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Interview  (Paris)  jeudi 30 mars 2017

On a rencontré Jay-Jay Johanson à Paris à l'occasion du concert des 20 ans de son premier premier album Whiskey. Le concert avait dû être reporté en raison d'un mouvement social à Beaubourg où devait avoir lieu la soirée. Lorsque nous arrivons dans le lieu de rendez-vous à proximité du Centre Pompidou, il nous explique que trois fans turques avaient choisi de passer quelques jours de vacances en France exprès pour venir assister au concert, ce dont ils l'avaient prévenu via les réseaux sociaux. Il nous demande donc si on connaît un bar avec un piano pour leur interpréter quelques titres en toute simplicité le soir même, puisque ses fans ne pouvaient revenir à Paris à la date de report du concert. C'est donc plutôt dans le cadre d'une conversation que démarre cette interview, en évoquant de la situation en Turquie.

Vous suivez l'évolution de la situation politique en Turquie ?

Jay-Jay Johanson : Bien entendu. J'y suis allé plusieurs fois et j'ai des amis là-bas. J'avais participé en 1998 à un des premiers festivals rock en Turquie, à l'affiche duquel était aussi Goldfrapp. Le festival était sponsorisé par une marque de bière. Deux ans plus tard, leur partenariat avait été interdit, ce qui avait coulé ce festival. Et quelques années plus tard, c'est ce genre de rassemblement qui avait été interdit. Et aujourd'hui, il y a peu de groupes occidentaux qui se produisent encore en Turquie.

Moi, lorsque j'y vais c'est pour rencontrer le public, mais je ne suis pas indifférent à la situation politique. On me reproche parfois de jouer en Turquie ou en Russie, mais je ne le fais pas parce que je soutiens le régime d'Erdogan ou de Poutine, je le fais pour rencontrer mon public qui est souvent jeune et a envie d'ouverture vers le reste du monde. Beaucoup d'artistes refusent de mettre les pieds dans ces pays en raison de la situation politique. Au contraire, moi j'y vais parce que je connais mon public et que c'est à eux que j'ai l'impression d'amener une forme de soutien. En France, mon public commence à prendre de l'âge parce que nombre d'entre eux sont des fidèles qui me suivent depuis longtemps. Mais en Turquie et en Russie, ils m'ont découvert plus récemment et mon public est essentiellement composé de jeunes gens. Ma carrière est très différente selon les endroits du globe.

La semaine prochaine, je me rends pour la première fois en Tunisie, c'est une rencontre avec le public dont je suis curieux. Certains spectateurs m'ont déjà écrit sur Facebook pour me dire qu'ils connaissaient quelques chansons et avaient hâte de découvrir ma musique en concert. Ça fait forcément plaisir.

Sur Whiskey, qui fête ses 20 ans, vous chantez "I feel much older now" (je me sens plus vieux maintenant). Comment vous sentez-vous lorsque vous interprétez cette chanson aujourd'hui ?

Jay-Jay Johanson : Ça fait 22 ans maintenant que j'ai écrit et enregistré cette chanson. Ces années sont passées très vite, il m'est arrivé plein de choses. Je n'ai pas du tout l'impression d'avoir vingt-deux ans de plus que lorsque j'ai écrit cette chanson. Or lorsque j'ai écrit cette chanson, j'étais un solitaire. Pendant mon adolescence, je n'étais pas quelqu'un de joyeux. Je me posais des questions sur ce que j'allais faire de mon avenir. Je savais que je voulais quitter la petite ville où j'avais grandi. Je me suis lancé à cœur perdu dans le travail, la peinture, la musique. Des chansons comme "I'm older now" ou "My love is gone" ont été très importantes pour moi à cette époque de ma vie.

Quand on écrit son premier album, et c'est le cas de la plupart des artistes, on jette sur le papier des sentiments tels qu'on les ressent aux alentours de vingt ans, et qu'on est dans une période d'attente et de doute. On retrouve souvent d'ailleurs des thèmes récurrents dans les premiers albums, les premiers chagrins d'amour, le fait de quitter sa vie d'avant. Ce sont rarement des chansons très gaies. Les chansons de Whiskey ont été écrites par un jeune homme solitaire et mal dans sa peau. Mais aujourd'hui, même si je me sens encore tout jeune homme à l'intérieur, je ne suis plus dans le même état d'esprit.

Le thème de la solitude revient néanmoins dans tous vos albums. Je relisais une vieille interview de vous donnée aux Inrockuptibles, dans laquelle vous expliquiez que la solitude est un sentiment partagé par tous en Suède.

Jay-Jay Johanson : A ce moment, je vivais encore dans la ville où j'ai grandi, une ville de 7.000 habitants où personne ne s'intéressait à la peinture, ou à l'art en général. J'avais l'impression d'être le seul à m'intéresser à Warhol, à la Factory et au Velvet Underground. J'adorais aussi Dali. Mes centres d'intérêt semblaient même parfois déclencher une certaine hostilité dans cette petite communauté. Je suis parti à l'âge de 15 ans pour m'installer dans une ville plus importante où j'ai rencontré d'autres personnes.

Quoiqu'il en soit, à Stockholm et en Suède, le froid pèse sur nos habitudes de vie. Ça m'a sauté aux yeux la première fois où j'ai mis les pieds en Italie. On y vit avec une forte proximité, même au sein de la famille qui est traditionnellement plus rapprochée. Mais dans le nord, on s'enferme chez soi, ce qui développe très tôt une forme d'invidualisme chez les gens. Comme je le disais, je suis parti à l'âge de 15 ans, en même temps que mon frère et ma sœur. Je rentrais voir mes parents une ou deux fois par an.

Le noyau familial tel qu'on le connaît dans le sud de l'Europe n'existe pas dans le nord. Je me demande vraiment pourquoi, car en fait on a besoin les uns des autres. On nous apprend à nous débrouiller seul, mais tout le monde n'est pas forcément fait pour ça. Ma manière à moi de combattre cette solitude a été l'écriture et la peinture. Aujourd'hui, j'ai une femme et un fils, pourtant nous n'avons pas développé cet esprit familial typique du sud. J'apprends à mon fils à se débrouiller seul parce que plus tard, il devra affronter cet individualisme qui est un trait particulièrement développé dans la société suédoise.

Plus jeune vous avez étudié dans une Ecole d'Art. Quel est votre sentiment lorsqu'on vous invite à fêter les vingt ans de la sortie de votre premier album à Beaubourg, dans l'un des plus beaux musées du monde pour l'art contemporain ?

Jay-Jay Johanson : Actuellement, il y a une rétrospective de Cy Twombly. Ensuite, ce sera une exposition des œuvres des David Hockney. Leurs styles sont très différents mais ces peintres sont tous les deux des géants pour moi. Beaubourg est un endroit que je préfère même au Louvre car l'art moderne me touche et me parle plus que les œuvres classiques. Je connais la salle car je suis déjà venu assister à quelques concerts ici. Une fois, à l'occasion d'une performance où nous étions quelques dizaines dans le salle, j'y ai même croisé Björk. Nous avions un peu discuté après le spectacle, mais comme elle est timide, et que moi aussi je suis timide, la conversation avait été assez courte. (rires)

Très jeune, vous avez appris le piano, la guitare, le trombone... n'y a-t-il pas une frustration à ne pas jouer de ces instruments sur scène ?

Jay-Jay Johanson : En fait, ma mère m'avait inscrit à l'école de musique. J'ai commencé par le piano. Mais très vite, j'ai préféré m'orienter vers la clarinette et le saxophone. Le saxo m'a permis d'intégrer un orchestre. C'est comme ça que j'ai découvert ce qu'était un arrangement, comment les différents trombones et les différents saxophones devaient jouer ensemble, ou ce qu'apportaient la basse et la batterie. Mais le saxophone n'était pas un instrument qui me correspondait bien.

Quand j'ai eu 15 ans, j'ai arrêté les cours. A ce moment-là, avec deux amis nous avions formé un petit groupe punk. Je chantais et je jouais de la basse. J'ai appris la basse à l'oreille. Nous avons joué une fois dans un festival, et ce fut notre unique concert. Aujourd'hui, je pourrais jouer d'un instrument sur scène, parce que par exemple je compose au piano chez moi, et je me sens capable de chanter et jouer en même temps. Mais Erik Jansson qui m'accompagne depuis mes débuts est de loin un bien meilleur pianiste que moi. De plus, je chante mieux lorsque je suis entièrement concentré sur la voix.

Sur Spellbound, je m'étais fait offrir une guitare pour noël, et j'en jouais sur l'album. Mais là encore, je chante moins bien si je joue de la guitare en même temps. Si devais prendre modèle sur un musicien / chanteur, ce serait Chet Baker qui faisait les intros et les solos à la trompette, et chantait. Moi aussi, je pourrais parfois m'installer au piano pour une intro, ou participer à un pont musical, mais vous ne verrez certainement jamais jouer d'un instrument et chanter en même temps.

Comment définiriez-vous votre nouvel album, Bury the Hatchet ?

Jay-Jay Johanson : Je ne suis pas très doué pour parler de mes disques. Je crois que c'est plutôt à l'auditeur de l'écouter et de se faire son opinion. Quoiqu'il en soit, comme pour tous mes albums, je compose un peu en réaction au disque précédent. Sur scène, nous sommes la même équipe qu'en studio, donc il fallait que, naturellement, nous puissions retranscrire les sessions de studio en live. En vieillissant, je deviens de plus en plus jazz. Ce n'est pas un disque de jazz, mais il est plus d'"humeur jazz" que les précédents.

A mon avis, il est en effet plus jazz, sauf sur "Nightmares are dreams too" où on retrouve votre appétence pour la musique électro.

Jay-Jay Johanson : Oui. Cette chanson commence comme une ballade, et c'est en studio, lorsque nous avons essayé de trouver une rythmique qu'elle a pris ce côté drum'n'bass un peu hypnotique. Mais on a trouvé que ça donnait un contraste très intéressant entre la voix douce et cette rythmique répétitive. C'est un accident heureux de studio, mais le contraste en musique est quelque chose qui m'a toujours plu. Mais les chansons les plus importantes pour moi sont "Bury the hatchet", qui donne son nom à l'album, et "Paranoid" qui ouvre le disque. Sur le prochain disque, je sais déjà que j'intégrerais plus de cuivres.

Pour terminer, quels sont les groupes ou chanteurs que vous écoutez actuellement ?

Jay-Jay Johanson : Dernièrement, j'ai beaucoup écouté Art Of Noise. Je suis aussi très fan du travail de Trevor Horn sur les disques de Malcolm McLaren ou sur les albums de ZTT dans les années 80. Il y a bien sûr le Velvet Underground. Cocteau Twins que j'écoute encore très souvent. Plus récent, le dernier XX. Aujourd'hui, c'est le jour de sortie de nouveau Ryuichi Sakamoto. Je vais aller écouter ça en rentrant à l'hôtel.

 

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En savoir plus :
Le site officiel de Jay-Jay Johanson
Le Bandcamp de Jay-Jay Johanson
Le Soundcloud de Jay-Jay Johanson
Le Facebook de Jay-Jay Johanson

Crédits photos : Thomy Keat (retrouvez toute la série sur Taste Of Indie)


Laurent Coudol         
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# 2 août 2020 : Une petite pause s'impose

Le mois d'août arrive. Sans les festivals, l'actualité culturelle sera plus calme mais nous serons toujours là pour vous tenir compagnie chaque semaine notamment sur Twitch. Commençons par le replay de la Mare Aux Grenouilles #8 (la prochaine sera le 29 août) et bien entendu le sommaire habituel.

Du côté de la musique :

"Pain olympics" de Crack Cloud
"Waiting room" de We Hate You Please Die
"Surprends-moi" de Cheyenne
"Nina Simone 1/2" le mix numéro 20 de Listen in Bed
Interview de Bruno Piszczorowicz autour de son livre "L'ère Metal"
"Noshtta" de L'Eclair
"Moderne love" de Toybloid
  "Les îles" de Benoit Menut
"Echange" de Brussels Jazz Orchestra, Claire Vaillant & Pierre Drevet

Au théâtre :

chez soi avec des comédies blockbusters at home :
"Lady Oscar" de Guillaume Mélanie
"La vie de chantier" de Dany Boon
"Post-it" de Carole Greep
"Mon meilleur copain" de Eric Assous
"L'ex-femme de ma vie" de Josiane Balasko
"Un point c'est tout" de Laurent Baffie
et de l'eclectisme lyrique avec :
"L'Ange de feu" de Serge Prokofiev revisité par Mariusz Trelinski
les antipodes stylistiques avec "L'Enfant et les Sortilèges" de Maurice Ravel par James Bonas et "Dracula, l'amour plus fort que la mort" de Kamel Ouali
et le concert Hip-Hop Symphonique avec des figures du rap et l'Orchestre Philharmonique de Radio France

Expositions :

en virtuel :
"Warhol" à la Tate Modern de Londres Exhibition Tour avec l'exhibition tour par les commissaires et et 12 focus
"Plein air - De Corot à Monet" au Musée des impressionnismes de Giverny
avec l'audioguide illustré ainsi qu'une approche en douze focus
en real life :
"Le Monde selon Roger Ballen" à La Halle Saint Pierre
"Otto Freundlich - La révélation de l’abstraction" au Musée de Montmartre
"Turner, peintures et aquarelles - Collection de la Tate" au Musée Jacquemart-André
"Harper's Bazaar, premier magazine de mode" au Musée des Arts Décoratifs
"Christan Louboutin - L'Exhibition[niste]" au Palais de la Porte Dorée
"Cézanne et les maîtres - Rêve d'Italie" au Musée Marmottan-Monet
"Coeurs - Du romantisme dans l'art contemporain" au Musée de la Vie romantique
les Collections permanentes du Musée Cernushi
"Helena Rubinstein - La collection de Madame" et "Frapper le fer" au Musée du Quai Branly
"Monet, Renoir... Chagall - Voyages en Méditerranée" à l'Atelier des Lumières

Cinéma :

en salle :
du vintage avec la version restaurée de "Quelle joie de vivre" de René Clément
un documentaire "Dawson City : le temps suspendu" de Bill Morrison
des films récents dans son salon :
"Hauts les coeurs !" de Solveig Anspach
"La Famille Wolberg" de Axelle Ropert
"Pieds nus sur des limaces" de Fabienne Berthaud
"Le Voyage aux Pyrénées" de Jean-Marie Larrieu et Arnaud Larrieu
"Dans Paris" de Christophe Honoré
"La promesse" de Luc et Jean-Pierre Dardenne

Lecture avec :

"Nous avons les mains rouges" de Jean Meckert
"Il était deux fois" de Franck Thilliez
"La goûteue d'Hitler" de Rosella Postorino
et toujours :
Interview de Bruno Piszczorowicz autour de son livre "L'ère Metal"
"Fleishman a des ennuis" de Taffy Brodesser-Akner
"Summer mélodie" de David Nicholls
"La Chine d'en bas" de Liao Yiwu
"La nuit d'avant" de Wendy Walker
"Isabelle, l'après midi" de Douglas Kennedy
"Les ombres de la toile" de Chris Brookmyre
"Oeuvres complètes II" de Roberto Bolano
"Un été norvégien" de Einar Mar Gudmundsson

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