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Interview  (Paris)  mai 2018

Le nouvel album de Brisa Roché, Father, est sorti il y a peu. Nous l'avons rencontré pour discuter de la genèse de ce disque, de l'existence ou de l'inexistence d'un style "Brisa Roché", de ses influences et de sa rencontre avec le producteur du disque : le grand John Parish. Elle nous a accordé le temps qu'il nous fallait, elle s'est montrée généreuse et avenante.

Ce disque est très personnel, tout comme la pochette d’ailleurs, et j’ai cru comprendre que ce disque, d’une certaine manière, tu ne voulais pas le faire ; cela s’est "imposé" à toi après être allée à un concert. Dis m’en davantage.

Brisé Roché : Tout à fait, j’ai compris tardivement, en me souvenant de quelque chose qui s’est passé. J’étais en camion avec mon guitariste, on s’est mis à parler de mon père et en rentrant à Paris, j’ai vu Lucinda Willians en concert avec mon guitariste, c’est une musicienne américaine country très indi, très alcool et défonce, mais avec la grâce. J’ai été très émue, j’ai acheté le vinyle mais je l’ai écouté seulement il y a deux semaines. J’ai acheté le vinyle avant décrire Father.  Disque que j’ai écrit boulimiquement. Cet un album de Lucinda Williams  parle de la mort de son père, qui était atteint d’Alzheimer. C’est une curieuse coïncidence avec ce que j’ai écrit.

A la fin du disque, on entend comme une déclamation, on suppose que c’est la voix de ton père.

Brisé Roché : Oui, exactement c’est mon père qui lit sa propre écriture à haute voix. Un poème où il est dans une voiture à Los Angeles, il dit qu’il cherche, il y a des lacs, des fleuves, des ruisseaux, il dit qu’il veut  trouver là où la  truite est née, il conduit la nuit trop vite, on comprend qu’il cherche la source, et donc on comprend qu’il cherche la morte, enfin c’est ce que je ressens. "Je sais que je conduis trop vite, je m’en fous, mon but c’est la source, il fait noir, je ne sais plus où je suis", tout ça avec un rythme très théâtral. C’est influencé par la Beat Generation.

Le contraste avec ton disque précédent est saisissant : qu’est-ce qui fait l’unité des albums de Brisa Roché par delà la diversité des styles ?

Brisé Roché : C’est en effet chaque fois radicalement différent. D’ailleurs, cela continue car j’ai fini le disque suivant et il est radicalement différent de celui-ci. Je dirais que ma voix est reconnaissable, mon écriture aussi. Une sorte de pâte littéraire, les métaphores et les thèmes sont reconnaissables, les mélodies aussi. D’ailleurs, si on jouait tous les morceaux guitare voix, ce ne serait pas groupé par album,  c’est identifiable. Le résultat dépend des rencontres que je fais, du hasard de la vie, du coup les arrangements sont différents mais les compositions et la voix sont assez fidèles.

T’es-tu plongée dans la folk de façon intensive pour composer ce disque ?

Brisé Roché : Pas vraiment, juste récemment j’ai commencé à regarder le monde du folk féminin, pour y trouver une sororité mais je suis très dans mon propre monde, je ne cherche pas à être dans un autre monde. Si je m’étais tournée vers ce monde folk, je ne me serais pas sentie confiante, j’essaie d’éviter toute comparaison, je suis vulnérable, il me faut avoir confiance pour aller au bout d’un projet. Et si j’écoutais pendant la période de création d’autres filles chantant du folk, je me sentirai pleine de doute, pas à la hauteur. Cela me mettrait dans un mood d’échec.

Tu changes souvent de style musical : y a-t-il un style que tu n’aimerais pas chanter, des styles que tu ne pourrais pas composer ou interpréter ?

Brisé Roché : (hésitation) mmmmh, oui en fait il y a ce truc,  le ragga non merci, ça me saoule, autant j’adore les paroles rythmées, mais cette musique ne me parle pas, le métal non plus, trop fort pour mes oreilles, je ne peux pas crier quand je chante, le glam  rock ok je pourrai tout à fait mais du métal non. En ce moment, je suis dans un projet pop, c’est kiffant, j’ai fini un album où je rappe même.

Et de la chanson française ?

Brisé Roché : La chanson française, c’est plus dur pour moi. Le français n’est pas ma langue natale. La construction géométrique  des chansons n’est pas naturelle pour moi, je suis américaine, je suis plus 4/4 que la chanson française comme on connaît, ce n’est pas un aspect naturel pour moi.

Et l’américaine ou l’anglaise qui chante en français, non ?

Brisé Roché : Je ne suis pas douée pour la petite voix sexy, ce n’est pas le plus sincère chez moi. C’est charmant mais je ne me sentirai pas authentique. Même si j’adorerais chanter Barbara.

Une préférence entre Vashti Bunyan, Linda Perhacs, Karen Dalton, Joni Mitchell ?

Brisé Roché (tout de suite, sans hésitation) : Joni Mitchell, il n’y a pas de question, c’est une influence pour moi. Linda Perhacs je ne connais pas du tout, ça ne me dit rien.

Tu as eu la chance de travailler avec John Parish, comment cela s’est-il passé ?

Brisé Roché : Il est le père idéal, il a confiance en toi, il te challenge pour avoir confiance en soi, il te pousse à être toi même. Si tu n’y arrives pas, il est là  avec l’idée parfaite. Et il l’exécute sans que tu te sentes nulle. En fait  il te porte, tout en restant en retrait et présent à la fois

N’était-ce pas intimidant de travailler avec lui ?

Brisé Roché : Si, très intimidant, déjà d’habitude je ne joue pas de la guitare tout le temps et là, sur ce disque, j’en joue tout le temps, à chaque morceau. Lorsque l’on était en studio quand je lui jouais mes morceaux, la guitare sonnait fausse bien qu’elle était accordée. Alors il la prenai,t en jouait et ça sonnait juste : j’étais tellement tendue que je courbais la guitare, j’étais tellement émue et stressée, alors que lorsque il jouait, ça jouait vrai.

Est-ce toi qui as pensé à faire appel à lui à la production ?

Brisé Roché : Non, c’est un "masterer" que j’adore et qui travaille avec lui. Je me demandais quel degré de country mettre dans ce disque, j’avais plusieurs idées et je n’arrivais pas à trier. Comment bien doser le country ? Je l’ai contacté et il m’a répondu un mois plus tard : il voulait absolument faire ce projet "j’adore et tout" disait-il. Après c’est vrai que c’est plus cher que de le faire moi même (rires).

Avec qui aimerais-tu travailler à l’avenir ?

Brisé Roché : Oh, plein ! Depuis l’adolescence, Nick Cave, Tom Waits, ont une place et parmi les artistes plus récents je suis tombée, en écoutant les Tiny Desk sessions, sur des groupes qui m’intéressent beaucoup : Big Thief, Ezra Furman, Nadia Reid, Margaret Glaspy. Avec les Tiny desk sessions, je découvre plusieurs groupes que je ne connais pas et qui m'intriguent.

Il y a des producteurs et artistes que j'aimerais rencontrer de plus ancrés : Paul Simon, Lucinda Williams, Nick Cave, Tom Waits, Gillian Welch, Dangermouse, Dolly Parton, Iggy Pop.

Quelle auditrice es-tu ? Quelle relation entretiens-tu avec la musique et avec l’écoute : as-tu par exemple une façon particulière d’écouter la musique ?

Brisé Roché : Heu j’écoute sur vinyle et sur Tiny Desk sessions, ma nouvelle obsession. Bon en ce moment, je reviens du studio donc je n’écoute pas beaucoup de musique. En fait, je n’arrive pas à faire abstraction de l’aspect production, par exemple je ne peux pas parler à quelqu’un en même temps que j’écoute, ça me stimule trop, je suis trop sensible. Je suis vite saturée en ce moment.

Aimes-tu flâner chez les disquaires ?

Brisé Roché : Oui, j’aime ça découvrir des nouveaux disques chez les disquaires mais j’ai plein de musique chez moi que je pourrais écouter si j’avais le moment pour. Souvent, j’écoute la musique de façon nostalgique, ça me ramène à d’autres moments. En ce moment, ma recherche de nouveautés passe seulement par les  Tiny Desk sessions.

Enfin, as-tu un disque à conseiller ?

Brisé Roché : Il faut que j’imagine dans mon esprit, je réfléchis, j’ai re-écouté l’album de Josh T. Pearson,  il a fait un album sur une séparation et un double amour ;  c’est long, j’ai envie d’écouter des choses apaisantes mais émotionnelles.

As-tu un film à conseiller ?

Brisé Roché : Oui j’ai revu récemment une film que j’avais vu à douze ans, j’avais aimé Moonstruck avec Nicolas Cage et Cher.

As-tu un auteur à conseiller ?

Brisé Roché : Oui, oui, il y en a plein, je dirai Edna Saint Vincent Millay, une poétesse, qui a écrit beaucoup de sonnets. Sa poésie n’a rien de fleur bleu c’est très passionnel et sanglant. Très beau.

As-tu un peintre à conseiller ?

Brisa Roché : Iris Van Dongen.

Je suppose qu’une tournée est prévue ?

Brisé Roché : Oui, ça commence le 3 octobre au Café de la Danse, on sera trois avec Jeff Hallam (My Friend Jeff) et je ne sais pas encore pour la dernière personne, on cherche un multi instrumentistes. Tout ça est à construire.

Retrouvez Brisa Roché
en Froggy's Session
pour 3 titres en cliquant ici !

 

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La chronique de l'album All Right Now de Brisa Roché
La chronique de l'album Invisible 1 de Brisa Roché
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Brisa Roché en concert au Festival Musiques en Stock 2008

En savoir plus :
Le site officiel de Brisa Roché
Le Bandcamp de Brisa Roché
Le Soundcloud de Brisa Roché
Le Facebook de Brisa Roché

Crédits photos : Thomy Keat (retrouvez toute la série sur Taste Of Indie)


        
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Brisa Roché (18 avril 2018)


# 17 février 2019 : Presque le printemps

De Kafka à Kukafka, Miossec à Berlioz, il y a de quoi lire, voir, écouter cette semaine dans la petite sélection culturelle de nos chroniqueurs. En route pour le sommaire.

Du côté de la musique :

"Gallipoli" de Beirut
"Ulysse et Mona" de Minizza
Rencontre avec Miossec autour de son album "Les Rescapés"
Une discographie d'Hector Berlioz par Jérôme Gillet
"Been meaning to tell you" de Ina Forsman
"4eme jour, Kan Ya Ma Kan" de Interzone
"A thousand days" de June Bug
EP de Bertille
"Morning room EP" de Catfish
"Souviens toi" de Laurent Montagne
"Blood siren" de Sarah McCoy
"Complètement flippé" de 16 Kat
et toujours :
"Persona" de Betrand Belin
"Les rivages barbelés" de Intratextures
"The mirror" de Nicolas Gardel et Rémi Panossian
"La révolte des couverts" de Wildmimi
"The sublime" de Yeruselem
"Aksham" de Aksham
"Last train" de Big Dez
"Tightrope EP" de Bigger
Caroline Loeb au Grand Point Virgule pour jouer "Comme Sagan" en live
Présentation du 11ème festival de Beauregard et de sa programmation
"Kalune EP" de Kalune

Au théâtre :

les nouveautés de la semaine :
"Kafka sur le rivage" au Théâtre de la Colline
"Matin et Soir" au Théâtre de l'Aquarium
"J'ai pris mon père sur mes épaules" au Théâtre du Rond-Point
"Pourquoi dis, m'as-tu volé mes yeux" au Théâtre La Croisée des Chemins
"Les membres fantômes" au Théâtre La Flèche
"Le bois dont je suis fait" au Théâtre de Belleville
"Peur(s)au Théâtre L'Etoile du Nord
"A vue" au Théâtre de la Tempête
"Merci" à La Folie Théâtre
"Barber Shop Quartet - Chapitre IV" au Théâtre Essaion
"Maria Dolorès y Habibi Starlight" au Café de la Danse
les reprises:
"Grande" au Centquatre
"Politiquement correct" au Théâtre de l'Oeuvre
et la chronique des autres spectacles à l'affiche en février

Expositions avec :

"Roux ! De Jean-Jacques Henner à Sonia Rykiel" au Musée Jean-Jacques Henner
et dernière ligne droite pour "Rodin - Dessiner Découper" au Musée Rodin

Cinéma avec :

le film de la semaine : "Le jeune Picasso" de Phil Bradsky

Lecture avec :

"Dans la neige" de Danya Kukafka
Interview de Nylso dans le cadre du festival de la Bande Dessinée d'Angoulême
"L'île longue" de Victoire de Changy
"La main noire" de Robert Vincent illustré des musiques de Anthony Reynolds
"Le manufacturier / responsabilité absolue" de Mattias Köpling / Jocko Willink & Leif Babin
"Sans compter la neige" de Brice Homs
"So sad today" de Melissa Broder
et toujours :
"Angola janga" de Marcelo D'Salete
Interview de Stella Lory dans le cadre du festival de la BD d'Angoulême
"Gangs of L.A." de Joe Ide
"Hunger : une histoire de mon corps" de Roxane Gay
"L'Amérique derrière moi" de Erwan Desplanques
"L'ombre d'un père" de Christoph Hein
"Le président des ultra riches" de Michel Pinçon et Monique Pinçon Charlot
"Que faire des cons ?" de Maxime Rovere
"Une éducation" de Tara Westover

Froggeek's Delight :

"I Will Survive" petit tour d'horizon des jeux dits "Survival"

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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