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Boarding House Reach  (Third Man Records)  mars 2018

On ne peut pas dire sur ce coup que Jack White nous serve le même menu que ses précédents albums, on ne peut pas dire non plus qu’il se repose sur les lauriers acquis par les White Stripes, mais peut-être peut-on dire que sur certains titres, il se fout un peu de notre gueule.

Car si les fans ne sont pas forcément contre une certaine évolution, beaucoup sont assez frileux aux r-évolutions. Pour Boarding House Reach sorti fin mars sur son label Third Man Records, c’est une révolution à la sauce bidouillages de sons et de voix, saupoudrée de sons distordus à l'extrême, avec effets futuristes et autres bizarreries sonores pour épicer cet album, soit par petites touches, soit en reversant carrément la salière dans le plat. Soyons honnêtes, 1 ou 2 titres sont presque immangeables à la première écoute, mais commencent à devenir intéressants passée la surprise de ce changement radical.

On débute malgré tout par du rock plutôt classique plein de reverb, "Connected by Love" met en avant la voix de Jack White enveloppée par des choeurs gospel et un solo d’orgue et de très bons riffs de guitare dont il a le secret. On continue la promenade toujours avec orgue et guitare mais plus calmement avec "Why Walk a Dog ?". Posons-nous enfin les vraies questions existentielles, pourquoi diable un chien doit-il être promené et obéir à nos cris ?

Dans "Corporation", les paroles ne viennent qu’après de longues minutes instrumentales de ce qui s’apparente à un jam entre potes, chanson funky, percussions sauvages au djembé, très maîtrisé techniquement, entrecoupé de cris qui s’enchaînent.

"Abulia and Akrasia" pourraient faire de beaux prénoms, si on ignore que ce sont des troubles mentaux affectant la volonté. Ce programme médical nous est proposé sur des sonorités des balkans et des paroles parlées plutôt que chantées, qui font assez penser à un extrait de film.

On continue de parcourir le Larousse médical avec "Hypermisophoniac". La misophonie (littéralement haine du son) est un mal qui se caractérise par une panique, une colère ou un excès de rage à l’écoute de certains sons (comme une craie frottée sur un tableau noir par exemple). Les personnes atteintes de ce mal risquent effectivement de ne pas supporter longtemps ce titre et de passer rapidement au suivant. Les autres pourront entendre se détacher du brouhaha initial les sons robotiques de jeux vidéo se mêlant au fur et à mesure à un piano, une guitare électrique, une batterie, et des voix plus ou moins trafiquées.

Arrêtons-nous quelques instants à la "Ice Station Zebra" sur un style plutôt hip-hop, pour une ancienne collaboration avec Jay-Z qui n’avait finalement jamais vu le jour, que Jack White a finalement décidé de remettre au propre en solo. Pas forcément une très bonne idée au vu du résultat pas vraiment original, ni vraiment réussi.

Le train quitte donc sans regrets cette station pour attaquer la suite du voyage avec "Over and Over and Over". On y retrouve enfin de bons gros riffs de derrière les fagots et la voix non-trafiquée de Jack White. Les choeurs scandent "Over and Over and Over" et sont passés sous différents filtres vocaux, ce qui fait l’originalité de ce titre abrasif à la limite du métal par moments.

Une voix robotique nous accueille dans "Everything You’ve Ever Learned" et soudain, tout s’active au rythme des percussions avec, en fond sonore, le discours d’un homme haranguant la foule et une musique militaire stressante. Le titre s’interroge sur les connaissances, la mémoire, la volonté ou non d’en savoir plus (sur le monde, sur soi-même ?).

"Respect Commander" est l’une des réussites de cet album, la guitare électrique et une grosse basse ronde tiennent une place de choix dans une longue intro instrumentale, et se laissent aller au bout de deux minutes à une vraie chanson rock où l’électricité est palpable.

Un petit interlude parlé d’à peine deux minutes avec une voix doublée avec une sorte d’écho robotique font de "Ezmeralda Steals the Show" une petite respiration. On se croirait dans un livre-disque pour enfants.

Après ce repos rapide arrive "Get in the Mind Shaft" avec une intro type extrait de film, la suite est une explosion de funk futuriste nourrie par des voix de synthèse, l’ensemble est sublime et d’une grande fraîcheur. L’arrivée des choeurs en milieu de morceau est très judicieuse et montre toute la précision de Jack White dans le moindre détail. Encore une belle réussite !

On retourne dans du classique country avec guitare acoustique et orgue dans "What’s Done is Done" où un chant féminin se mêle à la voix si reconnaissable de Jack White. Ce titre permet de montrer qu’il aurait très bien pu refaire un album entier dans ce style qu’on pouvait retrouver dans Blunderbuss ou Lazaretto s’il avait pas voulu trop se casser la tête, ce titre contentera les fans d’origine mais ne suffira peut-être pas à sauver cet album à leurs yeux.

La petite balade tranquille "Humoresque" met gentiment un terme à l’album, tel un dernier jour de repos pour le Créateur Jack White.

Après sa rétrospective d’enregistrements acoustiques Acoustic Recordings 1998 - 2016, ce véritable troisième album, même si sa pochette reste dans les tons bleus et blancs, détonne par rapport aux deux précédents par son innovation dans les sons, par la modernité qui s’invite sur les bases originelles.

L’accompagnement au changement devrait être compliqué pour certains qui verront dans cet album le caprice d’un gamin qui se sent intouchable quoi qu’il fasse, les autres verront un infatigable artiste touche-à-tout qui se remet en question et n’hésite pas à explorer de nouveaux horizons, quitte à se mettre en danger et frôler l’accident de parcours.

Incorporés dans un set complet en live au milieu de chansons des Whites Stripes, des Raconteurs ou de The Dead Weather (n’oublions pas qu’il a fait partie de tous ces groupes), ça devrait plutôt donner un mélange explosif dans la tournée débutée il y a quelques semaines. Par contre, aucun enregistrement sauvage ne risque de fleurir sur la toile l’usage du téléphone portable étant interdit à ses concerts, il faudra donc attendre début juillet pour le public français qui pourra seulement scruter les setlists pour se faire une idée du répertoire.

 

A lire aussi sur Froggy's Delight :

La chronique de l'album Blunderbuss de Jack White
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En savoir plus :
Le site officiel de Jack White
Le Facebook de Jack White


Emmanuel Richard         
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# 2 août 2020 : Une petite pause s'impose

Le mois d'août arrive. Sans les festivals, l'actualité culturelle sera plus calme mais nous serons toujours là pour vous tenir compagnie chaque semaine notamment sur Twitch. Commençons par le replay de la Mare Aux Grenouilles #8 (la prochaine sera le 29 août) et bien entendu le sommaire habituel.

Du côté de la musique :

"Pain olympics" de Crack Cloud
"Waiting room" de We Hate You Please Die
"Surprends-moi" de Cheyenne
"Nina Simone 1/2" le mix numéro 20 de Listen in Bed
Interview de Bruno Piszczorowicz autour de son livre "L'ère Metal"
"Noshtta" de L'Eclair
"Moderne love" de Toybloid
  "Les îles" de Benoit Menut
"Echange" de Brussels Jazz Orchestra, Claire Vaillant & Pierre Drevet

Au théâtre :

chez soi avec des comédies blockbusters at home :
"Lady Oscar" de Guillaume Mélanie
"La vie de chantier" de Dany Boon
"Post-it" de Carole Greep
"Mon meilleur copain" de Eric Assous
"L'ex-femme de ma vie" de Josiane Balasko
"Un point c'est tout" de Laurent Baffie
et de l'eclectisme lyrique avec :
"L'Ange de feu" de Serge Prokofiev revisité par Mariusz Trelinski
les antipodes stylistiques avec "L'Enfant et les Sortilèges" de Maurice Ravel par James Bonas et "Dracula, l'amour plus fort que la mort" de Kamel Ouali
et le concert Hip-Hop Symphonique avec des figures du rap et l'Orchestre Philharmonique de Radio France

Expositions :

en virtuel :
"Warhol" à la Tate Modern de Londres Exhibition Tour avec l'exhibition tour par les commissaires et et 12 focus
"Plein air - De Corot à Monet" au Musée des impressionnismes de Giverny
avec l'audioguide illustré ainsi qu'une approche en douze focus
en real life :
"Le Monde selon Roger Ballen" à La Halle Saint Pierre
"Otto Freundlich - La révélation de l’abstraction" au Musée de Montmartre
"Turner, peintures et aquarelles - Collection de la Tate" au Musée Jacquemart-André
"Harper's Bazaar, premier magazine de mode" au Musée des Arts Décoratifs
"Christan Louboutin - L'Exhibition[niste]" au Palais de la Porte Dorée
"Cézanne et les maîtres - Rêve d'Italie" au Musée Marmottan-Monet
"Coeurs - Du romantisme dans l'art contemporain" au Musée de la Vie romantique
les Collections permanentes du Musée Cernushi
"Helena Rubinstein - La collection de Madame" et "Frapper le fer" au Musée du Quai Branly
"Monet, Renoir... Chagall - Voyages en Méditerranée" à l'Atelier des Lumières

Cinéma :

en salle :
du vintage avec la version restaurée de "Quelle joie de vivre" de René Clément
un documentaire "Dawson City : le temps suspendu" de Bill Morrison
des films récents dans son salon :
"Hauts les coeurs !" de Solveig Anspach
"La Famille Wolberg" de Axelle Ropert
"Pieds nus sur des limaces" de Fabienne Berthaud
"Le Voyage aux Pyrénées" de Jean-Marie Larrieu et Arnaud Larrieu
"Dans Paris" de Christophe Honoré
"La promesse" de Luc et Jean-Pierre Dardenne

Lecture avec :

"Nous avons les mains rouges" de Jean Meckert
"Il était deux fois" de Franck Thilliez
"La goûteue d'Hitler" de Rosella Postorino
et toujours :
Interview de Bruno Piszczorowicz autour de son livre "L'ère Metal"
"Fleishman a des ennuis" de Taffy Brodesser-Akner
"Summer mélodie" de David Nicholls
"La Chine d'en bas" de Liao Yiwu
"La nuit d'avant" de Wendy Walker
"Isabelle, l'après midi" de Douglas Kennedy
"Les ombres de la toile" de Chris Brookmyre
"Oeuvres complètes II" de Roberto Bolano
"Un été norvégien" de Einar Mar Gudmundsson

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