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puce Rétrospective Dario Argento
  juillet 2018

Dario Argento était considéré comme un cinéaste de films B, voire de films Z. Le père de la charismatique Asia est désormais devenu un classique qu'il est temps de revisiter et de considérer comme l'égal des grands réalisateurs italiens.

Emblématique d'un genre spécifiquement italien, le "giallo", qui avec le western-spaghetti, a dominé Cinecitta avant que le cinéma italien sombre, victime de la télé berlusconienne, Dario Argento a donné ses lettres de noblesse au genre, après que son inventeur présumé, Mario Bava, en ait fixé les contours.

Le premier film de Dario Argento, que l'on peut revoir dans cette rétrospective de six films, "L'Oiseau au plumage de cristal" (1970), est un marqueur fort du "giallo".

On y retrouve les trois lois du genre : énigme policière, horreur et érotisme. Selon le principe du "giallo", un tueur mystérieux, tout habillé de cuir noir, s'en prend à des femmes - forcément très belles - avec des lames effilées dont le métal luit dans la nuit et qu'il aime frotter délicatement sur des étoffes en général rouges.

Quand le poignard, le rasoir coupe-chou, ou toute autre arme blanche, parcourt le corps semi-dénudé de la victime, il commence délicatement, puis mutile soutien-gorges et petites culottes... avant de furieusement pénétrer dans les chairs de la malheureuse puis de s'y acharner.

Dès lors, une gerbe de sang gicle, éjacule véritablement sur un mur. Le "giallo", c'est Eros et Thanatos. On a l'impression qu'il trouve son origine dans le plan de la douche de "Psycho" d'Alfred Hitchcock.

Dans cette rétrospective qui parcourt les années glorieuses de Dario Argento (1970-1985), on part de deux films qui respectent à la lettre le "canon" du "giallo" : "L'oiseau au plumage de cristal" et "Le Chat à neuf queues" (1971). Le cinéaste les associe d'ailleurs dans sa "trilogie animale" avec "Quatre mouches de velours gris" qui manque ici à l'appel.

Après cette trilogie liminaire, Argento élargit ses thématiques. Il combine le "giallo" avec des ambiances plus fantastiques. Son érotisme se fait ésotérique et ses mises en scènes maniérées passent de Hitchcock à Antonioni, cinéaste dont il revendique l'influence.

On pourrait dire qu'il est un Antonioni dont la cérébralité devient pulsionnelle. Il ne cesse de lui rendre hommage et dans son film "Les Frissons de l'angoisse" (1975), le héros n'est autre que l'acteur principal de "Blow up", David Hemmings.

Comme chez Antonioni, les personnages appartiennent souvent à des milieux artistiques (écrivains, peintres) et l'on découvre souvent des galeries d'art contemporain. Sauf qu'à la différence de l'auteur du "Désert rouge", il n'est pas conseillé de les fréquenter, la moindre œuvre pouvant s'avérer dangereuse (cf "L'oiseau au plumage de cristal").

Si l'on n'a qu'un film à voir, on conseillera de choisir "Suspiria" (1977), premier volet de ce que Dario Argento appellera sa "Trilogie des Enfers" (ou des "Trois mères") qui comprendra aussi "Inferno" (1980) et "La Troisième mère" (2007).

Inspiré par Thomas de Quincey, "Suspiria" est une œuvre dans laquelle Argento maîtrise son univers et s'éloigne définitivement du genre "policier" pour s'enfoncer dans les méandres de l'âme de son héroïne, incarnée par la magnifique Jessica Harper.

Au passage, on remarquera la prédilection de Dario Argento pour les acteurs anglo-saxons.

Il aime souvent les mettre en avant, on pourrait presque dire qu'il les met en porte-à-faux pour créer un contraste avec le reste du casting transalpin. L'étranger est ainsi à chaque fois plongé dans un monde étrange et plein de chausse-trapes.

Les deux derniers films présentés, "Phenomena" (1985) et "Opera" (1987), peuvent être considérés comme plus mineurs, même si les "purs" aficionados d'Argento y retrouveront ses qualités de grand formaliste. Les autres regretteront que "Phenomena" s'appuie sur le scénario d'un jeu vidéo.

Quant à "Opera", film jamais sorti en salles en France, il a toutes les qualités et les défauts de ce qu'on pourrait appeler un "grand film malade".

Argento, dans les coulisses d'un opéra de Verdi, déploie tout son cinéma et essaie avec sa maestria habituelle de parvenir à synthétiser les deux dramaturgies. Le spectateur qui découvrira cette œuvre jugera par lui-même s'il y réussit.

L'été 2018 sera donc "argentien". Il est urgent de réévaluer ce "cinéma visuel", imaginatif, riche en fulgurances narratives et bien loin des images triviales et des récits stéréotypés que ce cinéma qui se revendique d'horreur véhicule aujourd'hui.

 

Philippe Person         
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