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Interview  (Par téléphone)  juin 2018

Peux-tu nous présenter Shaggy Dogs ? Et te présenter plus particulièrement ?

Red : Shaggy Dogs, ce sont trois membres originels : Jacker le guitariste et Toma le bassiste et moi Red, chanteur et harmoniciste. On a commencé fin 98 / début 98 en quatuor, on n’avait pas de claviers. Notre premier batteur est parti vivre en en Bretagne en 2005, il a été remplacé par El Professor en 2006 qui lui-même est parti en 2009 et a été remplacé par Guillermo en 2010. Mi 2015, on a intégré un pianiste : Ben. Nous sommes donc un quintet aujourd’hui.

Au départ, c’est juste un groupe créé il y a 20 ans pour prendre son pied, un groupe Tribute monté pour rendre hommage à Dr Feelgood. On est tombé sur un gars qui faisait une compilation pour rendre hommage à Lee Brilleaux (chanteur de Dr Feelgood) et il nous a proposé d’y participer.

On a enregistré deux titres. La photo de cet album, c’est notre bassiste de l’époque. Tu vas être des rares à le savoir. On a eu de bons articles suite à cette compilation, de bons retours. Lee Brilleaux est mort le même jour que Kurt Cobain. Presque personne n’en a parlé.

Notre premier album est sorti en 2000 : A Dog’s Life, préfacé par Jean William Toury de Juxebox Magazine, on n’était pas peu fiers. Il avait signé au dos, à l’ancienne. On a fait pas mal de dates en Ile-de-France et quelques unes en Province, puis on a végété un peu.

Le batteur d’origine est parti et on s’est mis à en rechercher un. On en a essayé quelques uns, puis est arrivé El Professor qui lui, pour le coup, avait bien tourné et qui s’était arrêté de jouer. Je l’ai harcelé pour reprendre avec nous, il a refusé une fois puis il a cédé. Il a accepté, mais il voulait tourner et l’histoire des Shaggy Dogs a réellement pris de l’ampleur à partir de là, en 2006.

Ont suivi plusieurs albums, on a enregistré un album avec El Professor, un live, enregistré à Etampes, dans un club qui a fermé depuis. Ce live nous a permis d’avoir pas mal de concerts, surtout en province, on a pas mal voyagé. On a fait notamment le Blues Passion Cognac, le Cahors blues festival. On a fait pas mal de Festivals importants. On a joué sur l’étranger : Angleterre, Belgique.

En 2008, on a enregistré un autre album, avec que des compos : No Covers. Cela nous a permis de partir au Japon, en 2009, faire 5 gigs en 5 jours. On n’a pas dormi du voyage, on était excité, on a enchaîné les concerts et les visites. Le tout associé au décalage horaire. On est rentré un dimanche soir pour ré-attaquer le lendemain au taf. On a tous mis un mois à s’en remettre et là, le batteur a dit stop.

Donc fin 2009, El Professor nous a quittés et on a recruté ensuite, après quelques essais infructueux, Guillermo. Nous avons enregistré depuis 4 nouveaux albums. On a joué un peu partout en Europe, Belgique, Hollande, Angleterre, Espagne Norvège et aussi au Canada…

On est un groupe de rock blues'n'roll, un groupe pour faire la fête, avec du rock, du blues, de la soul, plein de chose autour. Il y a 3 ans, on a eu envie d’enrôler un pianiste, jusque-là on avait un anglais qui venait pour les enregistrements. Voilà.

Comment se passe la composition au sein de Shaggy Dogs ?

Red : C’est l’auberge espagnole ! Chacun amène ses idées ! Nous ne sommes pas dans la configuration où un leader amène tout. J’ai vécu ça avant dans d'autres groupes et je ne l’ai pas toujours bien vécu. Chacun apporte son empreinte. L’ego de chacun est satisfait. La composition est vraiment partagée chez nous et cela ne peut être que comme ça. Shaggy Dogs, c’est du partage.

Pourquoi le chant en anglais ? Je suis provoc’ (tu me connais lecteur, c’est parce que j’ai en face de moi un interlocuteur intelligent qui comprend mon humour). C’est pour masquer le vide des paroles ? Par exemple, Reuno et Madame Robert chantent en Français…

Red : (rires) En fait, c’est parce que le rock va avec l’anglais et qu’en France, les tentatives, dans ce style-là, j’insiste bien : dans ce style-là, n’ont pas été vraiment concluante. En termes de contenu.

Je suis un gros fan de Nino Ferrer et je ne pense pas avoir le talent d'écrire comme lui. Je ne dis pas que je ne le ferais pas un jour. Je n’ai pas le temps, on ne vit pas de notre musique. Par choix. Et puis on a besoin de se nourrir d’autre chose que de la musique. Et faire des bons textes en Français, c’est très compliqué.

Est-ce que nos textes sont vides de sens ? Je ne pense pas. Il y a des textes très légers et basiques et effectivement en Français, je ne les assumerais peut-être pas (rires) et puis on a des textes plus profonds.

Dans le dernier album, on a des textes un peu sociaux, sur les migrants par exemple, sur les méandres de Facebook, un autre qui parle de la fête des mort au Mexique. A chaque album, il y au moins la moitié des textes avec un message. On n’est pas là non plus pour changer la face du monde à la Bernie Bonvoisin. On sait toutefois où sont nos idéaux : plus à gauche qu’à droite.

Tu ne te sens pas de faire du Bernie ?

Red : Je ne me sens pas particulièrement crédible pour écrire des textes qui tiennent la route en Français. Je ne souhaite pas faire des textes basiques comme certains groupes, ou faire du compilage de textes. Mais il y a des choses très bien, hein !

Il y a un gars que j’ai beaucoup aimé quand il a chanté en Français, c’est le chanteur des Roadrunners, Frandol, qui a fait des albums en Français, très bons mais avec peu de succès malheureusement. Pourquoi pas un jour en français mais pas pour le moment. Et puis l’anglais nous permet de voyager.

De voir Raffi Arto dans The Voice (si tu as regardé, moi oui j’avoue) ça t’a fait plaisir, chier ou tu t’en fous ?

Red : Alors, je ne suis pas un inconditionnel de The Voice, maintenant qu’il y ait eu ce gamin qui soit allé jusqu’au bout, qui s’interroge et qui va voir cette musqiue… On en croise des jeunes comme ça, sur la route et j’aime bien discuter avec eux, parce qu’ils sont curieux. Oui, il y a encore des jeunes qui écoutent et jouent ça et pas que des vieux croûtons comme nous (rires). Que ce môme-là puisse avoir de l’éclairage, c’est super s’il a son mot à dire par la suite.

Sur scène vous avez une tenue, un dress code, je trouve que ça fait très "big band" ou "groupe rock années 50-60", c’est pour en mettre plein les yeux au public ou recycler vos costumes de mariages ?

Red : (rires) C’est un clin d’œil aux groupes des années 70 qui étaient toujours sapés. Quand j’étais môme, j’ai vu Kiss et j’en ai pris plein les mirettes et je trouve ça génial quand les gens viennent à un concert et qu’ils ont droit à un spectacle complet, qu’ils viennent dans ton univers.

On est reconnu pour faire de beaux objets, on a des posters dedans, on propose des digipacks (et je peux te dire lecteur, que ça envoie du bois avec une jolie carte postale en prime) et cela va avec le costume.

Après recycler, pour le guitariste peut-être et je vais même te donner un scoop, il a toujours des chemises super bien repassées, mais juste devant jamais dans le dos (rires).

Je ne veux pas foutre ma merde, mais vous avez été copiés par d’autres qui ont remplacés le noir et rouge qui sont vos couleurs par du violet et du gris (rires).

Red : C’est quelque chose qui nous tient à cœur, on ne jouera pas en jeans. Les gens y sont sensibles, quel que soit l’endroit où l’on joue. Quelle que soit la configuration, le lieu, la raison : on se sape. Et tout de suite, ça met les gens en situation. Et puis ça fait de belles photos.

Votre musique est sur les plateformes d’écoute en streaming, comment voyez-vous le monde de la musique (et de la culture en général) en France ?

Red : Notre producteur nous a dit un jour : "vous devez être célèbres au vu du nombre de sites où votre dernier album est en téléchargement illégal".

Pour moi, cela ne change rien. Je ne vais pas faire un procès. Si notre musique est sur ces sites, cela veut dire qu’elle est téléchargée et que des gens potentiellement écoutent Shaggy Dogs et potentiellement vont venir nous voir en concert. Sans ces sites, ils ne connaitraient pas. C’est donc un moyen de développer notre groupe. C’est toujours mieux quand un disque circule plutôt que de rester au fond de ta cave.

On a une base de fans qui achètent nos albums et ceux qui sont amoureux de l’objet achèteront. C’est aussi pour ça qu’on fait de beaux albums. D’autre part, ce n’est pas notre gagne-pain. Le disque est un moyen de continuer à tourner et à jouer.

Tu penses que cela vous aide à trouver plus de dates de concerts ?

Red : Plus, ça, je n’en sais rien mais en tout cas, si tu n’as pas de nouveautés, tu ne tournes pas. Donc on fait un album, qui est un passage obligé, pour continuer à avancer. Si des groupes comme nous veulent tourner, il faut proposer de nouveaux albums.

Et justement, comment vous trouvez les finances pour enregistrer des albums ?

Red : On réinvestit l’argent des cachets dans l’entreprise Shaggy Dogs et puis la première fois on a fait un Crowfunding pour financer la sortie et faire un vinyl. On a réussi à négocier de bons tarifs. Comme on le disait, l’industrie du disque est en grande souffrance avec un savoir faire pourtant. On a besoin de ça pour continuer à tourner et on s’organise. On fait comme on veut, où on veut et avec qui on veut.

Comment arrivez-vous à allier vie professionnelle, personnelle et artistique ?

Red : Déjà, on n’est plus toutes les semaines sur la route. On fait 20 / 25 dates par an, avant c’était plus de 50. On a la chance d’avoir aussi des femmes et enfants qui sont compréhensifs et qui nous soutiennent. Nos familles ne nous accompagnent pas, parce que ce n’est pas simple la vie sur la route. Ce qui compte, ce n’est pas le nombre de moments que tu passes avec ta famille, mais la qualité !

Dernière question, devenue "traditionnelle" : as-tu un message à délivrer, une annonce à faire passer ?

Red : J’aimerais que les gens redeviennent curieux ! Qu’ils réfléchissent par eux-mêmes et pas uniquement par le biais de la télé ou d’internet. J’aimerais que les gens soient moins dociles et qu’ils sortent soutenir des artistes qui prennent des risques, qusi ne sont pas forcément connus et pas uniquement mettre 200€ pour aller voir les Rolling Stones au Stade de France. Il faut, pour cela, qu’on jette tous notre télé par la fenêtre. C’est un vœu pieux. Cela permettra déjà aux concerts de prendre une autre dimension.

Merci Pascal pour le moment accordé et pour la patience, parce que cette fois, j’ai mis du temps à retranscrire cette interview. Merci enfin pour le très joli CD parce qu’effectivement, c’est un très joli objet. Et je compte bien partager une bière avec toi le 26 août à Saint-Geneys (43) au Chom'Blues Festival.

 

A lire aussi sur Froggy's Delight :

La chronique de l'album Renegade Party de Shaggy Dogs
La chronique de l'album All inclusive de Shaggy Dogs

En savoir plus :
Le site officiel de Shaggy Dogs
Le Facebook de Shaggy Dogs


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# 16 septembre 2018 : Un été sans fin

On n'est pas trop mal sous le soleil de septembre. Il faut bien cela pour faire oublier un peu l'actualité politique et sociale. Pour se détendre, voici notre petit programme culturel hebdomadaire, notamment avec de la musique, des spectacles à foison, la rentrée des expositions, une sélection de films et toujours de la littérature. C'est parti !

Du côté de la musique :

"Let my children hear Mingus" de Géraud Portal
"Joy as an act of resistence" de Idles
"Move through the dawn" de The Coral
"Reiði" de Black Foxxes
"Rising, la fin de la tristesse" de Blaubird
"Idomeni" de No Mad ?
"Sun on the square" de The Innocence Mission
et entre livre et musique "Beach Boys, un été sans fin" de Jean Emmanuel Deluxe

et toujours :
"June" de Brendon Anderergg
"Comme de Niro" de Madame Robert
"Neige à Londres" de Eles
Retour sur la 28eme édition du Festival de la Route du Rock de Saint Malo
Interview avec Judith Owen en concert le 17 septembre au 3 Baudets
le Rock chic de Thomas Breinert, découverte à prolonger par l'écoute de la session acoustique.

Au théâtre :

les nouveautés :
"Infidèles" au Théâtre de la Bastille
"Dialogue aux Enfers" au Théâtre de Poche-Montarnasse
"Le C.V. de Dieu" à la Pépinière Théâtre
"Signé Dumas" au Théâtre La Bruyère
"Solaris" au Théâtre de Belleville
"L'éternel premier" à La Pépinière Théâtre
"1830 Sand Hugo Balzac : tout commence..." au Théâtre Essaion
"Galilée, Le Mécano" au Théâtre de la Reine Blanche
"Vipère au poing" au Théâtre Le Ranelagh
"4.48 Psychose" au Théâtre La Croisée des Chemins
les reprises :
"La Nostalgie des blattes" au Théâtre du Petit Saint-Martin
"Cyrano de Bergerac" au Théâtre Le Ranelagh
"Une ombre dans la nuit" au Théâtre Le Ranelagh
"La Loi des Prodiges" au Théâtre du Petit Saint Martin
"Gérémy Crédeville - En vrai le titre on s'en fout" à la Comédie de Paris
"Fabrice Petithuguenin - C'est compliqué" au Théâtre Le Bout
"Manon Mezadorian - Pépites" au Théâtre du Marais
et la chronique des autres spectacles de septembre

Expositions avec :

"Picasso : Chefs d'oeuvre !" au Musée national Picasso
"Country Life - Chefs d'oeuvre de la Collection Mellon" au Musée de la Chasse et de la Nature

Cinéma avec :

les films de la semaine :
"Leave No Trace" de Debra Granik
"L'Amour est une fête" de Cédric Anger
"Sugarland" de Damon Gameau
Oldies but goodies avec : "Rue des Cascades" de Maurice Delbez en version remastérisée
Ciné en bref avec :
"Blackkklansman" de Spike Lee
"Whitney" de Kevin Macdonald
"Photo de famille" de Cecilia Rouaud
"Bonhomme" de Marion Vernoux
et la chronique des autres sorties de septembre

Lecture avec :

"Au loin" de Hernan Diaz
"Beach Boys, un été sans fin" de Jean Emmanuel Deluxe
"Federica Ber" de Mark Greene
"K.O." de Hector Mathis
"L'extase totale" de Norman Ohler
et toujours :
"Ce que l'homme a cru voir" de Gautier Batistella
"Dans la chambre noire" de Susan Faludi
"L'écart" de Amy Liptrot
"La femme à part" de Vivian Gornick
"Sous les branches de l'udala" de Chinelo Okparanta
"Wild side" de Michael Imperioli

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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