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Petit Palais  (Paris)  novembre 2018

Sous l'impulsion de Christophe Leribault, direteur du Petit palais, avec la collaboration de Cécilie Champy-Vin, conservatrice des sculptures, la Galerie Nord du musée dédiée à la statuaire lors de la conversion, en 1902, du bâtiment érigé pour l'Exposition universelle de 1900 en musée des Beaux-Arts regroupant les collections de la Ville de Paris est réaménagée selon sa vocation originelle.

Cette galerie qui invite le visiteur à emprunter le parcours des collections permanentes permet d'ouvrir un chapitre de l'Histoire de l'Art et, plus particulièrement, de la sculpture du 19ème siècle affectée simultanément de la méconnaissance, notamment du grand public, et d'un jugement péjoratif tenant à la qualification réductrice d'académisme.

Car ce siècle s'avère, d'une part, celui de la sculpture triomphante avec sous le Second Empire, le sculpteur Alfred-Emilien de Nieuwerkerke nommé directeur général des Musées et, d'autre part, celui de la sculpture monumentale qui sort de l'espace muséal pour investir la ville avec une pléthore des commandes républicaines.

La foisonnante "statuomanie" du 19ème siècle

La particularité des oeuvres présentées tient à ce qu'elles ressuscitent "un peuple de statues disparues" qui, par ailleurs, augurait d'une politique culturelle de vulgarisation pour ériger Paris en musée à ciel ouvert.

En effet, du Second Empire à la fin de la Belle Epoque, la capitale française connaît un véritablement engouement pour la statuaire monumentale et si de nombreuses pièces ont été déboulonnées et fondues pour alimenter l'industrie miliaire, a été conservé leur modèle en plâtre, qui constitue non une simple ébauche mais une oeuvre à part entière.

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Ainsi est présenté, sur un soclage de style ancien modernisé par le Studio Tovar en harmonie chromatique avec le sol mosaïqué, un florilège de pièces restaurées issues de la collection unique de plâtres détenues tant par le Petit Palais que le service de Conservation des œuvres d’art religieuses et civiles de la ville de Paris sublimées par l'espace lu-même monumental par sa hauteur et la lumière naturelle dispensée par les larges baies.

Il résulte d'un choix éclairé et didactique visant tant à souligner leur fort ancrage temporel qu'à réajuster l'approche réductrice du classicisme académique qui n'est pas synonyme de monolithisme stylistique.

Selon l'expression commune "l'exception confirme la règle", la monstration est introduite, par un marbre polychrome de Denys Puech représentant une allégorie de la pensée représentée par une femme qui renvoie à l'iconographie de la Belle Epoque.

Suit l'allégorie de "La Défense de Paris" de Ernest Barrias, dont exceptionnellement le bronze est toujours in situ à Levallois-Perret, en résonance avec l'allégorie de la Gloire emportant le jeune guerrier mort du "Gloria Victis" de Antonin Mercié placée dans le vestibule.

Car la commémoration patriotique et l'héroïsation du soldat constituent des thèmes forts de cette période ("Vers la patrie" de Charles Jacquot, "La Suisse, le siège de Strasbourg" de Auguste Bartoldi).

Autre thématique forte, la célébration des grands hommes et figures célèbres.

Tels Bernard Palissy et Maria Deraismes, pionnière du féminisme, par Ernest Barrias, le "François Villon" de Jean-Francois Etcheto et "Lully jeune" de Adrien Gaudez placé en résonance avec des tableaux festifs "Souveni de la Fête natonale" de Hyppolite Berteaux et "Le soir à Paris" de Paul Albert Baudouin.

Puis deux constats s'imposent. En premier lieu, la sculpture monumentale n'exclut aucun genre ni sujet.

Ainsi, de la sculpture d'histoire avec des thèmes mythologiques ("Cain et Abel" de Alexandre Falguière) à la scène de genre ("Monnaie de Singe" de François-Laurent Rolard éditée uniquement en bibelot par la Manufacture de Sèvres).

En passant par le nu féminin ("La Femme à l'arc" de Jules Desbois "La Danseuse Sacha Lyo" de Serge Youriévitch) et masculin ("La douleur d’Orphée de Raoul Verlet) et la sculpture animalière particulièrement en vogue également en art décoratif ("La Première proie" de Charles Valton).

En second lieu, l'éclectisme stylistique, du néo-classicisme au naturalisme qui deviendra le courant majeur de l'art officiel soucieux de réalisme social avec les représentations du monde plébéien, ouvriers et paysans, ("Le Botteleur" de Jacques Perrin).

Entre temps, seront déclinés le néo-baroque, la sculpture romantique avec David d'Angers, symboliste pour le statuaire funéraire, et l'élégant courant néo-florentin avec Ernest Pallias ("La Chasse") et Lucien Pallez ("La fleur florentine").

Cette diversité de traitement s'avère spectaculaire avec, aux antipodes, la "Diane chasseresse" de Georges Barau et "La Maternelle" de Berthe Girardet mise en regard de deux des tableaux crépusculaires du quadriptyque "Les Ages de la vie" d'Eugène Carrière ("Les Fiancés- "Les jeunes mères") .

Et même les sculpteurs dits académiques osent la manière rodinienne comme Alexandre Falguière pour "Les Bacchantes" placées devant les gracieuses femmes de la "Fête champêtre" de Georges Jannin .

A la sortie de la galerie des sculptures qui mène aux collections permanentes ordonnées dans un parcours chronologique à rebours, le visiteur retrouvera donc, dans les premières salles, d'autres plâtres de cette époque ressortant, entre autres, à la dévotion ("Premières funérailles" de Ernest Barrias) ou au réalisme social ("Porteurs de farine" de Louis Carrier-Belleuse, "La pêche" de Alexandre Falguière, "La porteuse de pain" de Jules Coutan).

Cette galerie constitue également une invitation à une déambulation le nez en l'air dès lors que la taille des oeuvres portant le regard vers le haut permet de (re)découvrir les décors peints notamment par Alfred Roll, Albert Besnard et Maurice Denis, qui ornent les plafonds du bâtiment et même l'extérieur avec l'immense fresque "Les Saisons et les Heures" réalisée par Paul-Albert Baudouin qui décore la voûte du péristyle bordant le jardin du Petit Palais, par ailleurs détaillés sur une borne numérique.

Un second dispositif numérique concerne l'implantation géographique de la statuaire publique parisienne en lien avec les collections du musée qui suggère une inédite balade thématique dans les quartiers parisiens.

 

En savoir plus :

Le site officiel du Petit Palais

Crédits photos : MM
avec l'aimable autorisation du Petit Palais


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