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puce A propos des gilets jaunes : La victoire des vaincus / Charlot déprime suivi de Un rêve de Charlot
Edwy Plenel - Grégoire Bouillier  (Editions de la Découverte / Flammarion)  mars 2019

La révolte des gilets jaunes est un évènement inédit, inventif et incontournable. Comme tout surgissement spontané du peuple, elle déborde les organisations installées, bouscule les commentateurs professionnels et affole les gouvernements en place. Comme toute lutte sociale collective, elle s’invente au jour le jour, dans une création politique sans agenda préétabli, où l’auto-organisation est le seul maître du jeu. Comme toute mobilisation populaire, elle brasse la France telle qu’elle est, dans sa diversité et sa pluralité, avec ses misères, ses grandeurs, ses solidarités et ses préjugés, ses espoirs, ses aigreurs, ses beautés et ses laideurs.

Avec son petit ouvrage d’à peine 200 pages qui vient de sortir aux éditions La Découverte, le journaliste Edwy Plenel, président et fondateur de Médiapart a l’ambition d’en déchiffrer l’énigme en mêlant l’histoire immédiate et la longue durée. Le pari est totalement réussi, son essai s’avère être un texte passionnant, réfléchi et argumenté.

L’histoire immédiate révèle "les gilets jaunes" comme un mouvement autrement composite et divers que sa caricature grossière en ligue factieuse d’extrême droite par le pouvoir qu’il conteste. Plenel nous montre que son véritable moteur est une exigence d’égalité sociale et politique où, pour la première fois, la question institutionnelle du présidentialisme français, ce pouvoir d’un seul qui confisque la volonté de tous, est portée par une colère populaire.

L’histoire de la longue durée l’inscrit dans le passé plein d’à présent des révoltes spontanées et auto-organisées telles qu’elles ont affirmé, construit et imposé les exigences démocratiques et sociales, notamment au 19ème siècle, en bousculant l’ordre immuable des possédants et des gouvernants. Convoquer l’Histoire d’en bas que racontent ces vaincus qui, hier, ont porté les idéaux d’émancipation, c’est aussi interroger l’attitude passive des Gauches face à l’inconnu des "gilets jaunes" alors qu’elles se prétendent dépositaires de cet héritage.

L’avenir n’est pas écrit, et le cours des évènements dépendra de l’action ou de l’inaction de celles et ceux qu’ils convoquent. Plenel nous propose donc son ouvrage comme une alarme face à la fuite en avant irresponsable d’un pouvoir affolé qui, pour se légitimer, a choisi de jeter les "gilets jaunes" dans les bras des forces de l’ombre qui, aujourd’hui, en France et en Europe, comme à l’échelle du monde entier, entendent remplacer l’égalité par l’identité, le droit de tous par le privilège de certains.

Pour Plenel, si cette catastrophe advenait, elle ne sera pas le seul fait d’une présidence dont l’aveuglement et l’entêtement fait la courte échelle à l’extrême droite : en seront aussi responsables tous les tenants d’une République démocratique et sociale qui auront préféré tenir à distance cet inédit qui les déborde et les dépasse plutôt que de mener la bataille de l’égalité auprès des "gilets jaunes".

Dans la continuité d’un ouvrage chroniqué récemment, le président des ultra-riches, La victoire des vaincus est aussi une analyse du système Macron et de ses dérives. Il nous montre comment il confisque la démocratie, insiste sur sa politique ultralibérale et ses conséquences. Il revient aussi sur le présidentialisme, toujours avec le rétroviseur de l’histoire mais aussi en le comparant avec ce qui existe dans d’autres démocraties.

C’est au final une Réublique décadente que nous présente Edwy Plenel, symbolisée par l’affaire Benalla, sur laquelle l’auteur revient au travers de nombreuses pages. Une décadence marquée par l’utilisation démesurée de la police et de la répression, preuve d’un affolement du pouvoir qui tente de gagner du temps au travers d’un grand débat qui n’en est pas un.

La victoire des vaincus s’avère donc au final être une analyse pertinente d’un mouvement original dont on n’a pas encore fini d’entendre parler.

A peine quelques semaines après la sortie de l’essai politique d’Edwy Plenel consacrée au mouvement des "gilets jaunes", quelle fut ma surprise de voir sortir un tout petit ouvrage de mon auteur français préféré, l’immense Grégoire Bouillier, consacré aussi aux gilets jaunes ! Pour ceux qui ne connaitraient pas encore Grégoire Bouillier, il est l’auteur de plusieurs livres dont Le Dossier M, livre 1 et 2 (1800 pages au total), que nous avons chroniqués l’an dernier.

C’est dans la collection Librio, pour un modeste prix de 5 euros que vient donc de sortir ce tout petit ouvrage de 120 pages qui confirme tout le talent d’écrivain de l’auteur. Dans ce texte concis, l’auteur s’interroge sur ce mouvement inédit. Il se demande comment parler de ce mouvement, qu’en voir au-delà de ce qu’en montrent les télévisions et les chaînes d’informations en continu. Il s’interroge aussi sur le soutien qu’on peut lui apporter, si soutien il y a lieu.

Pour répondre à ses interrogations, Grégoire Bouillier a fait le choix de suivre cette mobilisation au cœur même des manifestations en se rendant sur les Champs-Elysées le 8 décembre dernier pour voir de ses propres yeux la réalité. Entre gaz lacrymogènes, rencontres fumeuses et mal aux pieds, il nous livre un premier texte, Charlot déprime, anagramme de "arc de triomphe", une sorte de reportage gonzo qui nous décrira ce mouvement des "gilets jaunes", jaune cocu nous dit-il. Pour autant son expérience sur le terrain ne sera pour lui que la révélation d’une demi-vérité.

Deux jours plus tard, il fait un rêve, dans lequel ce qu’il a vécu sur le terrain se trouve à la fois transfiguré et élucidé. Dès lors, un autre récit devient possible, ce sera Un rêve de Charlot, le second texte de l’ouvrage. Il nous offre alors un récit ayant valeur d’engagement littéraire puisque la littérature se veut ici le prolongement de la politique par un autre moyen.

Une fois encore, le génie littéraire de Grégoire Bouillier fait mouche. Un rêve de Charlot est un texte d’une incandescente beauté. La littérature prend le pas sur le politique sous la plume de Bouillier que l’on retrouve au même niveau d’imagination qu’avec le dossier M. Ici M n’est plus, elle a été remplacé par D dans le rêve que nous raconte Bouillier, un rêve dans lequel il croise Michel Galabru, un rêve qui lui permet en nous le racontant d’y insérer des références culturelles, ce qu’il faisait déjà dans le dossier M.

Alors voilà, les deux courts textes que nous propose Grégoire Bouillier avec ce petit ouvrage sont incroyables, dans la lignée de l’œuvre de l’auteur. Grégoire Bouillier a le talent d’arriver là où on ne l’attend pas. Qui aurait cru qu’il serait capable d’écrire sur ce phénomène des gilets jaunes qui continuent encore ? Pas grand monde, je suppose !

Ce petit ouvrage est donc une petite merveille d’intelligence qui nous prouve que la littérature est aussi un formidable moyen d’analyse politique qui ici, s’associe parfaitement avec l’ouvrage d’Edwy Plenel, lu en amont.

Grégoire Bouillier est un génie, c’est maintenant une évidence pour moi et il manie à la perfection les textes courts aussi bien que les textes longs pour nous délivrer des ouvrages à chaque fois incroyablement géniaux.

 

A lire sur Froggy's Delight :
La chronique de "Le Dossier M, Livre 1" de Grégoire Bouillier
La chronique de "Le Dossier M, Livre 2" de Grégoire Bouillier

En savoir plus :
Le site officiel Le Dossier M
Le Facebook de Grégoire Bouillier
Le Facebook de Edwy Plenel


Jean-Louis Zuccolini         
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# 12 mai 2019 : Une liste de plus

A l'approche des élections européennes et ses innombrables listes qui ne présagent pas d'un bel avenir, on rajoute la nôtre, celle de la sélection culturelle de la semaine histoire de se changer les idées et se donner tout le plaisir que l'on mérite bien avec de la musique, des spectacles, des films, des livres et même des zombies à dégommer.

Du côté de la musique :

"Beatnik or not to be" de Elias Dris
"Dogrel" de Fontaines D.C.
"Dans le lieu du non-où" de L'Etrangleuse
"Leopold Mozart : Missa Solemnis" de Bayerische Kammerphilarmonie & Alessandro de Marchi
"Traversée" de Chrystelle Alour
"L'odysée remix" de Fred Pallem & Le Sacre du Tympan
Interview de Romain Humeau de Eiffel autour de "Stupor Machine" accompagnée d'un premier titre live, "Chasse Spleen"
présentation du Hellfest Open Air Festival #14
"Les cuivres sur le toit" de Paris Brass Quintet
Hublot EP" de Solal Roubine
"Home is everywhere EP" de Nara
et toujours :
"Foreign lines" de Erevan Tusk
"Seeing other people" de Foxygen
"2029" de Gontard!
"Chopin concertos for piano & string" de David Lively, Quatuor Cambini Paris et Thomas de Pierrefeu
"La poison" de La Poison
"Wasalala" de Madalitso Band
"Children of the slump" de Marble Arch
"Cesar Franck : Piano works quintet" de Michel Dalberto & Novus Quartet
"High strung" de Pamplemousse
"Live bullet song" de Tchewsky & Wood

Au théâtre :

les nouveautés de la semaine :
"Un ennemi du peuple" au Théâtre national de l'Odéon
"Vues Lumière" au Théâtre de la Colline
"Fauves" au Théâtre de la Colline
"La Victoire en chantant" au Théâtre 13/Jardin
"Délivrés de famille" au Théâtre Le Funambule
"Deux femmes pour un fantôme" à l'Aktéon Théâtre
"Mon coeur pour un sonnet" au Théâtre Le Lucernaire
"Le Cabaret de Poussière fait le Zèbre" au Zèbre
Festival des Enfants de Molière à Dieppe
les reprises :
"Tout semblait immobile" au Théâtre de la Bastille
"Providence" au Théâtre Les Déchargeurs
"Aux Délices" au Lavoir Moderne Parisien
et la chronique des autres spectacles à l'affiche en mai

Cinéma avec :

"Versus" de François Valla
Oldies but Goodies avec :
la version restaurée de "Les Lois de l'hospitalité" de Buster Keaton et Jack Blysrone
"Drôles de cigognes !" de Hermina Tyrlova
et la chronique des autres sorties de mai

Lecture avec :

"A jeter sans ouvrir" de Viv Albertine
"Carnets clandestins" de Nicolas Giacobone
"Le sauvage" de Guillermo Arriaga
"Les carnets de guerre de Louis Barthas 1914-1918" de Fredman
"Toute une vie et un soir" de Anne Griffin
"War is boring" de David Axe & Matt Bors
et toujours :
"La bombe humaine" de Olivier Barruel
"La nuit ne dure pas" de Jules Gassot
"Le cri des corbeaux" de Matthieu Parcaroli
"Le jour de ma mort" de Jacques Expert
"Les feux" de Shohei Ooka
"Ombres sur la Tamise" de Michael Ondaatje
"Vraie folie" de Linwood Barclay

Froggeek's Delight :

"Day's Gone" sur PS4

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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