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Colson Whitehead  (Editions Albin Michel)  août 2017

Cet été 2017, il faut bien avouer que la rentrée littéraire nous a offert de superbes livres du côté des romans français mais aussi du côté des romans étrangers. Et parmi les romans étrangers, celui qui fait partie de ceux qui m’auront le plus impressionné se trouve le livre écrit par Colson Whitehead, Underground Railroad, édité chez Albin Michel.

Avoir sur sa couverture un liseré signifiant qu’il a déjà reçu de nombreux prix, préciser qu’il a été salué à sa sortie par Barack Obama himself est peut-être un gage de qualité mais cela ne présume pas au premier abord que nous avons dans les mains un grand livre. Pour se faire une idée, il va falloir l’ouvrir ce livre, en ayant remarqué la très belle couverture, montrant un rail partant vers le ciel, puis le lire, page après page pour se rendre compte que ce livre n’est pas un grand livre mais un pur chef-d’œuvre, de ceux qui nous bouleversent, laissant un auteur au sommet de son art et des lecteurs au sommet de l’extase.

Cet auteur, c’est Colson Whitehead, un américain qui n’est est pas à son premier roman. Underground Railroad est son sixième livre, sûrement le meilleur, celui qui lui donne sans aucun doute une dimension mondiale.

L’underground railroad, c’est un gigantesque réseau de chemin de fer construit aux Etats-Unis par quelques abolitionnistes blancs et des anciens esclaves pour aider des esclaves noirs à s’évader. Il permet de relier le Sud au Nord pour attendre la délivrance, la liberté. Il offre la possibilité de quitter les plantations esclavagistes du Sud pour rallier le Nord.

Le livre nous raconte l’histoire de Cora, une esclave de seize ans exploitée dans une plantation de coton, dans la Géorgie d’avant la guerre de Sécession. Abandonnée par sa mère lorsqu’elle était enfant, elle survit tant bien que mal à la violence de sa condition jusqu’à l’arrivée de Caesar dans sa douloureuse vie. Ce dernier, esclave comme elle, lui propose de s’enfuir avec lui. Elle accepte et tente donc, au péril de sa vie, de gagner avec lui les Etats libres du Nord. S’en suit alors une incroyable odyssée, celle de cette jeune fille, de la Caroline du Sud à l’Indiana, en passant par le Tennessee, où elle va se retrouver traquée comme une bête par un impitoyable chasseur d’esclaves qui l’oblige à fuir sans cesse, pour conquérir sa liberté. Chaque état traversé se caractérise par des horreurs faites aux noirs, des expériences médicales en Caroline du Sud, des lynchages méthodiques en Caroline du Nord auquel Cora assiste ou encore des guets-apens dans l’Indiana. Cora sera tour à tour Nounou, puis aussi mannequin dans un musée des merveilles de la nature en Caroline du Sud. Je vous laisse lire ce superbe passage du livre et découvrir son travail dans ce musée. Tout simplement hallucinant.

Cora fait de nombreuses rencontres au cours de son voyage. Colson Whitehead entrecoupe le parcours de Cora d’un état à l’autre en nous décrivant des personnages liés de près ou de loin à la jeune fille : sa grand-mère, sa mère Mabel aussi qui l’abandonne en fuyant la plantation d’esclaves où elle se trouvait, Ridgeway, le chasseur d’esclaves qui la traque, Stevens, un étudiant particulier, Ethel, une abolitionniste "sous la contrainte" et Caesar, son compagne de fortune au départ. Cette galerie de personnages nous permet de nous délecter de la très belle plume de Colson Whitehead.

Le talent de Colson Whitehead réside dans le fait qu’il a eu le génie de romancer un réseau de routes secrètes qui a, effectivement existé aux 18 et 19èmes siècles, l’underground railroad sans pour autant avoir été ferré et souterrain. Lui donner cette dimension souterraine permet à Colson Whitehead de nous plonger dans les fondements et le mécanisme du racisme. En imaginant cet underground railroad souterrain, il réussit le tour de force de combiner réel et fantastique pour construire une puissante allégorie de la barbarie de l’esclavagisme et du racisme. Chaque chapitre, correspondant aux états traversés par la jeune fille, s’ouvre par un réel avis de recherches d’esclave noir qui fait froid dans le dos.

Underground Railroad devient alors le grand roman sur le racisme et l’esclavagisme. Celui qui part de la petite histoire (celle de Cora qui a tout connu, du viol au massacre de ses amis esclaves) pour nous mener vers la grande Histoire, celle pas toujours glorieuse d’un pays, les Etats-Unis, qui n’en a pas toujours terminé avec ses vieux démons. Le livre parle des esclaves mais aussi des bourreaux, ceux qui avaient bonne conscience quand ils exploitaient des esclaves en prétendant qu’il leur permettait d’éviter la mort. L’esclavagisme fut d’abord une motivation économique, une occasion de gagner de l’argent sur le dos de pauvres gens exploités. Il devint ensuite un problème social avec le risque de révolte et de renversement social. C’est pourquoi la Virginie décide de les éliminer pour éviter des émeutes, les remplaçant par des immigrés blancs, souvent des Irlandais.

Colson Whitehead n’oublie pas ceux qui ont pris des risques pour aider les esclaves noirs à fuir leur condition. L’entraide devient possible, les valeurs d’égalité existant encore pour certains, la générosité, aussi faisant un léger contrepoids à la barbarie et au racisme ambiant de l’époque. Il nous montre aussi, d’un état à l’autre, les conceptions différentes de la race et de la liberté, avec la résonnance actuelle que l’on connait suite aux évènements de Charlottesville cet été.

Underground Railroad est un donc à la fois un roman lumineux sur la terrible condition des noirs dans le sud de l’Amérique au XIXème siècle mais aussi un récit historique, précis et méticuleux, fruit d’un travail de documentation remarquable de la part de l’auteur, qui aura mis seize ans pour l’écrire. Enfin, dans une Amérique pas encore guérie de ses maux, il devient un formidable livre politique que l’on se doit de lire, que l’on soit américain ou pas.

On termine les derniers pages de ce sublime livre, on comprend mieux pourquoi Barack Obama a eu un coup de cœur pour ce roman multi-récompensé, on repense à l’excellent film Twelve Years a Slave, on se dit que la liberté est ce qui existe de plus beau dans le monde et on se dit surtout que l’on s’apprête à refermer un très grand livre que nos lectures futures auront beaucoup de mal à remplacer.

 

En savoir plus :
Le site officiel de Colson Whitehead
Le Facebook de Colson Whitehead


Jean-Louis Zuccolini         
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# 5 juillet 2020 : Un avant goût de vacances

il fait (presque) beau partout, on sort un peu de chez nous, on voit nos amis, on pense aux vacances. Chez Froggy's on continuera tout l'été à vous alimenter en culture mais ce sera peut être un peu plus calme. En attendant, voici le sommaire et bien sûr le replay de La Mare Aux Grenouilles #5 !

Du côté de la musique :

"Les îles" de Benoit Menut
"Echange" de Brussels Jazz Orchestra, Claire Vaillant & Pierre Drevet
"INTENTA experimental & electronic music from Switzerland 1981-93" par divers artistes
"Jimmy Cobb" mix #19 de Listen In Bed
"Chausson le littéraire" de Musica Nigella & Takenori Nemoto
"Alessandro Scarlatti, il Martirio di Santa Teodosia" de Thibault Noally & l'Ensemble Les Accents"
et donc La Mare Aux Grenouilles numéro #5 avec la liste de ce qui a été abordé et le replay.
et toujours :
"Grand prix" de Benjamin Biolay
"The Beethoven collection Vol1 : Sonatas by Clementi, Hummel, Dussek and Wolfl" de Jean-Efflam Bavouzet
"Eivind Groven Symphonies N°1 & 2" de Kristiansand Symphony Orchestra sous la direction de Peter Szilvay
"L'heure bleue" de Marianne Piketty, Le Concert Idéal
"Tu rabo Par'abanico" de Marion Cousin & Kaumwald
"Veines" de Merakhaazan
"Silas" de Silas Bassa

Au théâtre dans un fauteuil de salon avec :

des créations :
"La Putain respectueuse" par Gérard Gélas
"Dracula Asylum" par Felicien Chauveau
"L'Homme qui rit" par Gaële Boghossian
"Cage" par Jacques Bellay
"Kyste" de et par Eloïse Hallauer et Camille Soulerin
et une pépite : "Jimmy's blues" de James Baldwin par Nicolas Repac et Anouk Grinberg
du théâtre moderne :
"Vient de paraître" d'Edouard Bourdet par Jean-Paul Tribout
"La vie de Galilée" de Bertold Brecht par Eric Ruf
le répertoire classique par la Comédie français d'hier et d'aujourdhui :
"Le Mariage de Figaro" de Beaumarchais
"On ne badine pas avec l'amour" d'Alfred de Musset
Au Théâtre ce soir :
"Les Petits oiseaux" d'Eugène Labiche
"La Reine Blanche" de Barillet et Grédy
"Les Petites têtes" d?André Gillois
des comédies :
"L'Opération du Saint-Esprit" de Michel Heim
"Jeux de mots bêtes pour gens laids" autour de textes de Bobby Lapointe
"Pochettes Surprise" de Jacky Goupil
du côté des humoristes :
"Jean Luc Lemoine - Au naturel"
"Moustapha El Atrassi - Second degré"
du théâtre visuel avec "L'Avare" par la Compagnie Tàbola Rassa
et enfin du théâtre lyrique avec"Ercole Amante" de Francesco Cavalli par Christian Hecq et Valerie Lesort

Expositions :

les réouvertures de la semaine :
le Musée d'Art Moderne dela Ville de Paris avec les collections permanentes de "La Vie Moderne" dans sa nouvelle présentation et la salle Matisse
le Musée Rodin
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et les expositions en "real life" à ne pas manquer :
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