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Sophie Bonnet  (Editions Grasset)  octobre 2018

Salutations révolutionnaires, c’est la rencontre d’une journaliste et d’un assassin. Sophie Bonnet est réalisatrice et journaliste. Elle a décidé de rencontrer Carlos, de son vrai nom Ilich Ramirez Sanchez, pendant quatre ans, lors de parloirs organisés un samedi par mois pour la durée de l’après-midi. Son ambition, simple et modeste, est de réaliser un documentaire et un livre sur ce personnage qui défraya la chronique dans les années 80.

Sophie Bonnet s’est rendue pour la première fois en mai 2014 à la centrale de Poissy pour rencontrer celui qu’on appelle "le chacal", après avoir conversé avec lui par mail puis demandé une autorisation de visite aux autorités administratives pénitentiaires. On n’obtient pas un parloir avec l’ancien ennemi public numéro 1 comme cela…

Un samedi par mois, elle va donc se confronter à cette légende du terrorisme international, tenter d’apprivoiser "la bête" pour mieux comprendre l’homme et ses motivations. D’abord dans la séduction, puis dans une certaine forme de mutisme, Carlos va sur la fin commencer à se livrer. Sophie Bonnet le suivra aussi lors de l’un de ses procès.

Avec Salutations révolutionnaires, construit autour de cette relation de parloir entretenue avec Carlos, Sophie Bonnet nous plonge dans l’univers carcéral français. Elle nous retrace les faits marquant de l’histoire de Carlos, de sa naissance au Venezuela, de son enfance heureuse, de ses formations militaires dans différents pays arabes jusqu’à ses dérives terroristes pour finir par sa capture au milieu des années 90 après des années de traque par les services spéciaux français.

Carlos évoque avec elle ses principaux actes terroristes, lorsqu’il lança une grenade dans le drugstore à Paris en 1974. On apprend que le couple Bourgi (celui qui donné des beaux costumes à François Fillon) était présent ce jour-là et qu’ils ont fait des faux témoignages lors des auditions pendant l’enquête. Il nous parle aussi de l’épisode de la prise d’otage d’un avion et de ses négociations avec le président actuel algérien sur le tarmac de l’aéroport d’Alger. Il évoque aussi l’assassinat de deux agents de la DST à paris en 1975 puis les attentats qui touchèrent Paris dans les années 80. A chaque fois, il ne semble pas ressentir ni remord ni regret ni fournir une quelconque empathie pour les victimes. On apprend enfin qu’on lui demanda d’assassiner de nombreuses personnes connus comme le roi du Maroc ou Daniel Cohn-Bendit. Carlos nous parle aussi de ses fréquentations avec Khadafi, Hafez-el Assad et Ceaucescu. Carlos fut aussi un mercenaire, avide d’argent et de gloire.

D’un autre côté, Sophie Bonnet n’est pas venue le rencontrer pendant quatre ans pour obtenir de lui une vulgaire rédemption. Sa démarche est tout autre, elle veut nous montrer ce qu’est devenu l’homme après 25 années de détention. Le portrait qu’elle en fait est assez saisissant. Aujourd’hui, Carlos est un prisonnier modèle qui ne fait pas de vague et ne pose aucun problème à ses gardiens. Il bénéficie d’une cellule améliorée, en gros un peu plus grande que les autres et il est seul dedans. Il ne boit pas d’alcool, ne prend pas de drogue ni de médicament au contraire des autres détenus. Carlos insiste d’ailleurs beaucoup sur la situation des autres détenus, enfermés dans la religion pour certains, enfermés dans une camisole chimique faite de drogue ou de médicaments pour d’autres.

Elle nous montre un vieux monsieur enfermé dans ses souvenirs et ses idéaux, qui s’imagine sortir de prison bientôt pour retourner en star dans son pays natal. Elle nous montre un homme qui se rend bien compte qu’avec le temps, son aura se réduit et que les nouvelles générations ne le connaissent même pas. Elle nous montre aussi un être enfermé dans son antisémitisme qui lui permet d’asseoir son autorité dans la centrale de Poissy où de nombreux musulmans sont enfermés. A cela s’ajoutent chez Carlos des propos homophobes, mégalomanes mais aussi beaucoup de séduction. Carlos se vante d’avoir eu beaucoup de femmes dans sa vie et cherche toujours à avoir des relations sexuelles avec Sophie Bonnet.

L’intérêt de l’ouvrage, au-delà de découvrir ou de mieux comprendre le personnage de Carlos, repose dans la relation qui se développe entre Carlos et Sophie Bonnet au fil des différents parloirs. On voit Carlos prendre petit à petit l’ascendant sur elle. Il la sermonne, lui reproche certains retards, lui passe de nombreuses commandes, la fait culpabiliser et s’introduit même dans sa vie familiale en lui demandant très souvent nouvelles et photos de ses enfants. A cela s’ajoutent les propositions sexuelles récurrentes car Carlos au départ était persuadé que Sophie Bonnet était un genre de groupie qui s’intéressait à lui. Au final, une relation assez étrange s’installe entre les deux que je vous laisse découvrir.

Enfin Salutations révolutionnaires est aussi un livre passionnant qui nous ouvre les portes du monde pénitentiaire. En nous précisant que les conditions de détention à Poissy sont très largement supérieures à celles que l’on peut trouver dans d’autres centrales et autres maisons d’arrêt, Sophie Bonnet croisera régulièrement les mêmes femmes venant voir leur mari prisonnier les bras chargés de linge. Elle nous décrit les interminables files d’attente, les fouilles systématiques, les salles glauques dans lesquels les prisonniers peuvent avoir des relations sexuelles avec leur visiteuse et les salles familiales pour recevoir aussi les enfants. Parfois, elle croise même des maîtresses de détenus, ayant une pensée pour leurs épouses, venues la semaine précédente sans savoir que le mari rencontre d’autres femmes dans leur dos. Elle nous dresse donc un tableau de cette prison, au travers de ses matons, de la machine à friandise qui trône dans la salle du parloir et donc de ces nombreuses femmes qui transitent par cet espace.

Salutations révolutionnaires est donc un livre particulièrement intéressant, dans lequel Sophie Bonnet tente de ne rien éluder dans la relation qu’elle met en place avec Carlos. Elle se place à la bonne distance du personnage en ne le jugeant pas mais aussi en ne se mettant pas dans son camp. Elle tente juste de comprendre ce qu’est ce personnage, pour mieux nous le transmettre et c’est déjà largement suffisant…

 

En savoir plus :
Le Facebook de Sophie Bonnet


Jean-Louis Zuccolini         
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# 18 novembre 2018 : Pas de frein pour consommer la culture

Si certains estiment que l'on consomme toujours trop et toujours plus, il n'en est pas de même pour la culture. Jamais assez de livres, de musiques, de films... Voici de quoi découvrir cette semaine encore avec notre petite sélection hebdomadaire.

Du côté de la musique :

"Amir" de Tamino
"We are not merchandise" de Jean Michel Jarret
"Action" de Inuit
"Vanités" de Liz Van Deuq
"Longue distance" de Miegeville
My Baby et Electro Deluxe dans une sélection de EP
et toujours :
Rencontre avec Olivier Brion, complétée par une session 5 titres
"Au dessus" de Au Dessus
"Terrain à mire. Une maison rétive. Contrainte par le toit" de Bégayer
"Rojo vivo" de Borja Flames
"Alaska" de Eryk.E
"Envol" de Joulik
"La boîte de pandore" de Karin Clercq
"Pur sang EP" de Pur Sang
"Grazyna Bacewicz : The Two Piano Quintets - Quartet for four violins - Quartet for four cellos" de Silesian Quartet and Friends
"Songs for a city" de Victoire Oberkampf

Au théâtre :

les nouveautés de la semaine :
"Iinflammation du verbe vivre" au Théâtre de la Colline
"Dans le pays d'hiver" à la MC93 à Bobigny
"L'Arche" au Théâtre 13/Seine
"Cyrano" au Théâtre de la Tempête
"Abeilles" au Théâtre de Belleville
"Le Cabaret des Trois soeurs" au Théâtre de l'Epée de Bois
"Ce qu'on attend, ce qu'on a déjà" au Lavoir Moderne Parisien
"L'Autre fille" à la Comédie de Béthune
"Mémoire de fille" à la Comédie de Béthune
"Femme(s)" au Théâtre Trévise
"J'aime Brassens" au Théâtre Trévise
les reprises :
"La Double Inconstance" au Théâtre des Béliers parisiens
"En avant sur les cendres" au Théâtre du Rond-Point
"Moi, Dian Fossey" au Théâtre Montmartre-Galabru
"Viel chante Brel" au Théâtre Essaion
"Gauthier Fourcade - Liberté !" au Studio Hébertot
"La Fabrique à Kifs" au Théâtre de l'Oeuvre
"Le Cabaret extraordinaire" à la Nouvelle Eve
et la chronique des autres spectacles de novembre

Expositions avec :

"Trésors de Kyoto - Trois siècles de création Rinpa" au Musée Cernushi
"Jômon - Naissance de l'art dans le Japon préhistorique" à la Maison de la Culture du Japon

Cinéma avec :

les films de la semaine :
"Le départ" de Jerzy Skolimowki en version restaurée
et la chronique des autres sorties de novembre

Lecture avec :

"Au coeur de la folie" de Luca d'Andrea
"Les contes du réveil matin" de Michel Bussi
"Munkey diaries (1957-1982)" de Jane Birkin
"Où vivre" de Carole Zalberg
et toujours :
"Prisonniers de la géographie" de Tim Marshall
"Le peuple contre la démocratie" de Yascha Mounk
"Le complexe d'Hoffman" de Colas Gutman
"La croisière charnwood" de Robert Goddard
"Haute société / Frank et Billy" de Vita Sackville / Laurie Colwin

Froggeek's Delight :

"Assassin's Creed : Odyssey" sur PS4, XBOXONE, PC Windows
"Astrobot rescue mission" jeu en réalité virtuelle sur PS4
"Marvel's Spider-Man" en exclusivité sur PS4
"Shadow of the Tomb Raider" sur PS4, XBOXONE et PC
"Kingdom Come : Delivrance" sur PC, PS4 et XBOX

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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