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Kendrick Lamar / N.E.R.D.  (divers)  mars 2018

Série d’articles sur les albums No One Ever Really Dies de N.E.R.D. et Damn. de Kendrick Lamar. Episode 1.

Sortis à 8 mois d’écart, No One Ever Really Dies de N.E.R.D. et Damn. de Kendrick Lamar sont deux albums extrêmement précieux. Peut-être qu’on l’a assez lu ailleurs, mais nous voudrions bien enfoncer le clou ici - en essayant au passage de vous apporter un angle de lecture un peu nouveau (si vous connaissiez déjà) ou l’envie urgente de vous y plonger, si vous n’avez pas encore eu cette chance.

Dans "Lust", Kendrick Lamar pose la question : "I just need you to want me. Am I asking too much ?" Sauf qu’il prononce le mot "ask" comme "axe", comme tout un tas d’Américains - en particulier d’Afro-américains. L’explication remonte selon certains spécialistes à la prononciation du phonème "ask" par les domestiques sans éducation, auprès desquels les esclaves noirs travaillaient et apprenaient l’anglais.

On pourrait presque en conclure qu’il s’agit d’une réappropriation du langage (après tout, Solaar définit le rap comme l’acronyme de "réapprendre à parler" - r.a.p.). Un marqueur d’identité, autrement dit. Cette hypothèse n’est pas satisfaisante pour le linguiste John McWhorter, qui écrit dans cet article du Los Angeles Times qu’une telle prononciation donne au terme "ask" une définition plus précise : ce n’est pas simplement une demande, c’est une demande d’une personne noire.

"Ax" is a word indelibly associated not just with asking but with black people asking.

Que Kendrick emploie cette prononciation de manière consciente ou non, c’est l’effet obtenu qui m’intéresse ici : telle qu’il l’articule, sa phrase signifie au bout du compte, "Est-ce que je tranche trop ?" ("axing" = tailler dans le vif, à coups de hache). Et à mon avis, la réponse est non. Dans Damn., Kendrick Lamar tranche pile comme il faut - pile là où il faut.

C’est en cela que cet album est d’une grande importance, à mon avis. Il tranche. Avec les albums qui ont précédé, avec l’aventure que vit le rap mainstream, avec le reste de ce qui est proposé en musique ces dernières années.

Ce qui est marrant (façon de parler, parce qu’on n’est pas des masses dans la rigolade avec ces deux disques), c’est que la sortie de cet album (avril 2017) soit tombée à quelques mois qu’un autre album super important pour l’histoire de la musique - et je pèse mes mots : No One Ever Really Dies de N.E.R.D.

Il y a un truc assez notable dans le disque de N.E.R.D : toutes les chansons de l’album sont ponctuées, martelées, invectivées par des "Hey ! Hey ! Hey !" : des interjections qui en font à mes oreilles une sorte de musique folklorique. Prenez la musique traditionnelle syrienne (mais je suis prêt à parier que j’aurais pu prendre quasiment n’importe quel folklore, du yiddish à la bourrée auvergnate, en passant par le punk : le grand folklore ancestral et universel, celui où l’on tape les temps pour moudre un truc, grosso modo) : on y entend les mêmes appuis rythmiques vocaux, les mêmes "Hey ! Hey ! Hey !" de ralliement, de courage, de politique.

Voilà : le point commun entre ces deux disques si différents, c’est que ce n’est pas que de la musique. C’est de la politique.

Autre élément récurrent de l’album (environ 1512 fois, en fait) : un sample tiré de cette vidéo YouTube, où on voit simplement un monsieur décrire une fête autour de lui, notamment avec les mots "Mad ethnic right now" (tiens, tiens). A force de répétition, ce son devient plus qu’une ponctuation : un élément rythmique. A un point tel que je me demande si Chad Hugo et Pharrell Williams ne feraient pas leur musique "à l’aveugle".

Je m’explique : j’ai l’impression que ce qui compte encore plus que les sons eux-mêmes, chez N.E.R.D, c’est l’impulsion. Donc quel que soit le sample utilisé (et quitte à ce que ce soit une parole humaine), c’est l’index sur le bouton du sampler qui importe. Vous voyez ce que je veux dire ? C’est le "tak-tak-tak" du doigt, pas le son que le sampler émet en conséquence. Donc que le son soit une caisse claire synthétique ou un gars en train de dire "Mad ethnic", c’est la même chose.

 

En savoir plus :
Le site officiel de Kendrick Lamar
Le Soundcloud de Kendrick Lamar
Le Facebook de Kendrick Lamar
Le site officiel de N.E.R.D.
Le Soundcloud de N.E.R.D.
Le Facebook de N.E.R.D.


Mickaël Mottet         
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Fin d'été c'est le titre du nouvel album de Samir Barris, on vous en parle en ces premiers jours d'automne, tout comme les autres sorties musicales, littéraires, théâtrales, cinématographiques et muséales qui ont retenu notre attention cette semaine. C'est parti !

Du côté de la musique :

"Corpse flower" de Mike Patton & Jean Claude Vannier
Rencontre avec Joseph Fisher autour de "Chemin Vert", assortie d'une session acoustique à découvrir ici
"Prokofiev : Visions fugitives" de Florian Noack
"The basement tapes" de Mister Moonlight
"The uncompleted works volume 1, 2 & 3" de Nantucket Nurse
"Là-Haut" de Gérald Genty
"Ilel" de Hildebrandt
"Buxton palace hotel" de Studio Electrophonique
"Vian" par Debout sur le Zinc
"Impressions d'Afrique" de Quatuor Béia & Moriba Koita
"Fin d'été" de Samir Barris
et toujours :
"Schlagenheim" de Black Midi
"Tokyo dreams" de Dpt Store
"Terry Riley : Sun rising" de Kronos Quartet
"Diabolique" de l'Epée
"Mer(s) : Elgar, Chausson & Joncières" de Marie-Nicole Lemieux
"Like in 1968" de Moddi
"Voodoo queen" de One Rusty Band
"Moon" de Violet Arnold

Au théâtre :

les nouveautés avec :
"L'Autre monde ou les Etats et Empires de la Lune" au Théâtre Athénée-Louis Jouvet
"Le Misanthrope" à l'Espace Cardin
"L'Animal imaginaire" au Théâtre de la Colline
"Data Mossoul" au Théâtre de la Colline
"Danser à la Lughnasa" au Théâtre 13/Jardin
"Le Frigo" au Théâtre de la Tempête
"A deux heures du matin" au Théâtre L'Atalante
"La Veuve Champagne" au Théâtre de la Huchette
"Le Square" au Lavoir Moderne Parisien
"Jo" au Théâtre du Gymnase
"Jean-Marie Galey - Ma Comédie française" au Lavoir Moderne Parisien
"Ah ! Félix" à l'Eglise Sainte-Eustache
"Le Voyage musical des Soeurs Papilles" à la Comédie des 3 Bornes
"Lucie Carbone - Badaboum" à la Comédie des 3 Bornes
"Casse-toi diva" au Théâtre La Croisée des Chemins
"Nora Hamzawi" au Théâtre du Rond-Point
des reprises
"Letzlove - Portrait(s) Foucault" aux Plateaux Sauvages
"One night with Holly Woodlawn" aux Plateaux Sauvages
"Diva sur Divan" à la Comédie Bastille
"La Liste de mes envies" au Théâtre Lepic
et la chronique des spectacles à l'affiche en septembre

Expositions avec :

"Mondrian figuratif" au Musée Marmottan-Monet
"L'Age d'or de la peinture anglaise - De Reynolds à Turner" au Musée du Luxembourg

Cinéma avec :

"Ne croyez surtout pas que je hurle" de Franck Beauvais
Oldies but Goodies avec "Marie pour mémoire" de Philippe Garrel

et la chronique des films à l'affiche en septembre

Lecture avec :

"Barbarossa : 1941. La guerre absolue" de Jean Lopez & Lasha Otkhmezuri
"Bête noire" de Anthony Neil Smith
"Dictionnaire égoiste de la littérature mondiale" de Charles Dantzig
"Gaeska" de Elrikur Orn Norddahl
"Les refuges" de Jérôme Loubry
"Liquide inflammable" de Robert Bryndza
et toujours :
"Ici seulement nous sommes uniques" de Christine Avel
"Les altruistes" de Andrew Ridker
"Les yeux fumés" de Nathalie Sauvagnac
"Un autre tambour" de William Melvin Kelley
"Un mariage américain" de Tayari Jones
"Week end à New York" de Benjamin Markovits

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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