Musique sep Théâtre sep Expos sep Cinéma sep Lecture sep Bien Vivre
  Galerie Photos sep Nos Podcasts sep
 
recherche
recherche
Activer la recherche avancée
Accueil
 
puce puce
puce Gabriel & Dania Tchalik
Le Violon de Proust  (Evidence)  novembre 2017

"La musique est peut-être l’exemple unique de ce qu’aurait pu être – s’il n’y avait pas eu l’invention du langage, la formation des mots, l’analyse des idées- la communication des âmes." Marcel Proust, La prisonnière.

L’argument, la ligne directrice du nouveau disque du jeune violoniste virtuose Franco-Russe Gabriel Tchalik est une invitation à suivre Proust, lui qui considérait la musique comme étant au-dessus de tous les arts, au-dessus même de la littérature, dans les salons musicaux Parisiens du début du XXème siècle. Des salons comme celui du prince de Polignac où on jouait Fauré, Saint-Saëns, Gouvy, Lekeu, Ravel, Franck et où les musiciens pouvaient charmer par leur art du cantabile...

Les trois œuvres interprétées avec son frère : la sonate en la majeur de César Franck (1822-1890), la sonate en do majeur de Reynaldo Hahn (1874-1947) et la sonate en do mineur de Camille Saint-Saëns forment un triptyque où les pièces semblent se répondre les unes aux autres. La réunion de ces trois œuvres donnerait-elle la fameuse Sonate de Vinteuil, œuvre imaginaire pour violon et piano que l’on retrouve dans La recherche du temps perdu ? Est-ce un compositeur en particulier (Saint-Saëns ? Franck ? Fauré ? Pierné ?) ou une idée, une esthétique qui a inspiré Proust ? N’est-elle juste pas que le moyen, son moyen pour signifier que pour lui la musique incarne l’éternité des sensations : "la musique dure, contrairement à l’amour".

Parmi toutes les sonates pour violon et piano, la Sonate de Franck est l’une des plus jouées et des plus enregistrées. Ils se comptent sur les doigts d’une main les grands violonistes ne l’ayant pas enregistré (Fritz Kreisler ? Nathan Milstein ?). De cette partition superbe mélodiquement et harmoniquement, Gabriel & Dania Tchalik apportent une passion, une poésie, un lyrisme aux lignes claires. Une véritable complicité se dégage des deux frères, une écoute mutuelle. L’équilibre voulu par le compositeur où violon et piano conversent à égalité et rendu à merveille. Il y a une musicalité, une sensibilité exceptionnelle. L’interprétation est pleine de sensibilité, pleine de grâce.

Il y a comme une évidence, et ce sentiment se poursuivra tout au long du disque, dans l’interprétation que les deux musiciens font de la sonate très chantante de Reynaldo Hahn. Une sonate dont Le Ménestrel en fera à l’époque une chronique élogieuse : "On ne saurait assez admirer l’extraordinaire souplesse d’un musicien qui excelle aussi bien dans la comédie musicale que dans la musique pure : la Sonate de M. Reynaldo Hahn est, en effet, un petit chef-d’œuvre d’équilibre, de concision et d’élégance". Et effectivement, le charme mélodique domine dans cette pièce à la construction peu habituelle. La structure rappelle en effet les ouvertures à la française (Lent-Vif-Lent) développée par Lully. Le second mouvement au titre humoristique : Véloce 12 C.V., 8 Cyl., 5000 tours, qui avance à la vitesse d’un cheval au galop comme une voiture que l’on imaginerait bien cabriolet fonçant à vive allure vers Deauville enserre deux mouvements plus rêveurs où les thèmes se répondent.

Composée en 1885 la sonate de Saint-Saëns est un petit bijou d’équilibre entre les instruments, les climats, les structures, entre lyrisme et intensité, entre expressivité et rythmes dansants. Si Proust semble s’être inspiré de différentes partitions pour la "Sonate de Vinteuil", la "petite phrase", leitmotiv symbolisant l’amour particulièrement important du roman, fait, du propre aveu de l’écrivain référence à la mélodie apaisée du premier mouvement : "la petite phrase de cette Sonate est […] la phrase charmante mais enfin médiocre d’une sonate pour piano et violon de Saint-Saëns, musicien que je n’aime pas". Une critique acerbe de l’écrivain envers le compositeur qu’il faut largement nuancer, Proust admirant la musique de Saint-Saëns. C’est lors de la rencontre entre Charles Swann et Odette de Crécy, durant laquelle la sonate de Vinteuil est jouée, qu’elle provoque chez Swann un amour inconditionnel pour Odette. Cette "petite phrase" mélodique deviendra "l’air national de leur amour", comme une façon de mettre en perspective, son amour pour la jeune femme alors même que leur passion est tumultueuse.

Il y a quelque chose d’enthousiasmant dans la clarté dont la musique, le sens mélodique est rendu dans ce disque. Et ce grâce à beaucoup d’intelligence et de finesse dans les phrasés. Avec ce Le violon de Proust, on touche du doigt cet esprit, cet élégance à la française qui a caractérisé l’école Française du violon de cette époque représentée par des musiciens comme (Kreutzer, Baillot ou Rode). Ces sonates représentent comme chez Proust une sorte d’idéal esthétique, une contemplation, des sensations éternelles qui permettent à mieux prendre conscience de soi.

 

En savoir plus :
Le site officiel de Gabriel Tchalik
Le Soundcloud de Gabriel Tchalik
Le Facebook de Gabriel Tchalik


Le Noise (Jérôme Gillet)         
deco
Nouveau Actualités Voir aussi Contact
deco
decodeco
• A lire aussi sur Froggy's Delight :

Pas d'autres articles sur le même sujet


# 20 janvier 2019 : Du vieux, du neuf, du beau

Cette semaine on a rencontré Jean Pierre Kalfon qui sera en concert avec Jad Wio, on est allé au théâtre, au cinéma, on a écouté des disques et vu des expositions... Bref, on s'est fait plaisir pour vous offrir un sommaire riche et éclectique, cette semaine encore. C'est parti.

Du côté de la musique :

"Remind me tomorrow" de Sharon Van Etten
"Todhe todhe, volume 3" de Pierre de Bethmann Medium Ensemble
Rencontre avec Jean Pierre Kalfon qui sera en concert avec Jad Wio le 24/01
"Bottle it in" de Kurt Vile
"Abandonnée / Maleja" de La Tène
"Transparence" de TOOOD (That Obscure Object Of Desire) à retrouver également en interview mais aussi pour une superbe session électrique de 4 titres à prolonger par leur passage dans l'émission Trifazé de Radio Campus à réécouter ici
"Assume form" de James Blake
"Desert eyes" de (Thisis) Redeye
"L'étrangère" de Andéel
"They are here" de Falaises
"Emigrar" de Irina Gonzalez
"Unwind EP" de Liquid Bear
et toujours :
"Origami harvest" de Ambrose Akinmusire
"La fille de l'air" de Evelyne Gallet
"Egdes" de F/LOR
"Chemin vert" de Joseph Fisher
"Lignes parallèles : Haydn, Lipatti, Mozart" de Julien Libeer et les Métamorphoses et Raphael Feye
"Bien avant que le soleil se lève" de Screamming Kids
"The white album" de The Beatles
"Scenario" de Ysé Sauvage

Au théâtre :

les premiers spectacles de l'année :
"Retour à Reims" à l'Espace Cardin
"The Scarlet letter" au Théâtre de la Colline
"Arctique" aux Ateliers Berthier
"Insoutenables longues étreintes" au Théâtre de la Colline
"Le Faiseur de théâtre" au Théâtre Dejazet
"Certaines n'avaient jamais vu la mer" à la Manufcature des Oeillets
"Microfictions" au Lavoir Moderne Parisien
"Le Presque rien et le Quelque chose" au Lavoir Moderne Parisien
"Convulsions" au Théâtre Ouvert
"Les Yeux d'Anna" au Théâtre 13/Seine
"La Dama Boba" au Théâtre 13/Jardin
"Ils n'avaient pas prévu qu'on allait gagner" à la MC93 à Bobigny
"Proust en clair" au Théâtre de la Huchette
"Dans la peau de Cyrano" au Théâtre Le Lucernaire
"Prévert" au Théâtre du Rond-Point
"Braise et Cendres" au Théâtre Le Lucernaire
et les reprises:
"Sang négrier" à la Folie Théâtre
"Le Portrait de Dorian Gray" au Théâtre Le RAnelagh
"Le Paradoxe des jumeaux" au Théâtre de la Reine Blanche
"Les Femmes de Barbe-Bleue" au Lavoir Moderne PArisien
"1830 - Sand, Hugo, Balzac : tout commence…" au Théâtre Essaion
"Michael Kohlhaas, l'homme révolté " au Théâtre Essaioon
"Je buterai bien ma mèr eun dimanche" au Point Virgule
"Cabaret Louise" au Théâtre Le Funambule-Montmartre
"Mon Coeur" au Théâtre Paris-Villette
"Europa" au Lavoir Moderne Européen
"Odyssée" au Théâtre Montmartre-Galabru
"F(r)ictions" à la Grande Halle de La Villette
et les autres spectacles à l'affiche en janvier

Expositions avec :

avec la dernière ligne droite pour :
"Caravage à Rome " au Musée Jacquemart-André
"Alphonse Mucha" au Musée du Luxembourg
"Trésors de Kyoto - Trois siècles de création Rinpa" au Musée Cernushi
"L'Asie rêvée d'Yves Saint-Laurent" au Musée Yves Saint-Laurent
"La Fabrique du Luxe" au Musée Cognacq-Jay
"Il était une fois Sergio Leone" à la Cinémathèque française

les films de la semaine :
"Ma vie avec James Dean" de Dominique Choisy
et la chronique des autres sorties de janvier

Lecture avec :

Présentation du Festival de la Bande Dessinée d'Angoulême #46
"Anatomie d'un scandale" de Sarah Vaughan
"Ce que je peux enfin vous dire / Devenir" de Ségolène Royal / Michelle Obama
"Essence" de Fred Bernard & Benjamin Flao
"Foulques" de Véronique Boulais
"Le pays des oubliés" de Michael Farris Smith
"Les amochés" de Nan Aurousseau
"Phagocytose" de Marcos Prior & Danide
et toujours :
"Des hommes couleur de ciel" de Anais Llobet
"La femme de marbre" de Louisa May Alcott
"La transparence du temps" de Leonardo Padura
"Les couleurs de Fosco" de Paola Cereda
"Oiseau de nuit" de Robert Bryndza
"Philo & co : A la poursuite de la sagesse" de Michael F Patton et Kevin Cannon
"Vesoul, le 7 janvier 2015" de Quentin Mouron
"Vigile" de Hyam Zaytoun"

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
www.myspace.com/froggydelight | www.tasteofindie.com   bleu rouge vert métal
 
© froggy's delight 2008
Recherche Avancée Fermer la fenêtre
Rechercher
par mots clés :
Titres  Chroniques
  0 résultat(s) trouvé(s)

Album=Concert=Interview=Oldies but Goodies= Livre=Dossier=Spectacle=Film=