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puce Caravage à Rome - Amis et Ennemis
Musée Jacquemart-André  (Paris)  Du 21 septembre 2018 au 28 janvier 2019

Le Musée Jacquemart-André propose avec "Caravage à Rome - Amis et Ennemis" une exposition doublement éloquente.

D'une part, avec un corpus de dix tableaux de Caravage dont sept inédits en France et "le Joueur de luth" récemment restauré et la présentation conjointe également inédite de deux toiles de la "Madeleine en extase" issues de collections particulière.

D'autre part, pour cette monstration dédiée aux "années romaines" de Caravage, les commissaires - Francesca Cappelletti, professeur d'Histoire de l'Art Moderne à l'Université de Ferrare et spécialiste du Caravage, et Pierre Curie, conservateur du Musée Jacquemart-André - ont opté pour une bienvenue et judicieuse mise en résonance de l'oeuvre de Caravage avec la production picturale de ses homologues contemporains.

Ce qui permet de prendre, de manière didactique, la mesure de sa novation stylistique qualifiée de "caravagisme" qui fait des émules tout en suscitant rivalités et controverses et annonce le baroque.

Caravage, une œuvre d’exception anticonformiste et transgressive

Venu à Rome en 1592, ville en pleine effervescence artistique au tournant du siècle, comme peintre de fleurs et de nature morte formé par Giuseppe Cesari, dit le Cavalier d’Arpin, il acquiert notoriété et fortune dans le genre majeur de la hiérarchie picturale, celui de la peinture biblique, et de la peinture de dévotion que recherchent élites romaines et Papaute ses commanditaires.

Suivent treize années qui certes portent le peintre à son acmé par sa maîtrise du clair-obscur inspiré du ténébrisme qui nimbe cette danse de mort entre ombre et lumière qui symbolisent les passions et pulsions paradoxales de l'âme humaine, quelle que soit sa grandeur, et ne sauraient se réduire à une idéalisation béate.

Et ce, au soutien d'une combinatoire janusienne et hypnotique du beau et du laid, du sacré et du profane, de l'antique et du contemporain dans laquelle les nobles figures bibliques ont la physionomie de plébéiens de son temps.

Il oeuvre en rupture tant avec la conception classique du naturalisme à la Carrache, représenté par "L'adoration des bergers" qu'au demeurant il admire, dans la lignée duquel s'inscrit le grand rival de Carrage Giovanni Baglione représentant du naturalisme du maniérisme tardif ("La Résurrection du Christ", "L'amour sacré terrassant l'amour profane"), et l'art de répertoire du maniérisme et son esthétique de "belle manière".

Dès la première section intitulée "Le Théâtre des têtes coupées" sur un thème à la mode, celui de la décapitation, et un sujet biblique, Judith décapitant Holopherne, prisé comme allégorie de l’Eglise catholique romaine éradiquant l’hérésie luthérienne, la singularité demeurée inégalée de Caravage s'impose et se décline tout au long d'un parcours thématique.

Caravage use d'une théâtralisation du tragique avec la peinture de la violence et de l'horreur sanglante au moment même de l'acte fatal, tel un arrêt sur image, avec une meurtrière qui assume pleinement son acte et la capture de l'instant de sidération, frontière entre la vie et la mort, qui traduit l'état ultime de la victime dont le sang jaillit avec abondance.

En regard, la toile de son ami et disciple Orazio Gentileschi, avec Judith qui détourne le regard de la tête reposant dans un linge, traduit le naturalisme caravagesque à la manière de l'Ecole florentine que les commissaires qualifient de "caravagisme doux".

Sont dégagées toutes les spécificités de l'oeuvre de Caravage telle la novation liée à l'homo-érotisme avec le sujet du jeune garçon, en l'occurrence celui classique du jeune chanteur, mais au tentateur corps ambigu ("Le Joueur de Luth").

Cette combinaison de l'émotion esthétique et de la perversité érotique et son traitement personnel du nu masculin est également transposée de façon novatrice dans la représentation du saint avec "Le Jeune Saint Jean-Baptiste au bélier" dont l'attitude dynamique et sensuelle contraste avec la molle attitude alanguie du "Saint Jean-Baptiste tenant un mouton" de Bartolomeo Manfredi.

Pratiquant la peinture à main levée, sans études ni esquisse préalable, et d'après modèle vivant, Caravage transgresse les codes de la prestigieuse peinture religieuse en traitant ses sujets comme une peinture de genre, considérée comme médiocre, avec les événements bibliques soumis à une transposition spatio-temporelle tel le cabaret pour "Le Souper à Emmaus". .

Cette toile est présentée avec les "Madeleine en extase" qui, comme "Saint François en méditation" et "Saint Jérôme", illustre l'expérimentation sur la figure du personnage unique en s'affranchissant tant du décor que de la perspective.

L'exposition propose également un focus sur un autre des thèmes caravagesques, celui de la Passion du Christ qui, érigé en sujet de concours par le cardinal Massimo Massimi, est au coeur d'une rivalité entre Caravage et son "Ecce Homo" avec un Christ en résignation douloureuse exibé par un Ponce Pilate en costume flamand, et le maniériste tardif Ludivico Cardi dit Cigoli et son Christ dans un environnement orientaliste avec d'élégants drapés.

A Rome, la vie de Michelangelo Merisi, fils de maçon né dans la ville malfamée de Caravaggio, homme au tempérament ombrageux de "bad boy", est celle d'"une course vers l'abîme", selon le titre de sa biographie romancée composée par Dominique Fernandez.

En parallèle au naufrage de sa vie personnelle, l'oeuvre du peintre Caravage évolue vers un obscurcissement visionnaire tel son "Saint François en méditation". De nombreux démêlés judiciaires l'obligeant à la fuite et l'errance qui se soldent par une mort prématurée avant la quarantaine.

 

En savoir plus :

Le site officiel du Musée Jacquemart-André

Crédits photos : MM avec l'aimable autorisation du Musée Jacquemart-André


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