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puce Le Jour d'avant
Sorj Chalandon  (Editions Grasset)  août 2017

"Tu sais quoi ? Tu n’iras pas au charbon, tu iras au chagrin. Même si tu ne meurs pas. Même si tu survis à la poussière, aux galeries mal étayées, à la berline qui déraille, à la violence du marteau-piqueur, à la passerelle glacée quand tu reviens au jour. Même si tu prends ta retraite sur tes deux jambes, tu ramèneras cette saloperie de charbon avec toi. Tu auras laisse du cœur au fond. Tu seras silicosé Joseph. Tes poumons seront bons à jeter dans la cuisinière pour allumer le feu. Tu seras empoisonné. Tu seras à moitié sourd, à moitié mort."

Voilà les mots adressés par le père de Michel à son fils ainé Joseph quand ce dernier lui annonce qu’il a l’intention de devenir mineur. Michel, lui, plus jeune, rêvait de rejoindre son frère à la mine. Mais la catastrophe du 27 décembre 1974 a mis fin à ces rêves. Ce jour-là, 42 mineurs étaient tués par le coup de grisou à la fosse Saint-Amé. Grièvement blessé, Joseph Flavent devait mourir quelques semaines plus tard. Un an plus tard, son père paysan, qui redoutait ce travail dans la mine, se pendait dans un hangar de son exploitation, laissant un mot dans sa poche "Michel, venge nous de la mine".

Après la disparition de son père et de son frère, Michel quitte le Nord et ses paysages de terrils pour s’exiler à Paris, rencontrant sa femme Cécile, en attendant sa revanche. Il n’a qu’un but, venger son frère, faire payer les houillères qu’il jugeait responsables de la mort de son frère. Quarante ans après la catastrophe, à la mort de sa femme Cécile, veuf et sans attache, il décide de revenir dans le Nord pour punir un vieux contremaître, le dernier survivant, un certain Lucien Dravelle. En finir avec cet homme, c’est mettre fin à sa rage. Fermer le livre des tourments. Rendre hommage à ceux de Liévin. Et offrir une vraie tombe à Joseph.

Son frère, mort quelques semaines après à l’hôpital, n’a pas obtenu les mêmes honneurs que ses camarades, son nom n’est pas inscrit sur le monument aux morts érigé à l’entrée de la ville. Michel ne l’accepte pas. Il n’accepte pas non plus la culpabilité de la société minière qui, en ne veillant pas à ses responsabilités, n’a pas respecté les normes de sécurité. Personne n’a été désigné responsable et condamné pour cette catastrophe.

Michel va se venger et se retrouver au tribunal. C’est alors qu’intervient un véritable coup de théâtre, à peu près au milieu du livre, qui vient donner du sens à tout le début de l’histoire et expliquer le titre du livre qui devient subtil alors qu’au départ il paraissait banal. Le livre devient alors encore plus passionnant et on dévore les 150 dernières pages d’une traite tant on est pressé de connaître le dénouement. Tout devient fluide, on se rend compte que certains détails du début du livre était en fait des indices qui, assemblés, forment le puzzle final. On retourne lire quelques passages du début du livre. Fantastique, Sorj Chalandon a construit une œuvre brillante et troublante. La construction du livre est maligne et l’intrigue est très bien menée.

Le livre qui au départ était censé être un livre sur la vengeance devient alors un livre sur la culpabilité et le déni. C’est aussi un livre hommage aux mineurs morts ce 27 décembre 1974. Sorj Chalandon écrit magnifiquement bien. Tout sonne juste dans son livre : la description des paysages noirs du Nord de la France, le réquisitoire de l’avocat général lors du procès et la plaidoirie de la défense. La confrontation entre les deux avocats résume parfaitement les deux mondes qui s’affrontent, les deux sociétés aussi.

Le profil psychologique du personnage principal du livre, Michel, écrit avec une grande finesse, nous permet d’osciller entre empathie et incompréhension à son égard tout au long du livre. L’émotion est présente à chaque page, l’écriture de l’auteur est emplie de tendresse. Tendresse vis-à-vis des personnages mais aussi des lieux parcourus par le livre.

En terminant ce livre, on sort grandi et rempli de connaissances sur la mine, sur les relations entre patrons et ouvriers, sur la paysannerie mais surtout sur les ressorts de l’âme humaine. Dénué de positionnement idéologique, loin de vouloir faire pleurer dans les terrils, Sorj Chalandon laisse le lecteur se poser les bonnes questions et en tirer les conclusions idéales.

Sorj Chalandon est un grand écrivain, un humaniste qui porte toujours un intérêt pour les grandes causes. Son dernier livre, le jour d’avant est un roman magnifique, bouleversant, sur la culpabilité, l’injustice et le questionnement de soi.

 

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Jean-Louis Zuccolini         
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# 18 août 2019 : Au rythme des vacances

Petite édition toute en légèreté mais avec quelques belles choses à découvrir notamment pas mal de livres de la rentrée littéraire et une session du Flegmatic pour vous rafraichir les idées. C'est parti pour le sommaire.

Du côté de la musique :

"Time for a change" de Pokett
"Tone of musette" de Le Balluche de la Saugrenue
"Symi" de Symi
Une autre interview de Inspector Clouzo à Terre de sons, après notre rencontre avec The Inspector Clouzo lors de leur passage à Foreztival
et toujours :
"Onda" de Jambinai
"Fire" de Part Time Friends
"Simon Chouf & le Hardcordes trio" de Simon Chouf
"EP n°1" de The Reed Conservation Society

Au théâtre :

une nouveauté :
"What is love" au Théâtre de la Contrescarpe
des reprises
"La Chute" au Théâtre de la Reine Blanche
"Le corps de mon père" au Théâtre Essaion
"Louise Weber dite La Goulue" au Théâtre Essaion
et la chronique des spectacles à l'affiche en août

Expositions avec :

"Champs d'amours - 100 ans de cinéma arc-en-ciel" à l'Hôtel de Ville
et dernière ligne droite pour "Helena Rubinstein - L'Aventure de la Beauté" au Musée d'Art et d'Histoire du Judaïsme

Cinéma avec :

"Roubaix, une lumière" de Arnaud Desplechin
"Thalasso" de Guillaume Nicloux
et Oldies but Goodies avec "Paris est toujours Paris" de Luciano Emmer en version restaurée

Lecture avec :

"Cavalier seul" de Fred & Nat Gévart
"Ce qu'elles disent" de Miriam Toews
"Cent millions d'années et un jour" de Jean Baptiste Andrea
"Chaque fidélité" de Marco Missiroli
"Où bat le coeur du monde" de Philippe Hayat
et toujours :
"Koba" de Robert Littell
"Back up" de Paul Colize
"La grande escapade" de Jean Philippe Blondel
"Un peu de nuit en plein jour " Erik L'Homme
"Une bête au paradis" de Cécile Coulon
"Une joie féroce" de Sorj Chalandon

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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