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puce Rodin - Dessiner Découper
Musée Rodin  (Paris)  Du 6 novembre 2018 au 7 avril 2019

Le Musée Rodin présente avec "Rodin - Dessiner, Découper" un exposition inédite consacrée à l'oeuvre graphique d'Auguste Rodin par une sélection de deux cent cinquante dessins dont quatre-vingt dix résultent d'une recombinaison de découpages de figures.

En effet dans sa période tardive consacrée au dessin, Rodin poursuit sa recherche plastique selon sa démarche pour la sculpture pour laquelle il procède par assemblage à partir d'un répertoire de formes d'attitudes et de figures préalables esquissées sur papier, tel que développé dans une précédente exposition "L'Enfer selon Rodin".

La commissaire Sophie Biass-Fabiani, conservateur du patrimoine chargée des œuvres graphiques, des peintures et de l’art en ce musée, a procédé à une analyse éclairée du conséquent fonds composé de plusieurs milliers de feuilles, qualifié par Rodin comme la clé de son oeuvre, et à un conséquent travail d'expertise d'analyse pour décrypter son mode opératoire novateur.

Ainsi, l'esquisse, le premier dessin originel d’après le modèle vivant, constitue une matrice qui sera soumise à différentes opérations, des métamorphoses comme l'indique la commissaire, de décalque, découpage, colorisation et assemblage qui modifie la nature fondamentalement bidimensionnelle du dessin.

Les silhouettes découpées, entre dessin et sculpture

Le processus graphique constitue la transposition de celui pratiqué en sculpture par Rodin avec l'assemblage tel le buste de Henry Becque dont la tête est montée sur le cou de "L'Ombre" qui couronne "La Porte de l'Enfer".

De même pour les figures fragmentées (Homme de "La Source" sans bras) ou hybridées ("Torse de la Centauresse et Minotaure") et la posture "extra-ordinaire ("Iris).

Le propos muséal tient à cerner les fondamentaux de la recherche plastique menée par Rodin qui tiennent, outre la composition par assemblage de figures, à la tridimensionnalité du dessin, à la sécession avec la pose académique, concrétisée par des points de vue ("Femmes vues du dessus") ou une posture ("Figures arquées") inhabituels et à s'abstraire de la gravité pour une réorientation de l'espace, la spacialisation du corps en l'isolant comme un élément mobile et la transcription du mouvement.

Avec la scénographie claire de Loretta Gaïtis, la (dé)monstration aussi érudite que passionnante se déroule selon un parcours chrono-thématique en deux mouvements réunissant 250 dessins sur papier découpés et collés réalisés entre 1900 et 1910.

D'autant que la plupart ne comporte pas d'indication sur l'assemblage envisagé et Sophie Biass-Fabiani a donc effectué un savant travail de d'extrapolation et de reconstitution pour matérialiser le dispositif de mise en espace du corps en réunissant les dessins découpés par posture .

En premier lieu, les études préliminaires pour le grand oeuvre rodinien inachevé de son vivant, "La Porte de l'Enfer", dont une étude pour "Le Baiser", constituant le thésaurus des "Dessins noirs" de la période 1880-1889, avec des dessins découpés et collés réalisés au crayon rehaussé d'encre mélangée à de la gouache blanche parfois avec une reprise reprise à la plume et à l’encre.

Ces dessins sur la thématique majeure du masque sont mis en résonance avec les originaux ou moulages de la collection de Rodin ainsi que les pochoirs japonais, les "katagamis", qui renseignent sur ses influences et son goût pourle découpage.

Le second volet est consacré au conséquent ensemble de dessins des années 1900-1908 et donc plus précisément aux figures aquarellées découpées équivalent des travaux d'atelier dont très peu ont été exposées du vivant de l'artiste, comprenant esquisses, dessins, figures découpées et assemblages de figures.

Le processus créatif commence par une première esquisse d'une silhouette sans arrière-plan griffonnée dans la quête de l'instant décisif qui explique le dessin hâtif et presque imprécis pour capter, sans quitter le modèle des yeux, le fugitif d'une attitude spontanée ou d'une pose alambiquée (section "Acrobates et danseuses") qui ne peut être longtemps tenue constitutive d'une figure "volante" et la simplification des formes va jusqu'à l'abstraction avec les "Figures expérimentales".

Par ailleurs, Rodin également utilisé un autre procédé, celui du détourage de la figure par la couleur du fond. Ainsi devient-elle flottante par immersion dans l'élément aqueux signifié par un jus d'aquarelle bleutée ("Figures aquatiques").

Bleu couleur fétiche comme le rouge qui préside à la somptueuse série des dessins érotiques dont ceux qui illustreront "Le Jardin de Supplices" d’Octave Mirbeau. Toujours le nu féminin, genre de prédilection de Rodin et thématique de la belle exposition passée "Rodin, les figures d'Eros", avec un corps anonyme, traits du visage à peine ébauchés, qui s'exhibe jusqu'à son ultime intimité, cette "bouche d’ombre", équivalent de "L'Origine du monde" de Gustave Courbet.

Quand la recherche plastique rejoint la quête métaphysique de l'infini et de la source vitale.

 
En savoir plus :

Le site officiel du Musée Rodin

Crédits photos : MM avec l'aimable autorisation du Musée Rodin


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