Musique sep Théâtre sep Expos sep Cinéma sep Lecture sep Bien Vivre
  Galerie Photos sep Nos Podcasts sep
 
recherche
recherche
Activer la recherche avancée
Accueil
 
puce puce
puce Sixième Sens
M. Night Shyamalan   janvier 2000

Réalisé par M. Night Shyamalan. Thriller. 1h47 (Sortie le 5 janvier 2000). Avec Bruce Willis, Haley Joel Osment, Toni Collette, Olivia Williams, Donnie Wahlberg et Bruce Norris.

A l’exception peut-être de celui du "Fight Club" de David Fincher, peu de twists scénaristiques sont aussi connus que celui qui ferme "Sixième sens" de M. Night Shyamalan.

Une fin qui fait frissonner, et qui a donné envie à tous les spectateurs de revoir le film pour l’apprécier à la lumière nouvelle que cette révélation jette sur l’ensemble de l’œuvre. Mais "Sixième sens", ce n’est pas que ce rebondissement, cette ultime malice du metteur en scène.

Le film a bien d’autres qualités, qu’une projection en salle, à l’occasion de l’hommage rendu à M. Night Shyamalan à la Cinémathèque française du 10 au 16 septembre 2018 permettra sans doute de mettre en évidence.

Cinéaste parfois sous-estimé, M. Night Shyamalan construit depuis des décennies une œuvre atypique qui épouse en apparence un genre pour mieux le retravailler de l’intérieur. C’est le film catastrophe, avec le mal-aimé "Phénomènes", le conte fantastique avec "La Jeune fille de l’eau", le film d’extraterrestres avec "Signes", le film de superhéros avec "Incassable", le film d’horreur, enfin, avec "Sixième sens" et, plus récemment "The Visit".

"Sixième sens" n’est d’ailleurs pas vraiment un film d’horreur. C’est davantage un film sur la solitude, l’impossibilité de communiquer, une œuvre automnale baignée d’une certaine tristesse. Le docteur Malcom Crowe (Bruce Willis), psychanalyste, est hanté par le suicide d’un de ses anciens patients qu’il n’a pas su aider. Depuis, son mariage s’est écroulé, sa femme (Olivia Williams) ne lui adresse plus la parole.

Quand il rencontre Cole (Haley Joel Osment), il voit une occasion de réparer ses erreurs; cet enfant-là, il veut le sauver. Cole est un enfant isolé. Il porte parfois les gants et les lunettes de son père, dont il a enlevé les verres parce qu’ils lui faisaient mal aux yeux. C’est un enfant qui voit ce qu’il ne devrait pas voir, déjà vieilli par les épreuves. Il vit avec sa mère (Toni Collette), seule depuis son divorce ; surmenée, elle a deux emplois, et reste désœuvrée devant les étrangetés de son fils, sujet à des crises de terreur.

Jamais ce personnage de mère n’est sacrifié par l’intrigue. Son impuissance, sa douleur de ne pas savoir comment aider son fils sont au cœur du film. M. Night Shyamalan montre le poids du secret sur la mère et l’enfant, mais aussi le grand amour qui leur permet de tenir. Comme dans cette scène où, de retour à la maison, Cole et sa mère se racontent leur journée imaginaire parfaite, petit rite qui permet de supporter les brimades et les humiliations.

Les éléments horrifiques n’apparaissent que tardivement dans "Sixième sens", et sont, d’une certaine manière, vite dissipés. M. Night Shyamalan, reprenant la leçon de Jacques Tourneur, sait bien que l’effroi tient davantage du hors-champ, de l’invisible.

Cole, enfermé dans une ancienne prison par des camarades, se met à hurler. On ne verra pas ce qui le tient dans l’obscurité, mais ces cris suffisent pour dire l’horreur. Cole connaît les peurs qui peuvent saisir chacun, et tente de s’en protéger comme s’en protègent les enfants, et parfois les adultes : la lumière contre l’obscurité, les statuettes religieuses contre le mal, la tente contre les menaces venues de l’extérieur.

Son malheur, c’est également de connaître, au fond, la fragilité de toutes ces défenses : lui sait pourquoi on a peur dans le noir, ou plutôt, de quoi.

Dans ses films, M. Night Shyamalan retarde au maximum le moment de montrer l’ennemi ou la cause du mal, ne faisant apparaître, dans un premier temps, que le bras du monstre dans "Le Village" ou des fragments d’extraterrestres dans Signes. "Sixième sens" joue donc davantage sur la marque, sur la trace : celle d’une main qui s’efface lentement sur la surface froide d’une table de cuisine, des griffures et des bleus sur le corps d’un enfant, une porte de placard laissée ouverte…

Tous ces signes, maîtres-mots du cinéma de M. Night Shyamalan, sont les indices d’une réalité autre. Non pas d’un autre monde, parallèle au nôtre, mais d’une interpénétration entre ce que nous connaissons et ce que nous sommes incapables de voir. Notre quotidien est plus profond que ce que nous pensons, et les choses, souvent, sont doubles, à l’image du paquet de céréales qui renferme la solution de "La Jeune fille de l’eau".

Mais ce monde se dompte. Grandir, dans "Sixième sens", c’est, au sens propre, affronter les fantômes. Cela signifie affronter la laideur du monde, la tristesse, la mort, certes. Mais c’est avant tout apprendre à écouter. "Sixième sens" est en effet l’un des plus beaux films sur l’écoute, l’attention à l’autre, que ce soit la patience du docteur avec son patient, l’irréductible amour de la mère, la peur surmontée pour écouter ceux qui nous font peur.

C’est d’ailleurs en écoutant attentivement une cassette audio que Malcom se met à croire ce que lui raconte Cole. Comme le psychanalyste, le spectateur est au début aveugle aux visions de Cole. Il semble gagner ce droit à voir, comme s’il fallait d’abord avoir gagné la confiance de Cole. Chez M. Night Shyamalan, il faut savoir écouter, et être capable de croire.

 

Anne Sivan         
deco
Nouveau Actualités Voir aussi Contact
deco
decodeco
• A lire aussi sur Froggy's Delight :

Pas d'autres articles sur le même sujet


# 14 Avril 2019 : 365 jours par an

Ce week end c'était le Disquaire Day, l'occasion de rappeler que vos disquaires, comme vos libraires ont une santé fragile et qu'il est important de les soutenir tout au long de l'année. Alors allez acheter vos disques et vos livres dans vos commerces de proximités, leurs bons conseils valent mieux que les frais de port offerts.

Du côté de la musique :

"A thousand voices" de Yules
"Dernier voyage" de Accident
"Avancer" de Tarsius
"Partitions" de Orouni
"Sola" de Dziedot Dzimu, Dziedot Augu
Laurent Montagne en interview, autour de "Souviens-toi" à retrouver pour une session acoustique de 4 titres
"Homme demain" de Monsieur et tout un Orchestre
Rencontre avec Le Bal des Enragés
"Free" de In Volt
"Macadam animal" de Guillo
"Replica" de Cassia
et toujours :
"Soleil, soleil bleu" de Baptiste W. Hamon
"Whoosh !" de The Stroppies
"Vonal Axis" de Steeple Remove
"Moderniste" de Les Vents Français
"Requiem" de AqME
"Hand it over" de Hat Fitz & Cara
"François Couperin : Concerts royaux" de Christophe Rousset & Les Talens Lyriques
"Journey around the truth" de Andy Emler & David Liebman
A l'occasion du concert de Novatom et des Sheriff à Montbrison nous les avons rencontré :Interview de Novatom,Interview des Sheriff
"Ce qui nous lie" de Mes Souliers sont rouges

Au théâtre :

les nouveautés de la semaine :
"JR" à la Grande Halle de La Villette
"Je suis Fassbinder" au Théâtre du Rond-Point
"Dieu habite Dusseldorf" au Théâtre Le Lucernaire
"L'Amour en toutes lettres" au Théâtre de Belleville
"Cinq ans d'âge" au Théâtre Essaion
"Tchekhov à la folie" au Théâtre de Poche-Montparnasse
"Célébration" au Théâtre de Belleville
"Lewis Furey - Haunted by Brahms" au Théâtre du Rond-Point
"Close"
"Into the little hill" au Théâtre Athénée-Louis Jouvet
des reprises:
"Matka" au Théâtre-Laboratoire Elizabeth Czerzuk
"La petite fille de Monsieur Lihn" au Théâtre de l'Epée de Bois
"L'Autre fille" au Studio Hébertot
"Voyage au bout de la nuit" au Théâtre Tristan Bernard
"Laura Laune - Le diable est une gentille petite fille" au Trianon
"Gainsbourg For ever" au Théâtre Essaion
et la chronique des autres spectacles à l'affiche en avril

Expositions avec :

"Rouge - Art et Utopie au pays des Soviets" au Grand Palais

Cinéma avec :

les nouveautés de la semaine :
"Seule à mon mariage" de Marta Bergman
Oldies but goodies avec"Paris qui dort" de René Clair dans le cadre de sa rétrospective à la Cinémathèque française
et la chronique des autres sorties d'avril

Lecture avec :

"Vindicta" de Cédric Sire
"Mujurushi, le signe des rêves, Vol. 1 & 2" de Naoki Urasawa
"La guerre des autres, rumeurs sur Beyrouth" de Bernard Boulad, Paul Boan, Gael Henry
"Je ne sais rien d'elle" de Philippe Mezescaze
"En lieu sûr" de Ryan Gattis
"Deux femmes" de Song Aram
"3 minutes " de Anders Roslund & Borge Hellstrom
"1793" de Niklas Natt Och Dag
et toujours :
"Barracoon" / "Article 36" de Zora Neale Hurston / Henri Vernet
"C'est aujourd'hui que je vous aime" de François Morel & Pascal Rabaté
"Ce que cela coûte" de Wilfred Charles Heinz
"L'enquête Hongroise, le tour du monde 1" / "Vous êtes de la famille ?" de Bernard Guetta / François Guillaume Lorrain
"La cartographie des Indes boréales" de Olivier Truc
"La guerre des scientifiques" de Jean Charles Foucrier
"Mémoire brisée" de E.O. Chirovici
"Parasite" de Sylvain Forge

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
www.myspace.com/froggydelight | www.tasteofindie.com   bleu rouge vert métal
 
© froggy's delight 2008
Recherche Avancée Fermer la fenêtre
Rechercher
par mots clés :
Titres  Chroniques
  0 résultat(s) trouvé(s)

Album=Concert=Interview=Oldies but Goodies= Livre=Dossier=Spectacle=Film=