenazy, Bychkov… Reste le cas Karajan, ses choix esthétiques (dans les tempos, les phrasés, le romantisme exacerbé) étant aux antipodes de la musique de Stravinsky capable du meilleur (avec l’orchestre de Berlin en 1977, une surprise, mais sans atteindre les versions citées plus haut) et du moins bon (en 1963 et 1978).

 

Le Noise (Jérôme Gillet)         
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