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Théâtre Ouvert  (Paris)  mars 2018

Comédie dramatique de Baptiste Amann, mise en scène de Rémy Barché, avec Suzanne Aubert, Marion Barché, Christine Brücher, Daniel Delabesse, Julien Masson, Thalia Otmanetelba, amuel Réhault et Blanche Ripoche.

Avec "La Truite", le jeune auteur dramatique Baptiste Amann a élaboré une partition de belle facture formelle qui résulte des contraintes scripturales quasi antinomiques qu'il s'est imposé et de la connaissance éclairée des classiques théâtraux notamment contemporains.

En effet, il a choisi de traiter, dans le genre du huis-clos, du thème rebattu du repas de famille mais en l'absence de tension dramatique intrinsèque avec des personnages banaux et ordinaires, épargnés par les misères de la vie comme par les pathologies familiales, qui ne vivent donc rien d'extraordinaire.

A celui-ci s'ajoute un de ses corollaires, le dévoilement du secret de famille qui, toutefois, n'est pas celui enfoui dans le passé mais son avatar qui réside dans l'annonce d'"une nouvelle" qui constitue, avec l'installation des parents en province et l'anniversaire du père, la troisième finalité de la réunion familiale.

La structure de partition, qui se décline en trois actes rythmé avec humour par la formule gastronomique "entrée-plat-dessert", s'avère intéressante - et réussie nonobstant une durée longue, près de trois heures, qui n'aurait pas pâtit d'un resserrement - en ce qu'elle opère une synthèse entre le théâtre classique avec la règle des trois unités, le théâtre post-moderne et le théâtre dit néo-moderne.

Et Baptiste Amann y procède à une étonnante hybridation kaléidoscopique. En premier lieu, de la comédie de la menace avec cette truite pintérienne, de surcroit à la symbolique polysémique, dont l'irruption dans un espace intérieur confiné constitue non seulement un élément extrinsèque perturbateur mais la collision entre dimension comique et angoisse dramatique tout comme elle constitue un fil rouge par sa récurrence.

Ensuite, celui du théâtre fragmentaire lagarcien par son absence d'intrigue et monologisation des états d’âme ontologiques de personnages englués dans une solitude existentielle et, surtout, la forme rhapsodique du théâtre dit "néo-moderne" qui repose sur une redialogisation du drame avec un agencement impressionniste d'un drame apparemment adramatique par un montage de scènes brèves de différentes formes et genres dramatiques qui ressortent aux monologues dialogiques et de soliloques stricto sensu qui entraînent une bascule momentanée dans une temporalité et une dimension différentes.

En attendant la révélation de la fameuse nouvelle non pressentie comme bonne par le spectateur au vu du comportement soucieux de la mère (Christine Brücher) et celui taciturne du père (Daniel Delabesse) et de certains signaux forts que ne perçoivent pas les "invités", tous préoccupés par la contemplation de leur nombril plongeant dans leur vacuité métaphysique, les banalités qui alimentent la conversation manifestent néanmoins des humeurs antagonistes avec les parents comme entre les enfants à la trentaine dépassée et leurs conjoints.

Ainsi se chamaillent le couple bobo libéral chic de la puînée semeuse de trouble avec sa truite étendard de son récent végétalisme et manifeste contre la dictature du plat unique et son conjoint à particule (Suzanne Aubert et Samuel Réhault) et celui bobo bohême de l'aînée institutrice et son jeune homme investi dans l'action culturelle alternative (Marion Barché et Julien Masson) auxquels s'adjoint, au moment du fromage, celui tonitruant de la cadette baroudeuse reporter-photographe (Thalia Otmanetelba) et sa nouvelle petite amie (Blanche Ripoche) pharmacienne reconvertie à la psychologie.

Dans le décor qu'il a conçu, une modeste salle dinatoire de campagne, parfois mise en arrière-plan par un tulle transparent permettant les zooms en avant-scène, Rémy Barché négocie efficacement les ruptures de ton en usant d'une mise en scène cinétique d'autant plus judicieuse que l'opus se développe dans la durée réelle d'un repas, le temps de la représentation se confondant avec le temps du réel.

Un cinétisme qui évoque le travail de la réalisatrice belge Chantal Ackerman, et non seulement en raison de la scène d'ouverture, performance frontale de la mère épluchant des légumes qui renvoie à celle du film "Jeanne Dielman, 23 quai du commerce, 1080 Bruxelles".

Rémy Barché orchestre parfaitement le jeu d'acteur de générations différentes, les comédiens aguerris Christine Brücher et Daniel Delabesse, ceux confirmés, Suzanne Aubert, Marion Barché et Samuel Réhault, et les jeunes pousses prometteuses Julien Masson, Thalia Otmanetelba et Blanche Ripoche.

Au terme d'une distribution judicieuse, tous tiennent parfaitement le rôle de personnages qui portent leur prénom et se démarquent dans les monologues, telle Marion Barché dans celui de la truite sauvage, et/ou les scènes de confrontation générationnelle.

Dont, entre autres, celle bouleversante dans laquelle la mère donne une réplique cinglante à son jeune beau-fils donneur de leçons (Christine Brücher et Julien Masson) et celle magistrale entre le père accusé par sa fille (Daniel Delabesse et Suzanne Aubert) d'avoir tué leurs espérances et sacrifié leur avenir par le "tabula rasa" de mai 68 qui délivre une analyse lucide et radicale de la génération Y "dépressive à 20 ans, nostalgique à 30" et de ses enfants gâtés incapables, dans leur confort consumériste, de réinventer le monde qui se contentent de rêver à une impossible révolution.

 

MM         
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# 20 septembre 2020 : Orages ...ô des...espoirs !

Ce bel été indien se termine sur des orages, du tonnerre et des inondations terribles. Décidément 2020 ne nous épargne rien. Dans l'espoir de jours meilleurs et se faire plaisir au milieu de tout cela, voici notre sélection culturelle de la semaine.

Du côté de la musique :

"In and out of the light" de The Apartments
"Chrone EP" de Atrisma
"State of emergency" de Babylon Circus
"Nomadic spirit" de La Caravane Passe
"Règle d'or" de Marie Gold
"Berg, Webern, Schreker" de Orchestre National d'Auvergne & Roberto Forès Veses
et toujours :
"Transience of life" de Elysian Fields
"Cerna vez" de Thomas Bel
"Bandit bandit" de Bandit Bandit
"Twins" de Collectif La Boutique
"Run run run (hommage à Lou Reed" de Emily Loizeau
Emily Loizeau en concert au CentQuatre
"Papillon blanc" de Gabriel Tur
"Dix chansons naturelles et sauvages" de Hugo Chastanet
"Both sides" le spectacle de Jeanne Added au CentQuatre

Au théâtre :

les nouveautés :
"Aux éclats..." au Théâtre de la Bastille
"Onéguine" au Théâtre Gérard Philippe à Saint-Denis
"Surprise parti" au Théâtre de la Reine Blanche
"Mademoiselle Else" au Théâtre de Poche-Montparnasse
"Killing Robots" au Théâtre Paris-Villette
les reprises :
"Marie des Poules" au Théâtre du Petit Montparnasse
"Hector Obalk - Toute l'Histoire de la peinture en moins de deux heures" au Théâtre de l'Atelier
"Trinidad - Pour que tu t'aimes encore" au Studio Hébertot
"Carla Bianchi - Migrando" à la Nouvelle Seine
"Jos Jouben - L'Art du rire" à La Scala
"Mudith Monroevitz" à la Nouvelle Seine
et les spectacles déjà à l'affiche

Expositions :

la nouvelle saison muséale avec "Sarah Moon - PasséPrésent" au Musée d'Art Moderne de Paris
la dernière ligne droite pour "Helena Rubinstein - La collection de Madame" au Musée du Quai Branly
et toujours :
"Le Monde selon Roger Ballen" à La Halle Saint Pierre
"Otto Freundlich - La révélation de l’abstraction" au Musée de Montmartre
"Turner, peintures et aquarelles - Collection de la Tate" au Musée Jacquemart-André
"Harper's Bazaar, premier magazine de mode" au Musée des Arts Décoratifs
"Christan Louboutin - L'Exhibition[niste]" au Palais de la Porte Dorée
"Cézanne et les maîtres - Rêve d'Italie" au Musée Marmottan-Monet
"Monet, Renoir... Chagall - Voyages en Méditerranée" à l'Atelier des Lumières

Cinéma :

en salle :
"Ailleurs" de Gints Zilbalodis
at home :
"Caramel" de Nadine Labaki
"Tomboy" de Céline Sciamma
"Peur" de Danielle Arbid
"La Cour de Babel" de Julie Bertucelli
"La Bataille de Solférino" de Justine Triet

Lecture avec :

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"De soleil et de sang" de Jérôme Loubry
"Fin de combat" de Karl Ove Knausgaard"
"KGB" de Bernard Lecomte et "Napoléon, dictionnaire historique" de Thierry Lentz
"La danse du vilain" de Fiston Mwanza Mujila
"Louis XIV, roi du monde" de Philip Mansel
et toujours :
"Apeirogon" de Colum McCann
"Ce lien entre nous" de David Joy
"Dans la vallée du soleil" de Andy Davidson et "Les dynamiteurs" de Benjamin Whitmer
"Ensemble, on aboie en silence" de Gringe
"Hourra l'Oural encore" de Bernard Chambaz
"Mes fous" de Jean-Pierre Martin et "Et si on arrêtait de faire semblant" de Jonathan Franzen

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